Promenade imprévue hier soir du côté du cinéma où nous sommes allés voir le seul film potable qui restait, soit l’impayable sorcier Harry dans le je ne sais plus quel opus de sa tournoyante série signée J.K. Rowling. Je parle bien entendu d’Harry Potter, numéro quatre ou cinq, je ne saurais trop dire, mais enfin, celui dans lequel il embrasse finalement une fille. Même si celle-ci ne lui a pas remué la baguette magique, j’ai tout de même trouvé que c’était le meilleur film de la série. Je ne suis pas le meilleur juge, puisque je n’en ai lu aucun, mais pour les avoir tous regardé, j’ai constaté qu’enfin, on pouvait faire un Harry Potter qu’il était possible de voir sans être continuellement perdu.  

Mais trêve de sorcellerie puisque je suis ici pour vous parler « culinaire », et plus spécifiquement de navets. Pas les navets qu’on déguste et/ou dégueule selon qu’on apprécie ou non d’en manger, mais bien ceux qu’on dégueule et/ou déguste selon qu’on aime ou pas se faire prendre pour un crétin des Alpes par Hollywood. Côté navets, donc, il s’en prépare de juteux pour très bientôt. Dans la série des bandes-annonces de films dont on n’aurait jamais crû qu’un homme en ait payé un autre pour pondre de l’aussi insignifiante merde, je m’incline bas, très bas ce soir devant les incroyables génies qui ont accouché des films dont je m’apprête à vous faire part. Mais avant, laissez-moi me flanquer quelques gifles, question de m’assurer que je ne rêve pas et que j’ai bel et bien vu les absurdités qui hantent encore mon esprit.  

*************** PIF *** 

*************** PAF *** 

*************** POUF !!! *** 

Il semble indubitablement que ce soit vrai. Ah, ma douleur!  

Bon, peut-être me tromperais-je sur les titres, mais c’est sans importance. Je vous narre simplement le contenu, qui est à peu près aussi vide que le contenant. Que ces choses portent le nom de film est déjà indigne en soi. Pire encore est que je ne doute pas un instant qu’ils feront un carton. Dire encore que ces films sont de l’art est extrêmement insultant pour l’art, tout comme les qualifier de merdes est insultant pour tout ce qui sort d’un anus normalement constitué.  

La première bande-annonce m’avait jeté sur le cul (c’est de circonstance!) tellement j’avais l’impression qu’on me prenait pour une sous-catégorie de plante. Il s’agit d’un film dont je pense qu’il est intitulé « Frère Noël » quoique j’émette de fortes réserves sur ce titre. L’histoire, en gros, est celle de la relation du Père Noël avec son frère! C’est pas fantastique, ça? Ils sont assis et discutent de tout et de rien, comme ce brillant échange sur l’épineuse question : vaut-il mieux avoir un chien, ou un rêne? Un chien, ça ne vole pas, mais un rêne, ça ne jappe pas! J’étais tellement sonné, que dis-je, abruti par cette bande-annonce que c’est à peu près tout ce que j’en retiens. Comme navet, ça se pose un peu là, n’est-ce pas? J’ai alors pensé à voix haute qu’il serait difficile de tomber plus bas et qu’en terme de scénario imbécile, ce serait dur à battre. J’étais loin de me douter que je serais témoin d’un second record du monde en quelques minutes!  

L’autre bande-annonce commence de façon à nous mettre dans l’ambiance d’un film de super héros. Les vues subjectives d’un personnage en vol et les plans où l’on sent la catastrophe à plein nez alternaient sans cesse et il était aisé d’imaginer qu’on voyait là les prémices d’un prochain Superman. L’image en plongée d’une foule regardant et pointant le ciel a fini de m’en convaincre. Il n’en fut rien… ou presque. Après une narration probablement empruntée directement à l’un des films originaux de Superman, on nous sert le coup de grâce en nous montrant finalement le super héros en question : un chien! Qui plus est : un chien vêtu comme Superman, qui vole au secours des gens et qui sauve tout un chacun d’une fin des plus atroces. À côté de ça, Frère Noël passerait pour un Fellini ou un Bergman! Et comme si ce n’était pas suffisant, le clou du spectacle nous est tombé dessus à la vitesse Grand V lorsqu’on a pu constater que le chien parle!!! Incroyable! Fantastique! Que peut-on demander de mieux!? Je sais : une suite! Mieux : une franchise! Le film semble baptisé Underdog, eh bien que l’on prépare immédiatement Underdog 2, Underdog 3 et Underdog vs Frogger : The Final Battle!  

Si au moins je parlais d’un film d’animation, il me semble que la pilule (une pilule à la merdre dirait Ubu!) passerait mieux. Mais non : il s’agit d’un film en « chair et en os », ou si vous préférez, il s’agit d’un navet en bonnet difforme (en bonne et due forme, pour ceux qui seraient branchés sur le « low voltage », ce matin)! Mais que peut-on nous inventer de plus merdique? Super Cockroach? Catman? Quelle idée du siècle générera prochainement à elle seule plus de revenus qu’il n’en faut pour sauver le Sri Lanka? Je n’en reviens tout simplement pas. Comment peut-on avoir autant d’idées tordues et retordues mille fois pour produire de pareilles insignifiances, et en même temps autant manquer d’imagination lorsqu’il s’agit d’améliorer le sort d’un pays, d’une région ou même de la planète?  

Il me semble soudainement que les navets du cinéma québécois (Roméo & Juliette et à peu près tout ce qui est sorti depuis C.R.A.Z.Y.) sont, au final, bien supérieurs aux navets américains. Faut-t-il s’en réjouir? Je l’ignore. La seule chose qui me rassure, c’est qu’on est encore bien loin d’une production cinématographique qui rivaliserait sérieusement avec l’usine à « boozes » de vaches hollywoodienne.