Petite soirée tranquille en vue, puisque j’avais décidé pour une première fois depuis fort longtemps de regarder le match des Étoiles du baseball. La présence du québécois Russell Martin comme receveur partant y était pour beaucoup, puisque n’ayant suivi que de très loin l’action de ces dernières années dans le baseball, je ne connaissais plus beaucoup de joueurs, contrairement à mes anciennes habitudes…  

Malheureusement, je n’ai pas été en mesure d’apprécier le spectacle longtemps. La moutarde me montait continuellement au nez, et quand, en milieu de septième manche, tout le stade s’est levé debout, la main sur le cœur et a entonné l’insupportable matière fécale qu’ils appellent « God bless America », j’ai eu mon compte et suis parti du salon, littéralement en surdose de moutarde! J’ai pu garder un œil sur le reste du match, mais alors là vraiment très sporadiquement puisqu’à chacun de mes regards, on aurait dit qu’on continuait de faire exprès d’en remettre pour me faire sortir de mes gonds. Mais qu’y avait-t-il donc de si terrible dans un simple match de balle?  

Tout, ou à peu près.  

D’abord, la présentation des joueurs et tout le bataclan a duré près d’une heure. Je n’ai heureusement pas tout regardé, mais je suis à peu près certain qu’ils y ont mis le paquet avec envolée d’avions militaires, fanfare et pseudo-chanteuse blonde à souhait pour interpréter les hymnes nationaux. D’ailleurs, ceux-ci semblent avoir duré une éternité : lorsque j’ai vu qu’on entamait l’un des hymnes nationaux, j’ai changé de poste et n’y suis revenu que 10 minutes plus tard, au beau milieu de l’autre hymne national!  

Enfin, le match a fini par se mettre en branle. Je n’étais pas au bout de mes ennuis de moutarde nasale! Au bout de quelques minutes, j’étais submergé de statistiques que pourtant j’adore. Le hic, c’est que chacune d’elles m’était présenté par un commanditaire différent et n’ayant aucun rapport de près ou de loin avec le baseball. Voici le meilleur frappeur de la ligue? Une présentation de Del Monte! Mais qu’ont à voir les pêches avec une moyenne de .354? Le joueur en mange-t-il à tous les matins, ou bien enduit-il son bâton de résine de pêche Del Monte avant d’aller frapper? Que suis-je censé m’imaginer à propos du fait qu’un produit ou qu’une marque quelconque commandite quoi que ce soit? Comme les pêches Del Monte sont les seules à commanditer un morceau du matche des étoiles, elles sont les seules pêches propres à la consommation? Il faudra que j’y repense la prochaine fois que je ferai l’épicerie.  

Le match entier fut ainsi. Le vol de but d’untel? Une présentation de Castrol! Le double-jeu spectaculaire : Burger King! Le beau jeu défensif? Viagra! Bref, je n’associe sans doute pas les bons commanditaires aux bons événements, mais vous voyez le tableau. C’est tout juste si le circuit à l’intérieur du terrain frappé par le Japonais Ichiro Suzuki n’était pas une présentation de… Suzuki!!!  

Pour la forme, notons que les tomates Aylmer ont battu les pêches Del Monte par 5 à 4.

C’est infantilisant, à la fin. On dirait qu’ils veulent qu’on finisse par se dire que sans leur merveilleuse contribution, rien n’aurait lieu. Que le match des étoiles leur est dû. C’est à vomir. Vomi? Une présentation de McDonald’s!  

Lorsque je suis allé à Boston pour y voir – quoi d’autre – un match de baseball, j’étais euphorique à l’idée de visiter le Fenway Park, lieu sportif historique culte par excellence, là où Babe Ruth a joué entre 1914 et 1919. Ce stade est réputé, entres autres, pour l’imposant mur vert du champ gauche baptisé le « Green Monster » et haut de 37 pieds. Le stade a près de cent ans puisqu’il fut construit en 1912. C’est donc un endroit chargé d’histoire. Mais j’y ai découvert autre chose qui était chargé à bloc : le Green Monster lui-même. Le Monstre Vert a fait place à un Monstre Vert et Blanc, d’une laideur assez remarquable. Après avoir résisté plus de 90 ans, il a perdu sa bataille contre… qui d’autre : les commanditaires! C’est absolument affreux! Le mur, qui s’étend du champ gauche à l’allée centre-gauche, a toujours été d’un vert uni (c’est un mur de tôle, quand même…) qui, sans être le plus joli teint, était néanmoins sa marque de commerce. Cette époque est hélas révolue! Ont fait leur apparition de désastreuses tâches blanches, symboles mercantiles par excellence, exprimées sous formes de logos divers dont on n’a absolument rien à foutre. (Foutre? Présentation des condoms Ramsès!) Il y a là un machin anti-rouille, un magasin de « electric supply », une pharmacie, Gulf, Volvo et deux bouteilles géantes de Coca-Cola! C’est à chier!!! (Une présentation de Pampers) 

Il n’est peut-être plus « green », mais le légendaire mur mérite plus que jamais son surnom de Monster. Il est devenu le porte-étendard servile d’une multitude de compagnies sans jugeote et qui sont totalement dénuées de scrupules.  

Allez, à la manière de ces Américains qui chantent « Que Dieu blesse l’Amérique », à la gloire de ce sacro-saint dollar, une prière, que dis-je, LA prière capitaliste par excellence (une présentation de moi-même) :  

Au nom du Faire

Du Fric

Et du Saint-Bas-Prix

Amen!