Vive la consommation! Vive le cheap labor! Vive le capitalisme!

Du temps de mes grands-parents, paraît qu’on achetait une voiture et qu’elle résistait des années et des années. Plus récent, à l’époque de mes parents, une laveuse, un four, un frigidaire, ça se gardait 30 ans. À un point tel que plusieurs des appareils ménagers se transmettaient d’une génération à l’autre. Mais cette ère désolante est révolue! Voici maintenant le règne de la bébelle cheap, qu’on achète en se croisant les doigts pour qu’elle nous dure au moins un an et qu’on décroise quelques jours après pour faire un doigt d’honneur à la compagnie qui a fabriqué cette chose qui nous fait soudainement pester!

À n’en plus douter, nous sommes définitivement entrés dans une nouvelle ère. J’avais commencé à m’en douter lorsque notre laveuse neuve, vieille d’une moitié de semaine, avait déclaré forfait. Les doutes s’étaient transformés en presque certitude après que le power supply de notre ordinateur neuf avait à son tour défunté au bout d’un gros mois. Maintenant, les preuves ne manquent plus. L’appareil fautif n’est désormais plus celui qui brise au bout d’un trop court laps de temps, mais bien celui qui nous surprend par sa longévité. « Tiens, notre téléviseur fonctionne encore après 2 ans? Il faudrait peut-être appeler le vendeur : il doit y avoir un problème! »

La liste des machins plus ou moins ménagers qui nous ont fait défaut un peu trop rapidement est trop longue pour que j’en dresse ici l’inventaire complet. Mais un nouveau-né vient de joindre la famille des défectuosités express, et j’ai nommé mon ultra neuf joystick. Acheté chez… oh et puis non, je refuse de nommer ce magasin et de leur faire de la publicité gratuite. Renommons-le donc… euh… « Étron en Gros », ça me semble assez anonyme. Quoi, mes pseudonymes ne sont pas très bons? Bah, c’est à la hauteur des produits de chez « Étron en Gros ». Et puis, mes pseudonymes, bien que cheaps, sont gratuits et surtout, garantis à vie sans frais supplémentaires.

Revenons donc à ma super manette. Elle est neuve à un point tel qu’un policier chevronné aurait de la difficulté à y trouver des empreintes. Achetée mardi dernier, donc le 20. Il s’en est même fallu de peu pour qu’elle ne soit déballée que le 21. Cette cochonnerie, Made in China où la cochonnerie fait loi, était emballée d’une façon assez hallucinante. Imaginez le joystick en question, et vous aurez le réflexe d’imaginer la boîte dans lequel il venait, non? Du tout. Il est même impossible de dire que le fabuleux objet était emballé. En fait, c’est comme si on avait fondu directement l’emballage plastique autour du produit. Pour venir à bout de l’emballage, il fallait être un bûcheron diplômé ou posséder l’expérience de Jack l’Éventreur! Mais je ne suis ni l’un ni l’autre. J’ai plutôt choisi de me battre avec le paquet une vingtaine de minutes, pensant que je finirais par trouver une ouverture magique, une fermeture-éclair en plastique, bref, quelque chose qui me permettrait de faire céder l’emballage sans l’intervention des pinces de décarcération.

Il n’en fut rien. J’avais beau tâter et triturer le paquet de toutes les façons, il ne bronchait pas. J’ai donc pris un couteau à lame mieux connu sous le nom d’exacto et je me suis livré à un difficile exercice de précision chirurgicale. Vous pensez que j’exagère? Le plastique était extrêmement difficile à couper puisqu’il épousait parfaitement la forme du joystick. De plus, je me suis rapidement rendu compte qu’il me fallait redoubler de précautions puisque je pouvais facilement endommager le précieux objet. Comme si l’aventure n’était pas assez éreintante, les parties que j’avais réussi à couper devenaient aussitôt dangereusement coupantes. J’ai même crû que dans un moment d’impatience, je m’ouvrirais la main accidentellement à cause du paquet coupant et je m’imaginais expliquant au médecin m’être ainsi blessé en essayant d’ouvrir un emballage de manette d’ordinateur…

Au bout de plusieurs minutes de frustration intense, je suis passé à l’outil de classe supérieure, du moins, dans sa maniabilité. Avec une paire de ciseaux, je me suis mis à essayer de couper en suivant le contour du joystick, mais sans plus de succès qu’avec l’exacto. Écoeuré, j’ai failli tout abandonner, mais l’idée de jouer un match de hockey sur l’ordinateur étant trop forte, j’ai redoublé d’ardeur. J’aurais eu moins de difficulté à venir à bout d’une ceinture de chasteté!

Chapeau au génie qui a inventé cet emballage. J’ai fini par trouver une méthode idéale, c’est-à-dire couper avec l’exacto dans le haut du paquet pour faire sortir la manette. Un seul hic : les fils du joystick sont cachés précisément à cet endroit. Il était donc impossible d’y aller par le haut, il n’y avait pas de bas et les côtés étaient absolument impénétrables. Il m’a donc fallu faire des dizaines d’entailles un peu partout sur le paquet jusqu’à temps qu’il accepte de céder : un vrai travail de boucherie!

Depuis, j’ai évidemment eu des heures de plaisir avec ma nouvelle manette. D’abord, elle est identique à la précédente mais en plus cheap, ce qui laisse bien augurer pour la prochaine génération. Mais ai-je vraiment dit avoir eu des heures de plaisir avec le joystick? Voilà peut-être une de mes rares exagérations… Quelques heures, probablement quatre ou cinq. Et puis…

Et puis, voilà, il s’est mis à déconner grave tantôt. Au beau milieu d’un match de hockey, tandis que je me battais de mon mieux pour conserver une avance de deux buts, j’ai eu le plaisir de voir le joueur que je contrôlais soudainement partir vers le « sud ». J’avais beau lui demander de remonter vers son filet, rien n’y faisait. Gauche, droite? À peine. Le joueur n’avait qu’une idée en tête, et c’était de mettre toute la gomme vers le bas de l’écran. J’ai donc essayé un autre joueur, mais il a aussitôt imité son coéquipier. Heureusement, les boutons fonctionnaient encore, et j’ai donc pu faire pause pour constater que le curseur du jeu se promenait à toute vitesse, entraîné vers le bas à son tour par une espèce de force invisible probablement Made in China elle aussi. J’ai pensé qu’il était sans doute mal connecté, alors j’ai déconnecté le joystick et l’ai reconnecté à l’ordinateur. Rien à faire, toujours ce désir de gagner le bas de l’écran.

Au final, j’ai du sortir complètement du jeu. Depuis, tous les tests menés sur cette merveilleuse manette se sont avérés concluants : elle ne fonctionne plus! Cinq jours à peine, et voilà qu’elle flanche déjà. Il faudra donc que je retourne chez Étron en Gros, le sourire aux lèvres et l’objet fautif entre les mains.

Mais il y a un détail qui vaut encore plus que tout le reste. Au moment d’acheter ce si joli produit, la caissière m’a convaincu de payer un extra de sept dollars qui me garantit que si l’objet cesse de fonctionner pour quelque raison que ce soit avant un an (ou était-ce plus?), je n’ai qu’à le ramener et ils m’en donnent un autre gratuitement et sans poser de questions. J’ignore ce qui m’a poussé à prendre cette option. Sans doute qu’au fond de moi, je sentais que le joystick était plus cheap que les précédents, pourtant tous de même marque. D’autres, par le passé, ont aussi déclaré forfait après peu de temps, le plus rapide étant un vilain deux semaines qui vient donc ici d’être éclipsé de façon magistrale.

Il me reste donc à retourner dans cet Étron en Gros, dont je déguise le nom afin qu’ils puissent continuer à vendre d’aussi excellentes cochonneries Made in China qui cesseront probablement de fonctionner pendant le transport jusque chez le client se les étant procurées. Et si vous avez un appareil ménager ou même simplement élétronico-merdique à vous procurer prochainement, assurez-vous de bien croiser les doigts avec espoir pour mieux les décroiser et démontrer votre appréciation avec l’aide du majeur quand l’objet aura cessé d’être. Sauf si c’est un majeur Made in China, évidemment!