Eh non, ce n’est pas le souvenir de Nancy Sinatra qui m’inspire ce titre, mais plutôt “la” botte de marche que je me suis procuré ce matin. Je suis tendance, n’est-ce pas? Eh bien, pas du tout. C’est tout simplement ce que le docteur m’a recommandé afin de guérir ma cheville malmenée. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, j’ai trébuché sur le trottoir il y a près de 10 jours, fidèle à mon habitude de me tordre une cheville en marchant le plus simplement du monde. Ça m’est arrivé tellement souvent que je suis sur le point de pouvoir considérer le cassage de chevilles comme un de mes loisirs. Sauf que cette fois, c’est du sérieux. Je l’ai su dès que je suis tombé. Le choc a été assez fort pour que je vois du noir pendant de longues secondes. J’avais une idée générale de la scène autour de moi, mais cela a pris un long moment avant que la vue ne me revienne, en quelque sorte. J’ai tout de suite craint une fracture. Mon expérience n’avait subi que de plus sérieux une légère entorse, mais cette fois je me doutais bien que ça serait probablement plus grave.

Mais les médecins étant ce qu’ils sont, je suis tombé sur une joyeuse luronne qui m’a examiné en 15 secondes avant de déclarer que mettre de la glace et garder le pied en l’air pendant une semaine serait ma solution. Son diagnostic? Bah, peu importe un diagnostic. Elle a brièvement regardé la radiographie et clamé que s’il y avait fracture, le radiologiste m’appellerait personnellement à la maison pour m’annoncer la chose. Tiens, et si c’était lui, le téléphone obscène de ce matin? Bon, passons pour l’instant. Personne ne rappelant au bout de quelques jours, j’ai pris moi-même les devants et au bout de plusieurs arguments, on a finalement accepté – à contrecoeur – de me lire le rapport du radiologiste. « Sévère entorse », a déclaré mon clairvoyant toubib avant de rajouter que je devais continuer de mettre la glace, le pied en l’air et de prendre des Advil – détail qu’elle avait omis de me dire, la première fois. Elle confirmait que je n’aurais nullement besoin ni d’un plâtre, ni de physiothérapie.

Qu’importe la marque des pilules que j’essayais, Advil, Tylenol, la douleur ne baissait tout simplement pas et la glace aidait un peu mais je commençais à m’écoeurer de me frigorifier la patte des heures durant. Puis, lorsque cela a fait une semaine que j’avais vu ma super docteur, j’ai du retourner à la clinique pour un suivi. Par « chance », elle était absente. J’ai donc du voir un autre médecin qui lui, a prononcé un tout autre diagnostic. Bon, il n’avait pas mon dossier devant lui car il avait été « perdu » – c’est fou ce qu’on perd des dossiers dans cet établissement – mais heureusement pour moi, il avait sous la main le rapport du radiologiste. Chose curieuse, il ne m’a pas lu du tout la même chose que ma fabuleuse médecin lorsque j’ai eu celle-ci au bout du fil quelques jours auparavant. Soudainement, je n’avais plus une sévère entorse, mais une déchirure ligamentaire qui avait entraîné la fracture de la malléole (un os situé à l’extrémité inférieure du tibia ou du péroné, faisant partie de la cheville) et il était impérieux que je sois « immobilisé » durant au moins trois semaines. Je venais d’ailleurs d’en perdre une complète, puisque la fameuse idiote que j’avais vu sept jours avant m’avait conduit sur une mauvaise piste. Faut le faire, non? Une fracture de la malléole, voilà qui expliquait cette douleur qui ne diminuait pas. Quand j’ai eu cette « chose » qui a obtenu son diplôme dans une loterie quelconque, et que je lui ai fait part de ma douleur qui restait toujours la même, elle s’est obstinée à m’engueuler comme quoi je ne mettais sans doute pas suffisamment ma jambe en l’air et que je devais éviter de marcher sur ce pied. Bien entendu. J’y arrivais assez bien puisque je me déplaçais depuis le jour où je l’avais consulté avec une paire de béquilles comme il m’avait été si brillamment conseillé.

Or donc, voilà qu’une semaine plus tard, le diagnostic change du tout au tout et me voilà forcé d’être immobilisé. Je m’attendais à me faire mettre un plâtre, mais quelque part, un génie a trouvé une façon mercantile de remplacer ce plâtre. Le second docteur, beaucoup plus attentionné et conséquent que la précédente, m’a redirigé vers une sorte de magasin situé en face de la clinique. Je devais trouver là-bas des gens qui me fourniraient une « botte de marche » avec laquelle je serais en mesure d’immobiliser mon pied tout en marchant et en dansant à ma guise. En effet, c’est ce que les gens rencontrés dans cette boutique ont fait. Mais contrairement aux béquilles que l’on peut louer dans une pharmacie, cette botte magique ne se loue pas : elle s’achète. Et pas à peu près : 200$ pour une seule botte! Pas le choix! Ordre du médecin! Ah, ils nous ont bien piégé! Ça n’est pas comme si j’avais l’alternative entre ça ou un plâtre. C’est ça car maintenant, les plâtres, on les garde pour les gens qui se cassent une jambe. Plus drôle encore est le fait qu’on se presse de nous annoncer : « Ne sortez pas votre carte d’assurance-maladie, ça n’est pas couvert par la Régie! » Ah bon? Donc, c’est réellement un magasin, et rien d’autre. Situé directement dans l’hôpital, mais « totalement indépendant de l’hôpital » selon une des « vendeuses ». Oui, indépendant mais fortement complice! 200$! Je n’ose même pas encore le croire. Une fois que je serai remis de ma blessure, je devrai garder la botte. Elle est à moi. Que faire avec une botte, une seule? Pourquoi ce magasin ne les loue pas, à la place? Pour une question sanitaire? J’en doute. Ce ne sont pas les méthodes de nettoyage et de désinfection d’une telle botte qui manquent. Mais louer rapporterait tellement moins d’argent que de vendre. Et hop! Une piasse de faite, une!

D’ailleurs, j’en suis déjà à me questionner sur la validité de cette fameuse botte de marche. Celle-ci est faite en plastique, ni plus ni moins. Grande comme une botte de ski alpin, elle monte presque jusqu’au genou. C’est vrai que je peux me déplacer beaucoup  plus facilement et rapidement qu’en béquilles. Mais suis-je pour autant « stable » et « immobilisé »? J’ai de gros doute. D’abord, j’ai la désagréable impression que puisque ma cheville gauche est maintenant hors de danger, c’est la droite qui risque de rompre à tout instant. Il y a comme un débalancement de poids et d’équilibre. Sitôt les premiers pas effectués dans cette botte, la crainte de me fouler l’autre cheville m’est venue. Car la botte est faite de façon à ce qu’il est impossible de marcher directement sur le plat de son pied. Je dois donc marcher sur le talon, ce qui me donne une allure de robot dans un mauvais film de science-fiction. Qui plus est, le fait de marcher sur le talon ne me convainc pas entièrement de la stabilité de la botte. Cette chose est en plastique, et qui dit plastique dit matière relativement instable. Je pourrais fort bien tomber malgré la botte. Je crains même qu’à l’usure, le plastique autour du talon vienne à se détériorer, rendant la botte de moins en moins sécuritaire. Paranoïa ou simple logique?

Quant au confort de la « walk boot », on repassera. La botte doit être extrêmement serrée afin que mon pied soit vraiment immobilisé. Je ne peux donc pas la mettre par moi-même. Je peux, selon l’avis de la « vendeuse », l’enlever pour prendre un bain ou une douche mais également pour dormir, si je le souhaite. Eh bien, je le souhaite ardemment. Sauf qu’à mon réveil, me trouvant seul en compagnie de ma botte, je n’arriverais pas à l’installer correctement. Je le sais, j’ai essayé. Cette chose serait plus facilement manipulable si elle n’était pas aussi immense et si je n’avais pas une fracture à un os de la cheville. De plus, bien que mon pied soit officiellement immobilisé, je ressens plus de douleur que lorsque j’étais sans la botte. En fait, non, j’en ressens autant, mais la douleur s’est déplacée d’un côté de ma cheville à l’autre côté. Comme je ne puis plus mettre de glace sur la cheville, la dernière option qui me reste est de prendre les pilules anti-douleur que mon second médecin m’a prescrites. Elles sont extrêmement efficaces, mais je trouve inquiétant de compenser un « défaut » du à la botte par une consommation forcée de ces pilules. Pour l’instant donc, j’endurerai.

En attendant, je me dandine sur l’air de « These boots are made for walking » en essayant de danser comme le faisaient les filles derrière Nancy Sinatra…