Archive for octobre, 2007

Douloureusement nécessaire

Publié dans Divers le octobre 28th, 2007

Ce n’était pourtant pas la première fois que je voyais un film traitant du même sujet. Après Un Dimanche à Kigali et Hotel Rwanda, j’ai enfin vu Shake Hands with the Devil, le film relatant le massacre rwandais du point de vue du Général Dallaire. Je croyais donc avoir vu l’horreur. Encore là, ce n’était pourtant pas ma première incursion dans l’un ou l’autre génocide : Schindler’s List, entres autres, ainsi que les images insupportables du documentaire Nuit et brouillard m’avaient marqué au fer rouge. J’ai serré la main du diable n’aura donc pas été pour moi une nouveauté dans le genre. Mais autant sinon plus que tous les autres (outre peut-être Nuit et brouillard fait d’images d’archives qui ne sont en rien des décors ou du maquillage), je suis ressorti troublé, brisé, écoeuré. Je vous l’ai dit, brisé? C’est que c’est vraiment ainsi que je me suis senti.

La réalisation de Roger Spottiswoode est plutôt convenue et n’est en rien spectaculaire. Le sujet est assez fort en lui-même pour permettre cette sobriété dans la mise en scène. D’ailleurs, je suis ressorti du film avec une étrange satisfaction : c’est qu’il permet de constater à quel point Steven Spielberg manipule le spectateur. Plusieurs personnes pleuraient et sortaient de la salle durant la projection de Schindler’s List, mais c’était souvent du à certaines astuces de réalisation de Spielberg. La petite fille au manteau rouge en est un exemple marquant. Sa présence frappe – le film est en noir et blanc, sauf elle – et lorsqu’on l’aperçoit au milieu du charnier, même les plus endurcis d’entre nous se mettent à pleurer ou du moins doivent se retenir très fort de le faire. On peut aimer ou non ce genre de manipulation, reste que Spielberg adore en faire l’utilisation et il est passé maître dans l’art de jouer avec les émotions de ses spectateurs. Personnellement, je succombe parfois facilement à des trucages semblables, mais en sortant de la salle hier, j’ai compris à quel point il pouvait être malhonnête pour un réalisateur d’utiliser une telle méthode lorsqu’il traite d’un sujet aussi grave. C’est que le cinéaste force le spectateur à interpréter son film d’une façon précise, il lui dicte ainsi quoi ressentir et à quel moment. Le film de Spottiswoode n’emprunte pas cette voie douteuse. Il laisse plutôt le spectateur juger par lui-même des faits se déroulant devant lui. Car, que ce soit le génocide rwandais ou celui des Juifs, on est devant une tragédie d’une ampleur sans nom et même le spectateur le moins intelligent sera extrêmement perturbé par ce qu’il verra dans le film. Lui dicter en plus quoi penser ou ressentir devient alors un exercice d’une perversité un peu dérangeante.

Pleurer après avoir vu un film m’est arrivé souvent. Le faire pendant le film est plus rare, mais cela m’arrive presque à chaque fois que je me tape Les Ordres. Verser une larme (plusieurs, en fait) en pleine salle de cinéma est chose encore plus rare dans mon cas. Mais que la chose m’arrive à répétition, ça ne s’était carrément jamais vu. Ce n’est pas grave, bien au contraire. J’ignore si des gens peuvent rester de marbre devant de telles images, et si ce pouvait être le cas, comme je les plains. Je ne doute pas un instant que ceux qui étaient dans la salle en même temps que moi ont eu les larmes aux yeux durant la représentation. À la fin du film, personne ne semblait vouloir être le premier à sortir. Y’a de quoi…

Je n’ai pas encore parlé de la performance de Roy Dupuis. Roy qui, d’ailleurs? Dallaire. Je n’ai jamais vraiment été un grand amateur de Roy Dupuis. Certes, il est intense et fait passer beaucoup de choses par le regard, mais il chuchote souvent et il m’arrive de ne pas comprendre grand-chose à ses murmures. Je l’avais trouvé criant de vérité dans le très surestimé Maurice Richard, mais ce n’est absolument rien à côté de sa performance dans le rôle du général assistant presque impuissant à l’un des plus terribles massacres de l’histoire de l’humanité. D’abord, la ressemblance de Dupuis avec Roméo Dallaire est extrêmement frappante. Son jeu est également différent de tout ce que j’avais vu de lui jusque-là. On a véritablement l’impression qu’une caméra suivait le général Dallaire à l’époque et qu’on en voit aujourd’hui les images. Si Roy Dupuis ne remporte pas quelques prix d’interprétation ici et là, c’est que les membres des jurys sont aussi bouchés que les toilettes du château de Pauline Marois.

J’espère honnêtement que tout le monde verra ce film. Je comprends qu’un sujet difficile puisse parfois en rebiffer certains, mais le cinéma ne sert pas qu’à faire mouiller des petites culottes à l’aide d’inepties toutes plus insignifiantes les unes que les autres. Le septième art, dans ce qu’il a de meilleur, peut servir à rappeler ce que l’humanité a, elle, de pire. Après tout, voir un film aussi dur et difficile que peut l’être Shake Hands with the Devil n’est qu’un maigre deux heures dans notre existence confortable d’occidental repu. Le Général Dallaire, lui, ne pouvait certainement pas échapper ne fut-ce qu’un instant au drame qui l’entourait, et il pouvait encore moins penser à autre chose. Les difficiles deux heures qui vous attendent, ce n’est même pas le quart de la journée typique que lui, ou n’importe qui d’autre se trouvant là-bas au moment des faits d’ailleurs, avait à endurer. Imaginez seulement comment ça pouvait être pour les Rwandais eux-mêmes…

Oui, c’est un film absolument nécessaire. Douloureux, mais obligatoire. Ne pas le voir serait un désastre. Comme une forme de résignation ou pire : d’indifférence. Une indifférence presque complice. Pas complice de ceux qui ont commis le génocide, bien sûr, mais complice de ceux qui ont volontairement fermés les yeux cette année-là. Refuser de voir ce film, c’est donner raison à ces décideurs, c’est bénir leur inaction et glorifier leur hypocrisie. Vous avez trop peur d’y aller seul(e)s? Venez, je vous y accompagne. Moi, quand un film est excellent à ce point, qu’importe qu’il soit par moments insupportable. Qui sait, à force de le voir et le revoir, ainsi que d’autres semblables, peut-être en viendrons-nous à stopper un tel carnage, la prochaine fois? Car il ne fait aucun doute qu’il y aura une prochaine fois : l’Histoire a ceci de particulier qu’elle adore se répéter. À nous de voir qu’elle n’y parvienne pas. Et d’ailleurs, ça ne serait pas un peu commencé, déjà? Que se passe-t-il au Darfour, exactement? Ne le saurons-nous que « trop peu trop tard », encore une fois?

Ils se sont donnés le mot!

Publié dans Divers le octobre 26th, 2007

Jeudi matin difficile, y’a pas à dire. J’ignore à quoi je rêvais au moment où « ça » a commencé, mais c’était certainement plus agréable que la suite des événements. Y’a des moments comme ça, où tout s’enchaîne en donnant l’impression qu’on est victime d’une conspiration. Comment penser autrement quand ça frise le ridicule de la sorte? Oui oui, je vous raconte tout de suite.

Il était environ une heure que je n’ai jamais su mais qui est du genre doucereuse. Se faire tirer du sommeil à ce moment-là n’est pas chose facile, parce qu’on flotte entre deux sphères, peut-être même trois. Toujours est-il que ça commence comme suit : on sonne à la porte. J’ai le réflexe surprenant de me souvenir que ma blonde anticipe un colis, ça doit être le facteur hyper matinal qui vient me demander si c’est bien moi qui ai commandé de la crème anti-rides pour les aisselles. Je me lève donc, l’œil mi-clos, les cheveux en bataille (et la bataille des Ardennes, c’est dire!) et l’haleine capable de faire fondre du métal et je me dirige vers la porte en me rappelant de bien fermer la bouche après avoir ouvert la porte. J’actionne l’ouverture de la porte du bâtiment, sans me servir du nouveau machin vocal qui m’aurait permis de savoir à qui j’avais affaire. Mais si je suis debout, je ne suis pas réveillé pour autant, alors faut pas trop m’en demander. Je me prépare ensuite à accueillir le facteur, mais voilà plutôt qu’un homme en habit cravate se présente à moi. Ça augure mal, très mal. Je m’attends à l’entendre me parler de Jéhovah, mais il se met plutôt à me parler d’assurances. Le pire, c’est qu’il voit qu’il me dérange et il l’exprime en se disant (faussement) désolé, mais il continue de s’approcher de mon appartement! Je lui ai coupé la parole pour lui signifier que je ne désirais aucunement profiter de ses services, mais il a persisté en continuant son baratin. Ce n’est que lorsque j’ai emprunté une réplique au Capitaine Haddock (« La seule assurance qui me manque, c’est une assurance comme les casse-pieds ») qu’il a cessé de sourire et qu’il a préféré aller voir ailleurs s’il ne tomberait pas sur quelqu’un de moins récalcitrant. J’ai aussitôt regretté ma boutade : j’aurais plutôt du l’inviter et une fois qu’il aurait été dans l’appartement, je l’aurais tabassé solidement en lui conseillant vivement de transmettre le message à son patron. Je devrai m’en rappeler, la prochaine fois qu’un incompétent trouvera que le porte à porte est une bonne stratégie.

Si ce n’avait été que ça… Je retourne donc me coucher, heureux d’être knock-out à un point tel que je sais que le sommeil reviendra tout seul. Mais pas cette fois. Au moment où je retombais endormi, le téléphone se met à téléphoner (pouvait-il faire autre chose?). À nouveau, je me lève et cours au téléphone parce que celui-ci n’est pas très patient et a tendance à embarquer sur la boîte vocale au quatorzième coup (ou au quatrième, quelle est la différence de toute façon?). Je réponds, mais en m’attendant sincèrement à ce que ce soit un ami, ou un autre, ou ma blonde, ou le Père Noël, peu importe. Il n’en était rien. Dès que j’ai répondu, j’ai senti une hésitation à l’autre bout du fil. Cette hésitation ne pouvait être qu’une seule chose : télémarketing! Le bonhomme finit par se présenter, on dirait toujours le même qui travaille pour toutes les compagnies, j’ignore s’il doit cumuler plusieurs emplois similaires en même temps ou s’il perd son boulot à chaque fois qu’il se fait brasser la cage en appelant ici… Enfin, il me parle et surnage pour essayer de se rendre sympathique. Il n’a aucune chance avec moi, et comme il souhaite parler à ma blonde, sa journée vient brusquement de prendre une tournure compliquée. « Est-ce que je peux parler à Madame…? » Compte sur moi, abruti. « Madame? Pas là, Madame. » Mais il garde espoir : « Est-ce qu’il y a un moment où je pourrais rejoindre Madame? » Silence. Puis : « J’imagine. » Silence. On commence à sentir la gêne s’installer, il doit avoir hâte à la pause-café. «Est-ce qu’il y a un autre moment dans la semaine où je… Quand puis-je… Euh… Sera-t-elle là, plus tard, cette semaine? » Silence, mais court, je voudrais pas qu’il panique tout de suite. « Peut-être. » Là, son cerveau commence à faire de la fumée, on l’entend presque tourner! « Vous ne savez pas? » Je l’achève : « Oui, je le sais, mais je n’ai pas le droit de vous le dire ». Son dentier vient de déclarer forfait. J’entends un bruit qui se veut un mélange de balbutiement et d’ahurissement totale. Le mec n’est pas que bouche bée, il a le corps entier qui bée. Avant qu’il ne récupère, et aussi parce que je veux dormir, je lui raccroche la ligne au nez. Ce que je trouve particulièrement fort, c’est qu’il appelait de la part de la compagnie de cellulaire de ma blonde. Hey, c’est vous autres qui lui avez fourni son cellulaire, appelez-là donc dessus!!! Bref, en envoyant le pauvre bougre promener, je me suis recouché dans l’espoir de rattraper un peu le temps perdu. J’eus au moins la bonne idée de laisser le téléphone près de moi. Prudence ou folie?

Folie. Quoi d’autre?

Ils ont remis ça. Qui ça, « ils »? Les conspirateurs, ou bien alors, les cons tout courts. Cette fois encore, on hésite après que j’aie répondu : encore du télémarketing! Une voix de femme finit par se présenter, en y mettant autant de joie que si elle m’appelait pour m’annoncer qu’elle vient de gagner le million. Celle-là travaille pour la maison Columbia. De vrais acharnés! Ma blonde y a été abonnée il y a des années, et depuis, ils cherchent par tous les moyens à la reprendre parmi leurs membres. Alors, la femme exige elle aussi de parler à ma blonde, mais cette fois, je tombe sur une coriace et le fait que « Madame » ne soit pas à la maison présentement ne la désarçonne pas le moins du monde. Toujours aussi joyeuse, elle m’annonce qu’elle est prête à nous offrir des films à 49 sous chacun. Bon, ça peut sembler bon comme ça, mais faut voir les films! Les seuls intéressants, on les a déjà. Le reste de leur catalogue est du plus pur Hollywood, en plein le genre de films dont même 49 cennes est trop cher payé. Mais la femme ne veut rien entendre, et la voilà qu’elle me propose le catalogue sur Internet et tutti quanti. J’y vais de mes refus habituels, mais rien ne l’arrête, alors je lui joue le grand jeu : « Madame, je suis un arnaqueur professionnel. J’ai tous les films, tous. J’ai un ordinateur qui ne sert qu’à graver des copies de films 24 heures sur 24, j’en ai un autre qui me sert à les downloader sur Internet, et je passe le plus clair de mon temps à filmer ceux qui sont en salles avant de les revendre sur le marché noir. » Je pensais l’abasourdir, mais c’est une coriace! « Dans ce cas, vous pouvez commander nos disques! » C’est pas possible! J’ai eu beau lui escrimer comme quoi les disques aussi, je copie tout, je fraude tout le monde, elle n’en démordait pas. J’ai fini par raccrocher de peur qu’elle se mette à me vendre ses sous-vêtements. Je lui ai dit cinq fois « Au revoir, bonne journée » et cette enragée parlait quand même par-dessus moi! Columbia, si on leur disait qu’on file plutôt pour un p’tit thaïlandais de 12 ans, ils nous diraient : « Bien justement, on a un catalogue! »…

À ce moment-là, je suis convaincu dur comme fer que si je reste au lit, quelque chose d’autre va venir me déranger, alors j’ai opté pour une meilleure stratégie et suis allé me coucher sur le fauteuil du salon! Quelle idée de génie! Au bout de quelques ronflements, un vacarme épouvantable me re-re-re-re-re-réveille. Ça vient de « derrière » la fenêtre, alors je vais voir et y découvre un abruti dont je n’ai malheureusement pas pu voir le portrait, et ce crétin est là avec un souffleur à feuilles et il souffle les feuilles qui sont devant ma fenêtre!!! Moi qui pensait que seuls les banlieusards s’équipaient de la sorte! Mais c’en est probablement un, et comme il a soufflé toutes les feuilles de sa banlieue profonde, il vient souffler celles de la ville… Mais il est chanceux tout de même, car si j’avais vu son visage, j’en aurais fait dresser un portrait-robot et aurait lancé la province à ses trousses en proclamant l’avoir vu avec « Cédrika »…

Non, vraiment, ce matin ils étaient nombreux à ne pas vouloir que je dorme. Et la meilleure dans tout ça? Le facteur est bel et bien venu : il prétend avoir sonné sans réponse. L’heure indiqué sur le billet qu’il a laissé : treize heures. À cette heure-là, j’étais là, éveillé, réveillé et émerveillé d’autant de solidarité dans l’acharnement à me déranger. S’il a sonné ici, moi je suis le fils caché du Général de Gaulle…

Grrrrr…

Publié dans Divers le octobre 11th, 2007

Trois heures du matin, ça sonne. Un téléphone, mais pas un appel. Un cellulaire, évidemment, et qui demande à être rechargé. Est-ce que je délire en me demandant pourquoi ces satanés objets ont toujours besoin d’être rechargés au beau milieu de la nuit?!?

Ce n’est pas le mien, évidemment. C’est le joujou de ma blonde. Elle le garde copieusement quelque part. Cela m’a pris 30 minutes à dénicher ce quelque part. Faut dire que le truculent gadget ne sonne pas jusqu’à ce qu’on le trouve. Il préfère émettre une courte sonnerie, suffisante pour réveiller quelqu’un, mais pas assez longue pour qu’on puisse suivre la piste afin de le trouver et de lui relier la batterie au cul. Une agace, quoi. Donc, on entend la sonnerie, et on sait qu’il y a un cellulaire dans les parages. Est-ce suffisant? Peut-être si c’est un cellulaire d’homme, auquel cas il traînerait sans doute quelque part. Mais ça n’était pas le cas tantôt…

Première idée : il est dans son sac à main. Fouille. Re-fouille. Re-re-fouille. Rien. Je n’ai pourtant pas rêvé! Une autre sonnerie, il est là, tout près. Mais où? Ah, dans son manteau, peut-être. Et me voilà, trois heures du matin passées, à fouiller son manteau dans le noir et à ne rien trouver qui ressemble de près ou de loin à un cellulaire ou à son cousin germain. Retour à la bourse. Je prends mon temps, cette fois. Méticuleusement, je plonge la main et fouine dans le sac, en me trouvant chanceux de ne pas être à Fort Boyard. Point de serpents, de scarabées, de tarentules, mais point de cellulaire non plus. Mais où se cache-t-il, ce perturbateur de mes deux?

J’ai sans doute fouillé le mauvais manteau. Toujours dans le noir, je cherche, cherche et recherche, en vain. Je ne dégauchis même pas le numéro d’un amant ou un vieux mouchoir usé. Ça sonne à nouveau! Je retourne à la table, et cette fois, je me mets à vider consciencieusement le contenu de la sacoche. Des trucs, des machins, des patentes, des papiers, des cartes, des cossins mais pas de téléphone. Je vais perdre patience…

J’hésite entre réveiller ma blonde pour lui faire avouer la cachette du cellulaire ou foutre le sac au fond du garde-robe, sous une pile de linge, afin d’étouffer le bruit et d’avoir un peu la paix. Car je sais qu’il est sans doute dans la sacoche, il ne peut qu’être qu’à cet endroit. Ailleurs, je l’aurais déjà trouvé. Il n’est d’ailleurs ni sur ou sous la table, ni sur une chaise, ni même dans mes culottes. Et il sonne, encore!

Enragé, je joue le tout pour le tout et je recours à la méthode forte. Je vide le contenu entier du sac sur la table, sans précautions, comme si j’étais un douanier aux prises avec les valises d’un mec ayant l’air vaguement arabe. C’est tout juste si je n’éventre pas le sac à la recherche du foutu dringophone. Ça y est, il est vide! Sur la table, un amoncellement de choseries et parmi celles-ci, son portefeuille et une pochette que j’imagine être une trousse de maquillage. Jamais je vais croire que le minuscule téléphone est dans son portefeuille? Inquiet, je le fouille. Mais la chose était trop ridicule, et il n’y est évidemment pas. La trousse de maquillage, alors? Non plus. Mais où est-il, bordel!? Ah, sans doute le sac à main possède-t-il quelques compartiments secrets! Je me lance et en trouve un aussitôt. Malheur : il ne contient que son I-Pod, autre gadget, mais celui-là a au moins l’intelligence de ne pas sonner quand sa batterie est faible. Je continue, et débusque une seconde cachette, mais elle ne contient pas mon obscur objet de désir. Je sens que je vais crier si je ne mets pas rapidement la main sur le fameux drelin-drelin…

Pris d’un doute énorme, je fais le tour du salon. Serait-il dans une craque du fauteuil? Sur la table de salon? Quelque part avec le courrier? Tombé sur le sol? Serait-ce moi qui l’ai sans le savoir? Non, non, non et re-non! Décidemment, ma blonde ne la trouvera pas drôle quand je vais la réveiller pour lui demander où est son machin chose…

Et soudain, je l’ai, ou je crois bien l’avoir. J’ai saisi la bourse et l’ai tâté de toutes les façons, sans trop y croire, et pourtant, ma main a rencontré une forme dangereusement téléphonique. Sans lâcher l’objet, je plonge l’autre main dans le sac et suis au bord de l’ahurissement quand je constate qu’aucune poche secrète, ni zipper, ni bouton, ne semble mener à l’endroit qui cache le cellulaire. Comment? À l’extérieur, vous dites? Pas fou. Je cherche et finalement je déniche!. Une introuvable pochette secrète extérieure, toute petite, discrète, une aiguille dans douze bottes de foin. Mais maintenant, l’objet est là, entre mes doigts, et c’est tout juste si je n’ai pas un orgasme en le branchant pour qu’il recharge…

À Asbestos

Publié dans Divers le octobre 9th, 2007

À Asbestos, y’a un gros trou. C’est une mine d’amiante qui continue de se creuser au bord de la ville; un trou qui remplit, lentement mais sûrement, le cimetière municipal. Il ne fait pas bon vivre à Asbestos : l’air y est particulièrement vicié.

À Asbestos, y’a des rumeurs comme quoi la ville changerait de nom. Asbestos est le nom anglais donné à l’amiante. La ville porte donc le nom du produit qui rend tant de ses citoyens malades. C’est un état de fait particulièrement vicieux.

À Asbestos, y’a une partie des racines de mon arbre généalogique. Ou bien alors des branches. J’origine donc d’une ville qui ne pardonne pas à ses habitants. Je partage le nom d’une famille dont certains membres – les meilleurs éléments, sans aucun doute possible - résident encore à Asbestos. Les gens de cette portion de la famille sont à peu près ce que j’ai connu de mieux. C’est comme si on avait caché un morceau de paradis dans un des recoins de l’enfer.

À me lire, on pourrait croire qu’Asbestos est un lieu terrible. Ce n’est pas vraiment le cas. Ou alors, c’est terriblement beau, et tranquille. Mais voilà, il y a cette mine, à une proximité inquiétante de la ville, et respirer de l’amiante n’est pa tout à fait comme respirer une rose…

À Asbestos, y’a presque plus personne de ma famille. Mais il y reste la branche la plus exceptionnelle. Les misogynes ne seront pas contents : cette branche est à grande majorité composée de femmes. Elles sont mes cousines, leurs filles, leurs enfants. Je m’en voudrais d’oublier leurs conjoints, évidemment. Il y a d’autres femmes ailleurs dans la famille, mais aucune n’a cet immense quelque chose d’indescriptible qui rend celles d’Asbestos si chères à mon cœur. Elles ont chacune à leur façon le don de me rendre heureux. Toutes sont semblables dans une certaine mesure. Et toutes, elles tiennent cela d’une seule et même personne : ma tante Gilberte.

À Asbestos, y’a cette portion de ma famille qui demeure encore aujourd’hui tout près de la mine. Il y avait longtemps que je n’avais pas mis le pied là-bas. Il y avait longtemps que je n’avais pas foulé la terre d’une de mes cousines, croisé le regard de ma tante, senti vibrer le fond de l’âme de chacune d’entre elles et de leur descendance. J’ignore concrètement pourquoi, mais les choses sont différentes à Asbestos, du moins dans cette branche de la famille. L’hypocrisie y est complètement inexistante. Les regards ne fuient pas, les conversations vides ne se pointent pas, tout y est d’une véracité absolue. Y compris la douleur mais aussi son plus grand complément, le bonheur.

À Asbestos, y’a ma tante qui, aux dires des docteurs, en est aux derniers miles de sa vie. La douleur de cette branche entière de la famille est totalement palpable. Mais elle n’arrive pas à gâcher l’atmosphère complètement. Les yeux qu’on y croise sont à la fois tristes et brillants. Rien n’est jamais entièrement noir avec eux. Cela me change énormément du reste de la planète. On peut y réussir l’exploit de broyer du noir en souriant. Ce n’est pas rien. Ailleurs, c’est le règne du cynisme, de l’hypocrisie et du faire semblant. Mais autour de ma tante Gilberte, de ses filles et de leurs filles à elles, c’est différent. Pas question de se faire servir un sourire forcé en se faisant dire : « Je suis content de te voir ». Bien au contraire. Ce qui ne s’exprime pas en mots passe entièrement en gestes et en regards significatifs. C’est le règne de la vérité en matière de sentiments. Le malheur y est sans doute vécu plus intensément qu’ailleurs, mais en retour, le bonheur y est d’une force inégalée. Normal qu’il en soit ainsi, puisque rien n’est faux.

À Asbestos, récemment, y’a deux personnes qui n’y avaient pas mis les pieds depuis des années qui y sont retourné. Ils ont du étrangement passer par une pluie torrentielle pour y arriver et par un brouillard absurdement épais pour en revenir. Ils allaient visiter une personne chère qui achève son passage en ce bas monde. La journée a été particulièrement émotive. Mais au lieu de plonger dans une atmosphère d’enterrement, ils ont été accueillis avec la même chaleur et la même intensité qu’auparavant, malgré les difficiles circonstances et malgré le peu d’espoir donné par les spécialistes. Les deux visiteurs n’ont pas été surpris. Il ne pouvait qu’en être ainsi dans cette branche de la famille. Les gens exceptionnels le sont généralement par leur façon d’être différents des autres et des conventions ridicules. Et ceux qu’ils visitaient étaient fait de ce bois-là, du meilleur qui soit. Des comme eux, on n’en rencontre même pas dans les romans, c’est dire à quel point même le mot exceptionnel peut être faible pour les décrire.

À Asbestos, malgré la mine qui tue, malgré les drames et les tragédies, y’a un véritable coin de paradis. Cette branche de la famille a troqué mon nom de famille pour celui de leur père – logique - et ils se nomment désormais Mayrand. Pour moi, c’est un nom synonyme de bonheur intense, du moins, plus que mon propre nom de famille. Mais le leur semble être capable de gérer le bonheur. Et ce faisant, d’en distribuer une immense partie. Car c’est une vérité incontournable que d’affirmer que toutes les fois où j’y suis allé, j’ai été profondément heureux. Ça n’est pas un hasard et encore moins une mauvaise perception. Les gens dont je parle en sont directement responsables. Je pense donc énormément à eux en ces temps difficiles, et même si une mère ou une grand-mère – et pour moi une tante – s’apprête à partir, je ne sais que trop bien qu’elle les a si bien influencés qu’ils sauront tous continuer à vivre en semant le bonheur autour d’eux. Ça peut sembler facile, mais ça ne l’est pas, vraiment pas. Ou du moins, peut-être dans les romans, et encore…