Archive for mai, 2007

Le téléphone obscène

Publié dans Divers le mai 23rd, 2007

J’ai un ami – je le salue car il se reconnaîtra - qui, chaque fois que quelque chose cloche dans la société, met le blâme sur la ville de Montréal. Vous l’aurez deviné, c’est un heureux banlieusard. Tout ce qui arrive de mal est de la faute de la ville : meurtres, viols, pédophiles, enlèvements, rien de tout cela n’existe en banlieue. Pire encore : rien de tout cela ne peut avoir été perpétré par un individu habitant la banlieue, comme si son esprit était pur du simple fait qu’il n’ait pas élu domicile à Montréal. Étrangement, il n’a jamais abordé avec moi le sujet de la récente crise d’invasion de domicile et il y a de fortes chances que ce soit simplement parce qu’elle avait eu lieu, en grande partie, dans les banlieues environnantes.  

Je ne lui ai pas encore annoncé que l’autre matin, un vibrant coup de fil passé chez moi à 8h30 du matin s’est avéré être un téléphone obscène. Il l’apprendra en lisant ces mots. J’imagine fort bien sa réaction si j’avais la chance de lui raconter l’anecdote en personne. Il me dirait sans doute : « Bah, c’est ça, Montréal. C’est plein de fous, à Montréal! ». Il ne pourrait dire autre chose, puisque c’est là un de ses arguments favoris. La pollution? C’est Montréal. Le crime? Montréal. Le réchauffement de la planète? Montréal! Les extra-terrestres? Montréal! Le triangle des Bermudes? Encore Montréal! Alors, les téléphones obscènes, vous pensez…  Je le laisserais donc me le dire, que dis-je, me le répéter, si ça peut bien lui faire plaisir. Je répondrais des « oui, sans doute » sans conviction, j’accuserais réception de ses « Y’a rien qu’à Montréal qu’on trouve de pareils fous » et autres « Ça n’arriverait pas, ça, en banlieue! ». Quand mes oreilles seraient sur le point de siller, c’est là que ça se passerait. Je lui sortirais mon argument numéro 41 bis, celui qu’on utilise dans les cas d’urgence, celui que même l’ONU a déclaré comme étant international et qu’on s’apprête à intégrer dans le code morse.  

 Après avoir absorbé sa décharge habituelle contre la ville que j’habite, je prendrais une pause, je sourirais téléphoniquement et je la lui flasherais comme l’inspecteur Columbo quand il dit à son suspect favori qu’il a une crotte de chien collé à la chaussure. 

« Le numéro du demandeur était le 450-***-****.» J’imagine déjà le silence de mon ami, abasourdi, incapable de le croire, essayant en vain de balbutier de vagues syllabes incohérentes, puis trouvant finalement la force de lancer un profond : « C’est une blague » auquel il tenterait de croire désespérément. J’éclaterais sans doute de rire, sachant à quel point cet instant est savoureux, l’instant d’hésitation où il ignore complètement si je lui fais une blague ou si je suis sérieux comme un pape. Je serais évidemment forcé de lui avouer la triste vérité, du moins triste à ses yeux, l’appel venait effectivement du 450… De la banlieue!!! Incapable de le croire, il chercherait sans doute à s’accrocher à un espoir quelconque, me lançant éventuellement « Ça doit être un numéro à Laval! » comme si cette possibilité enlevait un peu de saleté à l’horrible nouvelle. Mais une fois de plus, il serait déçu : l’appel provenait de nulle part ailleurs que la rive-sud. Une fois le dur choc avalé, il chercherait à savoir de quelle banlieue située au sud de Montréal provenait ce perturbant appel. Ce serait là son seul moment de réjouissance, puisque le pervers n’habiterait pas SA banlieue. Mais une banlieue, quelle qu’elle soit, ne représente-t-elle pas toutes les banlieues? Évidemment. Elles ne sont pas identiques pour rien! Si un tel individu, aussi louche que suspect, habitait une banlieue qui n’était pas la sienne, sans doute existait-il un individu semblable hantant les rues de sa banlieue! Quel cauchemar!!!  

Voilà donc une dure et amère déception pour mon ami vivant en « banlieusie ». Montréal ne peut être tenue responsable de tous les maux, de tous les vices qui affligent cette société. Oh, certes, il m’argumenterait sans doute que l’individu était peut-être chez un ami, qu’il était fort probablement originaire de Montréal, etc… Mais le dommage serait fait. Au fond de lui, il saurait que ses arguments ne tiennent plus la route. C’est toujours plate de décevoir un ami, mais c’est quand même moins plate que de l’entendre toujours frapper à coups de massue sur ma ville pour expliquer tout ce qui est déplorable dans notre existence.  

Je laisse le mot de la fin au chanteur Xavier Caféine, qui a affirmé lors de son passage à Tout le monde en parle, que : « le pourcentage d’épais est le même à Montréal qu’en région et le pourcentage de gens intéressants est le même aussi ». Autrement dit, Montréal n’a pas l’exclusivité des tordus, des bandits, violeurs, pédophiles, meurtriers et autres pervers de tous azimuts. Et donc, qu’on trouve tout autant de danger dans le 450! Seulement, il se cache derrière des apparences faussement rassurantes, ce qui le rend probablement plus sournois. Comme quoi la banlieusie n’offre pas que des avantages…

Autre jour, autre diagnostic…

Publié dans Divers le mai 23rd, 2007

Le téléphone vient de sonner et au bout de la ligne, une femme d’une humeur façon comédie musicale demande à me parler. Ça commence plutôt bien. Elle se présente et j’apprends donc qu’elle sert le service d’orthopédie de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Elle a mon dossier entre les mains, est au courant pour ma botte et ma fracture et m’annonce le plus simplement du monde quelque chose dont elle croyait manifestement que je saurais déjà : ma blessure requiert une immobilité de six semaines! Quelle farce! Le premier médecin me prescrit de la glace pendant une semaine. Le second parle de trois semaines. Et voilà que je suis rendu à six semaines. Bon, le second docteur peut difficilement être blâmé. Au moment de le voir, il n’avait en main que le rapport du radiologiste, le reste de mon dossier ayant été mystérieusement égaré. Il a fort certainement avancé le chiffre de trois semaines de façon prudente et comme un minimum de temps à respecter. S’il avait eu la chance d’observer la radiographie étant contenue dans le dossier perdu, il aurait sans doute mieux été en mesure de me fournir une durée de convalescence plus précise.  

Vous parlez d’une tuile qui me tombe sur la tête… Ce n’est pas comme si j’avais des plans pour aller en voyage, ou un concours de danse en ligne à préparer, mais rester avec le pied dans la botte pendant six semaines, ça n’est pas quelque chose auquel je m’étais préparé. Certes, je peux au moins me déplacer, mais la botte étant ce qu’elle est, je trouve soudainement que les 24 pilules anti-douleur m’ayant été prescrites sont relativement peu nombreuses tout à coup.  

L’ordre de l’orthopédiste est clair : je dois garder la botte en tout temps. Au cours des six prochaines semaines, je devrai limiter mes déplacements (m’en tenir au minimum, donc), éviter de danser le charleston, ne pas m’inscrire au marathon, ne plus m’exercer au triple saut et annuler mon saut en bungee. Sur un niveau plus intimiste, je serai incapable de faire du bicycle d’intérieur, de nager dans la piscine d’un ami, de rester 32 minutes sous la douche, de changer de sous-vêtements à toutes les dix minutes et de donner un coup de main aux tâches ménagères. J’en connais une qui risque de défriser automatiquement en entendant la « joyeuse » nouvelle…

These boots are made for walking

Publié dans Divers le mai 23rd, 2007

Eh non, ce n’est pas le souvenir de Nancy Sinatra qui m’inspire ce titre, mais plutôt “la” botte de marche que je me suis procuré ce matin. Je suis tendance, n’est-ce pas? Eh bien, pas du tout. C’est tout simplement ce que le docteur m’a recommandé afin de guérir ma cheville malmenée. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, j’ai trébuché sur le trottoir il y a près de 10 jours, fidèle à mon habitude de me tordre une cheville en marchant le plus simplement du monde. Ça m’est arrivé tellement souvent que je suis sur le point de pouvoir considérer le cassage de chevilles comme un de mes loisirs. Sauf que cette fois, c’est du sérieux. Je l’ai su dès que je suis tombé. Le choc a été assez fort pour que je vois du noir pendant de longues secondes. J’avais une idée générale de la scène autour de moi, mais cela a pris un long moment avant que la vue ne me revienne, en quelque sorte. J’ai tout de suite craint une fracture. Mon expérience n’avait subi que de plus sérieux une légère entorse, mais cette fois je me doutais bien que ça serait probablement plus grave.

Mais les médecins étant ce qu’ils sont, je suis tombé sur une joyeuse luronne qui m’a examiné en 15 secondes avant de déclarer que mettre de la glace et garder le pied en l’air pendant une semaine serait ma solution. Son diagnostic? Bah, peu importe un diagnostic. Elle a brièvement regardé la radiographie et clamé que s’il y avait fracture, le radiologiste m’appellerait personnellement à la maison pour m’annoncer la chose. Tiens, et si c’était lui, le téléphone obscène de ce matin? Bon, passons pour l’instant. Personne ne rappelant au bout de quelques jours, j’ai pris moi-même les devants et au bout de plusieurs arguments, on a finalement accepté – à contrecoeur – de me lire le rapport du radiologiste. « Sévère entorse », a déclaré mon clairvoyant toubib avant de rajouter que je devais continuer de mettre la glace, le pied en l’air et de prendre des Advil – détail qu’elle avait omis de me dire, la première fois. Elle confirmait que je n’aurais nullement besoin ni d’un plâtre, ni de physiothérapie.

Qu’importe la marque des pilules que j’essayais, Advil, Tylenol, la douleur ne baissait tout simplement pas et la glace aidait un peu mais je commençais à m’écoeurer de me frigorifier la patte des heures durant. Puis, lorsque cela a fait une semaine que j’avais vu ma super docteur, j’ai du retourner à la clinique pour un suivi. Par « chance », elle était absente. J’ai donc du voir un autre médecin qui lui, a prononcé un tout autre diagnostic. Bon, il n’avait pas mon dossier devant lui car il avait été « perdu » - c’est fou ce qu’on perd des dossiers dans cet établissement – mais heureusement pour moi, il avait sous la main le rapport du radiologiste. Chose curieuse, il ne m’a pas lu du tout la même chose que ma fabuleuse médecin lorsque j’ai eu celle-ci au bout du fil quelques jours auparavant. Soudainement, je n’avais plus une sévère entorse, mais une déchirure ligamentaire qui avait entraîné la fracture de la malléole (un os situé à l’extrémité inférieure du tibia ou du péroné, faisant partie de la cheville) et il était impérieux que je sois « immobilisé » durant au moins trois semaines. Je venais d’ailleurs d’en perdre une complète, puisque la fameuse idiote que j’avais vu sept jours avant m’avait conduit sur une mauvaise piste. Faut le faire, non? Une fracture de la malléole, voilà qui expliquait cette douleur qui ne diminuait pas. Quand j’ai eu cette « chose » qui a obtenu son diplôme dans une loterie quelconque, et que je lui ai fait part de ma douleur qui restait toujours la même, elle s’est obstinée à m’engueuler comme quoi je ne mettais sans doute pas suffisamment ma jambe en l’air et que je devais éviter de marcher sur ce pied. Bien entendu. J’y arrivais assez bien puisque je me déplaçais depuis le jour où je l’avais consulté avec une paire de béquilles comme il m’avait été si brillamment conseillé.

Or donc, voilà qu’une semaine plus tard, le diagnostic change du tout au tout et me voilà forcé d’être immobilisé. Je m’attendais à me faire mettre un plâtre, mais quelque part, un génie a trouvé une façon mercantile de remplacer ce plâtre. Le second docteur, beaucoup plus attentionné et conséquent que la précédente, m’a redirigé vers une sorte de magasin situé en face de la clinique. Je devais trouver là-bas des gens qui me fourniraient une « botte de marche » avec laquelle je serais en mesure d’immobiliser mon pied tout en marchant et en dansant à ma guise. En effet, c’est ce que les gens rencontrés dans cette boutique ont fait. Mais contrairement aux béquilles que l’on peut louer dans une pharmacie, cette botte magique ne se loue pas : elle s’achète. Et pas à peu près : 200$ pour une seule botte! Pas le choix! Ordre du médecin! Ah, ils nous ont bien piégé! Ça n’est pas comme si j’avais l’alternative entre ça ou un plâtre. C’est ça car maintenant, les plâtres, on les garde pour les gens qui se cassent une jambe. Plus drôle encore est le fait qu’on se presse de nous annoncer : « Ne sortez pas votre carte d’assurance-maladie, ça n’est pas couvert par la Régie! » Ah bon? Donc, c’est réellement un magasin, et rien d’autre. Situé directement dans l’hôpital, mais « totalement indépendant de l’hôpital » selon une des « vendeuses ». Oui, indépendant mais fortement complice! 200$! Je n’ose même pas encore le croire. Une fois que je serai remis de ma blessure, je devrai garder la botte. Elle est à moi. Que faire avec une botte, une seule? Pourquoi ce magasin ne les loue pas, à la place? Pour une question sanitaire? J’en doute. Ce ne sont pas les méthodes de nettoyage et de désinfection d’une telle botte qui manquent. Mais louer rapporterait tellement moins d’argent que de vendre. Et hop! Une piasse de faite, une!

D’ailleurs, j’en suis déjà à me questionner sur la validité de cette fameuse botte de marche. Celle-ci est faite en plastique, ni plus ni moins. Grande comme une botte de ski alpin, elle monte presque jusqu’au genou. C’est vrai que je peux me déplacer beaucoup  plus facilement et rapidement qu’en béquilles. Mais suis-je pour autant « stable » et « immobilisé »? J’ai de gros doute. D’abord, j’ai la désagréable impression que puisque ma cheville gauche est maintenant hors de danger, c’est la droite qui risque de rompre à tout instant. Il y a comme un débalancement de poids et d’équilibre. Sitôt les premiers pas effectués dans cette botte, la crainte de me fouler l’autre cheville m’est venue. Car la botte est faite de façon à ce qu’il est impossible de marcher directement sur le plat de son pied. Je dois donc marcher sur le talon, ce qui me donne une allure de robot dans un mauvais film de science-fiction. Qui plus est, le fait de marcher sur le talon ne me convainc pas entièrement de la stabilité de la botte. Cette chose est en plastique, et qui dit plastique dit matière relativement instable. Je pourrais fort bien tomber malgré la botte. Je crains même qu’à l’usure, le plastique autour du talon vienne à se détériorer, rendant la botte de moins en moins sécuritaire. Paranoïa ou simple logique?

Quant au confort de la « walk boot », on repassera. La botte doit être extrêmement serrée afin que mon pied soit vraiment immobilisé. Je ne peux donc pas la mettre par moi-même. Je peux, selon l’avis de la « vendeuse », l’enlever pour prendre un bain ou une douche mais également pour dormir, si je le souhaite. Eh bien, je le souhaite ardemment. Sauf qu’à mon réveil, me trouvant seul en compagnie de ma botte, je n’arriverais pas à l’installer correctement. Je le sais, j’ai essayé. Cette chose serait plus facilement manipulable si elle n’était pas aussi immense et si je n’avais pas une fracture à un os de la cheville. De plus, bien que mon pied soit officiellement immobilisé, je ressens plus de douleur que lorsque j’étais sans la botte. En fait, non, j’en ressens autant, mais la douleur s’est déplacée d’un côté de ma cheville à l’autre côté. Comme je ne puis plus mettre de glace sur la cheville, la dernière option qui me reste est de prendre les pilules anti-douleur que mon second médecin m’a prescrites. Elles sont extrêmement efficaces, mais je trouve inquiétant de compenser un « défaut » du à la botte par une consommation forcée de ces pilules. Pour l’instant donc, j’endurerai.

En attendant, je me dandine sur l’air de « These boots are made for walking » en essayant de danser comme le faisaient les filles derrière Nancy Sinatra…

Par la méthode des dadaïstes!

Publié dans Divers le mai 6th, 2007

Il y a quelques minutes, j’ai décidé de profiter du dictionnaire qui était à mes côtés et je me suis dit que je choisirais un mot au hasard pour ensuite tenter d’écrire une anecdote sur le « sujet ». Croyez-le ou allez vous faire cuire un œuf aux Bahamas, mais je suis tombé sur le mot « bonheur ». À mon plus grand désarroi, naturellement. C’est un sujet très inspirant, peut-être trop, même! Il y en a long comme la Grande Muraille de Chine à écrire sur le bonheur. Ça ne finirait plus. Mais comme je rechignais à l’idée de piger un second mot, j’ai fouillé dans mes souvenirs récents et y ai puisé une toute petite anecdote que j’ai décidé de transformer en sorte de recette du bonheur (sans malice à l’endroit de ma copine, évidemment), épicée bien entendue d’une pincée d’ironie et de 3 ou 4 gouttes de sarcasmes.  

La pensée m’est venue récemment lorsque ma copine a fait l’achat d’un parapluie sur lequel on avait dessiné un petit bout de Paris (avec évidemment la Tour Eiffel). Rien d’anormal jusque-là, n’est-ce pas? Mais je n’ai pas pu m’empêcher de sourire lorsqu’elle m’a montré le sac qu’elle s’était procuré au même moment et qui, ô magie, était également aux couleurs de Paris avec, lui aussi, sa Tour Eiffel bien en vue. Certes, le magasin « Le Rouet » n’a pas réinventé le marketing en offrant à ses client(e)s le sac « matchant » parfaitement avec le parapluie, mais cela m’a mis la puce à l’oreille (en même temps que l’ironie!) : et si c’était ça, le bonheur?  

Que ce soit du point de vue du ou de la cliente ou encore de celui du vendeur, le résultat est sensiblement le même, pourvu que chacun y mette du sien. Quelque part, un concepteur a eu cette idée brillante mais je crains qu’il ne l’ait point poussée au bout de son potentiel. Avec un peu de chance, cet individu me lira et il saura me voler cette idée géniale ainsi que tout le crédit de l’avoir eu. Grand bien lui en fasse, je ne lui en voudrai pas. C’est offert de bon cœur, voir même de bon ton. Comme le sac au même ton que le parapluie qu’il a eu la sensationnelle idée d’accoupler.  

Allez, on prend des notes à la maison, et dans tous les magasins du monde. Surtout dans tous les magasins du monde. Voici, rien que pour vous, la recette du bonheur à la sauce Matt Ouellett.  

Commençons donc par ce fameux parapluie. Vous en fabriquez un que vous reproduirez évidemment en quantité suffisante. Assurez-vous de ne pas le faire trop banal, soit en y incluant des paysages, des oiseaux et pourquoi pas, un tableau de Dali. Qu’importe le motif que vous choisissez, gardez-le bien en vue car il vous sera essentiel. Une fois le parapluie terminé, mettez-le en vente où bon vous semble et attendez que la magie s’opère. Mais ne brûlez pas les étapes! Accompagnez le parapluie d’un élégant sac à main et reproduisez le motif du parapluie sur le sac. Ainsi, lorsqu’un client ayant besoin d’un parapluie se mettra en tête d’en acheter un, le rusé vendeur saura parfaitement s’y prendre pour le convaincre d’ajouter en plus le joli sac au motif identique. S’il est intelligent en plus d’être rusé, notre homme saura convaincre le client que le sac vaut très cher mais qu’il est présentement en vente pour très peu. Le client s’y laissera prendre et le vendeur, fier de lui et comique en plus, se dira que « l’affaire est dans le sac! ». Mais ne nous arrêtons pas ici et prouvons autant au vendeur qu’au client que le bonheur ne saurait se contenter de si peu!  

Soyez courageux : afin de « matcher » avec le sac, créez un chapeau au même motif. Le client achètera le parapluie d’abord, puis le sac pour « aller » avec le parapluie et enfin, le chapeau qui est le complément parfait du sac. Si vous croyez que votre patron mangera dans votre main à ce stade-ci de la recette du bonheur, vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Si vous suivez mes conseils géniaux jusqu’au bout, c’est de la bave que votre patron déposera dans votre main. Avant, bien sûr, d’y coller une immense promotion et qui sait, sa lettre de démission pour n’avoir pas su être aussi brillant que vous.  

La suite est des plus délectables. Fabriquez une montre et munissez-là toujours du même motif que pour le reste. Le client sera ravi de trouver une montre qui s’accommode aussi bien avec le chapeau. Poussez l’audace jusqu’à développer le crayon au motif déjà choisi. Accompagnez ensuite le crayon par le foulard, toujours avec l’image identique. Le vendeur saura trouver les arguments nécessaires pour convaincre le client qui d’ailleurs, ne demandera que d’être convaincu. Mais qui dit foulard dit automatiquement cravate, et qui dit cravate dit casquette, en autant que le motif se répète de façon identique à chaque fois. Vous conviendrez qu’il serait navrant de s’arrêter là, alors forcez-vous et sortez le briquet au même motif. Le client n’aura de yeux ensuite que pour le portefeuille identique et le vendeur n’aura qu’un mot à dire pour faire ajouter la paire de bas dans le panier encore trop vide du client. Le moment sera donc bien choisi pour arriver avec le verre à bière qui sera complémenté parfaitement par la tuque, toujours au motif identique. Mais pourquoi se gêner rendus à ce stade de la vente? C’est pourquoi il vous faudra créer l’album-photo au motif si populaire, idéal pour le « scrapbooking ». Après quoi, vous pourrez plus facilement faire accepter le porte-clefs, puis la housse de démarreur à distance. Pour ceux qui n’ont pas de voiture, cela les encouragera à s’en procurer une, mais s’ils devaient résister, vous les aurez grâce au t-shirt Che Guevarra sur fond du motif magique.  

À compter de ce moment, je vous fais confiance et je doute fort qu’il en reste parmi vous qui n’aient pas encore compris le principe. Ajoutez autant d’articles que vous le désirez puis achevez le tout avec la « botte secrète », c’est-à-dire la paire de bottes de pluie au motif choisi. Le client osera alors cette question ridicule : « Mais c’est quoi le rapport des bottes de pluie? » et le vendeur aura cette incroyable répartie : « Elles matchent avec le parapluie! » Convaincu à l’extrême, le client s’évanouira ou urinera de plaisir, c’est selon. Vous n’aurez qu’à vous féliciter de votre extrême intelligence et de votre plus extrême encore bienveillance à l’endroit d’autrui. En effet, qui mieux que vous aurait pu distribuer le bonheur à aussi bon escient?  

Ah, le bonheur! Qui aurait pensé qu’il passait par un parapluie?  

Oups…

Publié dans Divers le mai 3rd, 2007

Parlant de cinoche, le film Modigliani m’a marqué pour une raison bien différente que Little Miss Sunshine. Sans être mauvais, l’oeuvre est un peu longue et passe un peu vite sur les moments où l’on voit le peintre en plein travail.

Mais le clou du spectacle est ce moment fort troublant, où Modigliani (joué par Andy Garcia) rejoint sa conjointe dans un café. À la radio, on peut entendre une chanson très connue. Les amoureux savourent ce moment et quittent le café en marchant et en dansant tendrement sur l’air de “La Vie en Rose” chantée (et c’est on ne peut plus clair!) par… Édith Piaf!!! Comme la scène se déroule aux alentours de 1919, il y a comme qui dirait un léger problème puisque Piaf avait alors environ 3 ans! Oups!!!

À peine moins désolant est cet autre morceau de musique, une longue séquence où plusieurs peintres rivalisent en vue d’un concours de peinture et durant lequel on entend le Ave Maria avec un beat de hip-hop! D’ailleurs, au bout de longues minutes, un rappeur se joint à la chanteuse et l’accompagne dans sa complainte! Il faut vraiment l’entendre pour le croire!

Du cinéma à la hauteur…

Publié dans Divers le mai 3rd, 2007

Il y a longtemps que j’attendais pour le voir et il ne m’a pas déçu: Little Miss Sunshine est un film indépendant américain qui a connu un immense succès auprès de la critique ainsi qu’en Europe. Rien à voir avec Hollywood, Disney et autres pitreries insignifiantes.

Je viens de terminer l’écoute du film et je suis encore sous le choc. Un seul autre film américain m’a fait cet effet auparavant, et c’était Harold et Maude. Je trouve d’ailleurs que les deux films se ressemblent à plusieurs points de vue. Si je ne me retenais pas, j’irais le ré-écouter tout de suite. C’était bon à ce point là!

L’histoire, si je la résumais simplement, paraîtrait trop simple à mon goût. Il y a des histoires comme ça qui ne se résument pas, de peur de donner l’impression aux gens que l’action qui s’y déroule est le sujet du film. Little Miss Sunshine échappe énormément à cette règle. En gros, on y suit une famille voyageant du Nouveau-Mexique jusqu’en Californie à bord d’une épave qui fut une camionnette dans une vie antérieure afin que leur fillette de 7 ans, Olive, puisse participer à un concours de beauté, d’où le titre du film. Le frère d’Olive est un ado de 15 ans qui a fait voeu de silence. Les enfants sont accompagnés des parents et le personnage du père est particulièrement obsédé par “l’attitude gagnante”, sujet sur lequel il donne d’ailleurs des conférences. Ils traînent également avec eux le grand-père, un excentrique héroïnomane (un clin d’oeil à Harold et Maude?) ainsi que le frère de la mère, tout juste sorti de l’hôpital après une tentative de suicide. Cette famille peut sembler de prime abord fort improbable, mais je vous jure qu’elle m’a paru particulièrement… familière!

Ne perdez pas de temps et courez louez ce bijou. C’est un film intelligent et qui jette un regard lucide sur une Amérique obsédée par la réussite, le succès et la beauté. C’est sans surprise donc que le film en soit un qualifié d’indépendant, puisque Hollywood n’oserait jamais jeter un regard semblable sur le pays de l’Oncle Sam. Surtout quand on pense que réussite, succès et beauté sont justement certaines des valeurs les plus mises de l’avant par cette industrie si lâche et superficielle…