Les vacances sont officiellement terminées. Les derniers quelques jours ont été plus tranquilles, ou du moins ont-ils été passés en ville, celle que j’occupe à temps plein et qui s’effrite à la vitesse grand V.  

Après une semaine passée au Saguenay dans le froid, la pluie, le foin et l’herbe à poux, nous sommes allés nous amuser une paire de jours à Québec, question de tester ma cheville éprouvée et de s’assurer qu’on mange mieux dans la capitale provinciale que dans sa jumelle ontarienne. La place pullulait de touristes étrangers baguenaudant  dans les vieux quartiers avec l’air de se demander s’ils ne devraient pas déménager leurs pénates dans cette cité semblant venir d’un autre monde. Québec existe-t-elle vraiment? J’ai vaguement l’impression d’avoir visité une carte postale en trois dimensions. Je me sentais moi-même touriste, et j’avais peine à croire que ma propre ville (sans mauvais jeu de mot!) n’était qu’à trois centaines de kilomètres de là. Mon plus gros choc « culturel » provient de l’hallucinante propreté de Québec. Vraiment, à côté de la capitale provinciale, Montréal fait figure d’enfant pauvre lorsqu’il est question de l’état des rues et des trottoirs. J’avais vaguement entendu parler de la mauvaise réputation de ma ville, mais j’attribuais cela à des mauvaises langues trop pressées de salir (c’est bien le mot!) la grande ville (des banlieusards, probable!).  

Hélas, il n’en est rien. Montréal est sale et sa réputation de ville-poubelle n’est absolument pas surfaite! Il ne suffit que de passer quelques heures à marcher dans les artères les plus occupées de Québec pour s’en convaincre. Pourtant, les gens fument sur les trottoirs, boivent, bouffent et font mille activités en tout point comparables à celles pratiquées par les Montréalais. À la grande différence qu’ils utilisent les poubelles mises à leur disposition, et que les employés de la ville chargés du nettoyage semblent vraiment travailler là-bas. Se promener à Montréal, que ce soit sur Sainte-Catherine, Sherbrooke, Saint-Denis ou Mont-Royal équivaut à nager parmi les mégots de cigarettes s’accumulant partout et d’autres détritus dont on ne souhaite pas connaître l’origine. Mais à Québec, les fumeurs utilisent réellement les cendriers extérieurs, ça n’est pas du tout une légende urbaine puisque je les ai vus le faire à plusieurs occasions.  

Ce n’est pas moi qui salit le plus Montréal, mais je ne peux m’empêcher d’avoir soudainement honte. Il n’en a pas toujours été ainsi, il me semble. Le règne du maire Tremblay en est un marquant! Mais qu’est-ce qu’il fait, l’Harry Potter municipal?! Il demande aux citoyens de faire leur part!!! Quelle efficacité, jusqu’à présent! Pourquoi n’a-t-il pas demandé conseil à la mairesse Boucher, avant qu’il ne soit trop tard?  

Mais il est trop tard. Madame la mairesse, dont les robes rivalisaient d’intensité avec les Picasso les plus abstraits (toutes périodes confondues, voir même mélangées), a défunté en emportant son secret (celui d’une ville propre) dans la tombe. Tu parles qu’on l’a dans le prose, Rose! Avec ça que M. Net doit achever sa brillante existence et que M. Glad est apparemment sur le respirateur artificiel, c’est rien pour nous sortir de la dèche. Montréal est donc condamnée à empirer son cas, jusqu’à devenir un immense dépotoir dans lequel on pourra skier sur les montagnes de mégots et surfer sur les débris d’immeubles qui se seront écroulés sur le métro. Qu’attend donc Gérald Tremblay pour emplir les nids de poules avec les cochonneries jonchant les rues? Ça serait déjà ça de fait, et puis ça m’empêcherait peut-être de me casser une cheville ou deux…