Je suis au bord de la crise de nerf aigue : je ne suis plus capable de voir une paire de « gougounes », ces pantoufles d’extérieur portées par 98% de la population en été. Mon cas s’apparente plus à une allergie, et chaque fois que j’en vois une dans les pieds de quiconque, ma réaction est simple : je ferme les yeux. Détourner le regard ne suffit plus! On dirait que cette année, tout le monde a succombé pour la « mode » de la sandale laide. J’en suis à dénombrer les parias, ceux qui comme moi, osent porter des souliers malgré la température caniculaire, malgré le soleil, malgré le raz-de-marée des gougounes affreuses. Et nous ne sommes pas nombreux, ooooooh que non! C’est dans des moments comme ceux où je cherche des anti-conformistes que je me rends compte à quel point je suis réellement marginal. Peu importe le sujet abordé, il faut toujours que je fasse le contraire de tout le monde. Ça devient encore plus vrai lorsqu’il est question de ces horribles babouches.  

Enfin, je peux tout de même apporter une légère nuance. Il existe évidemment plusieurs sortes de sandales. Certaines sont plus garnies que d’autres. Mais le modèle qui a la plus grande faveur du public est malheureusement le pire qui soit. Il s’agit des sandales qu’on pourrait qualifier de « flip-flop », celles qui ne tiennent que par un mince fil caoutchouteux et dont le bruit caractéristique (d’où le « flip-flop ») a le don de m’agresser au plus haut point. Car, non contents d’imposer à mes yeux la vue de pareilles « macabreries », il faut en plus que mes oreilles souffrent de cette ignominieuse invention! D’un coup, d’un seul, voilà 40% de mes sens qui sont agressés! Le pire, c’est que c’est ce modèle de gougounes qui est le plus répandu! Dans le métro ou l’autobus, en ville ou en campagne, mon regard balaie l’horizon au niveau du sol – spécialement depuis que je redouble d’attention pour ne pas tomber dans un trou et subir une autre fracture – et le spectacle que j’aperçois est abominablement désolant. Si l’été apporte son heureux lot de minijupes et de décolletés tous plus affriolants les uns que les autres, il en résulte aussi cette désagréable épidémie d’horreurs à un dollar. Car j’ose espérer que ceux qui dépensent de l’argent pour se procurer de telles cochonneries ne mettent pas plus d’un dollar sur de tels « cossins ». À les y regarder, même de loin, j’ai difficulté à m’imaginer que ça puisse valoir plus cher. On doit bien être capable d’en fabriquer une trentaine pour le coût de dix sous, même canadiens!  

Non, décidemment je suis fait pour un climat plus modéré. Quelque chose où les gens pourraient aisément se promener en bermudas, mais pas en gougounes. Ou alors, il faut que le gouvernement passe une loi afin de les interdire! La prolifération des sandales flip-flop est autrement plus inquiétante que les deux mille pédophiles répertoriés dans la province, plus dramatique que l’algue bleue, plus drastiquement problématique que les ponts qui s’effondrent! Il faut agir, et agir vite. Qu’attend Jean Charest pour déclarer le port de ces sandales cauchemardesques passible de 10 mois de prison? Qu’on sorte Stephen Harper du cercueil qui lui sert de lit afin qu’il légifère et retourne ces produits aux Chinois! Car je ne doute pas un instant que sur chacune de ses pantoufles de ville, il soit écrit « Made in China ». Le voilà, le péril jaune! Pfff, la fièvre aphteuse! Pfff, la fonte des glaces! Pffff, Mario Dumont!!! Le vrai danger, c’est la gougoune flip-flop, laide, affreuse et encore pire que cela. Ah, et puis laide en plus, est-ce que je vous l’ai dit, ça?  

Je veux bien prendre le risque de me faire à nouveau traiter d’anarchiste ou de marginal lorsque je me promène en jeans et en souliers à 45 degrés à l’ombre, mais rien n’y fait, je ne changerai pas d’avis. Je trouve bien plus vulgaire la vue d’une telle sandale aux pieds de n’importe quelle créature que celle du nombril d’une sexagénaire ou du g-string de Richard Martineau. J’ai beau me forcer, y’a rien à faire, c’est plus fort que moi. Dire que la plupart de ces gens ont les orteils en horreur, et ils sont là à exhiber les leurs comme si c’était la moindre des choses!  

Ah, vivement que le Maire Gendron prenne le pouvoir au provincial et qu’il condamne à la chaise électrique tous ceux qui portent ces « choses » aux pieds. D’abord, ce serait là la seule décision censée qu’il prendrait. Et puis, ce serait aussi la dernière, puisqu’il en porte probablement lui-même, ce qui lui ferait faire pour mon plus grand plaisir d’une pierre deux coups! Quant à ceux qui tremblent en s’imaginant déjà griller sur le siège électrifiant, vous avez encore le temps : remettez vos souliers, ou si vous tenez à porter des sandales, échangez vos calamités contre quelque chose qui a au moins un pouce d’épaisseur, qui a coûté plus de cinq sous à produire et surtout, oui surtout, qui ne fait pas flip-flop, flip-flop, flip-flop, flip-flop et encore flip-flop à chaque putain de pas que vous franchissez!  

Non, mais est-ce que j’écoeure le monde, moi, avec mes jeans noirs, mes souliers et ma barbe de 3 pouces en plein milieu d’une canicule?! Mille millions de mille sabords!!! (Je me fais penser à quelqu’un… mais qui?)