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Les Américains et le hockey…

Ils ont beau posséder 24 des 30 formations de la Ligue Nationale de Hockey et ils ont beau se trouver hot d’avoir des franchises en Arizona et à Nashville, reste que les Américains ne comprennent pas grand chose à notre sport national. Ils ressentent continuellement le besoin d’américaniser ce sport, que ce soit par des demandes de changements de règlements qui n’ont aucune raison d’être ou par l’ajout insensé d’attraits typiquement U.S. comme ces cheerleaders à pompon qui se trémoussent pendant les arrêts de jeux pour les deux équipes situées en Floride (l’État d’abrutissement par excellence, s’il en est). Une autre preuve m’en a été donné encore récemment lorsque j’ai aperçu deux employées pelleter la neige autour du filet des gardiens, un boulot effectué partout où l’on joue au hockey. Nulle part ailleurs voit-on effectuer ce boulot par deux jeunes femmes presque nues, vêtues comme des danseuses avant d’entrer sur scène. Les pauvres devaient être frigorifiées! Mais nos amis américains ont besoin de se faire entertainer, et quoi de mieux que de leur envoyer des pitounes plein la figure pour les satisfaire pleinement!

Une fois de plus, ils viennent de nous montrer à quel point ils n’ont que faire du hockey traditionnel. Ils ont à nouveau transformé le concours d’habiletés du match des Étoiles en formule magique à la Wal-Mart, un espèce de consommé de tout et de n’importe quoi mais surtout de n’importe quoi. Traditionnellement, ce concours d’habileté servait à montrer le talent brut des joueurs, patineurs et gardiens, et l’on y voyait des joueurs s’affronter pour déterminer le patineur le plus rapide, celui dont le tir était le plus précis, le plus puissant, et ainsi de suite. Comme le match était organisé à Atlanta cette année, ils se sont assurés que les spectateurs locaux n’allaient pas s’ennuyer. Peu importe si les millions de Canadiens qui suivent l’événement s’emmerdent : si Ted Turner trouve ça bon, eux sont contents! Ainsi donc, il fallait bien ne rien comprendre au hockey sur glace pour trouver un peu de saveur à cette soirée. L’amateur que je suis avait plutôt l’impression d’être dans un restaurant McDonald’s qui tentait de servir de la fine cuisine. Infect!

Évidemment, ils n’ont pas perdu de temps à nous montrer leur incompréhension totale du sport. Dès la description de la première épreuve, on croyait lire les règlements du football américain tant ça paraissait compliqué. De fait, quand les joueurs se sont exécutés, il fallait se pincer très fort pour réaliser qu’on ne rêvait pas. C’était la rencontre du hockey et de l’absurde! Bien qu’il ne s’agissait que d’une seule épreuve, elle forçait une combinaison d’épreuves débutant par du patinage de précision en dribblant avec la rondelle avant de remettre à un joueur qui y allait de 4 tirs sur réception de la ligne bleue avant de filer dans le coin pour passer le disque à un troisième joueur qui devait soulever la rondelle par-dessus un obstacle et ainsi la tirer au fond d’un petit filet (miniature serait même le mot), puis il se précipitait et refilait quelques rondelles au gardien qui, d’à-côté de son propre filet, tentait de marquer dans le but adverse. Vous avez bien compris? Quel rapport avec le hockey?!? Un tout petit filet?!? Des gardiens qui tirent au but?!?!?!?!? Misère…

Là ne s’arrêtait pas le ridicule. Il y a bien eu une épreuve du patineur le plus rapide. Habituellement, les joueurs désignés faisaient un tour de patinoire et l’on comptait les chronos les plus rapides pour déterminer les gagnants. Cela était sans doute trop banal à leur goût. Le concours a été revu et amélioré pour le pire, puisque deux patineurs s’affrontaient à chaque vague. Les joueurs choisis devaient patiner du fond de la zone à… la ligne rouge! Nous avons donc eu droit à diverses vagues de patineurs dont on n’a jamais eu le temps de voir la grande rapidité puisque le tout était terminé en 4,5 secondes! C’était grandiose d’imbécillité et aussi abrutissant qu’une demie-heure de télévision à Fox. De plus, la confusion régnait tout au long de l’épreuve. Ainsi, même si l’on avait pu voir clairement le joueur x battre de vitesse le joueur y, le joueur y était déclaré gagnant et passait à la ronde suivante. Les commentateurs de RDS n’y comprenaient rien et avec raison puisqu’il n’y avait rien à comprendre. Rien, sinon le désir profond de tout américaniser pour que ce soit wonderful et so much fun!

Comme il fallait s’y attendre, le clou du spectacle nous fut présenté à la toute fin. L’habituel concours d’échappées, toujours spectaculaire et grandement apprécié, a fait place à une parodie de hockey, insignifiante d’insignifiance purement américaine. On avait décidé qu’un jury était nécessaire afin de juger de la performance des joueurs lors de leurs échappées. Ainsi, deux anciens hockeyeurs, un acteur et un joueur de basketball (qui semblait se demander ce qu’il faisait là) regardaient chaque joueur s’élancer et tenter de déjouer chaque gardien. Au début, les joueurs semblaient penser qu’il s’agissait là d’un banal concours d’échappées, mais ils ont rapidement déchantées. Leurs feintes habituelles leur valurent des notes affreuses de 1, 3 ou 4 sur 10. Un des joueurs marqua même un but mais fut bafoué par le fameux jury qui lui attribua des notes parfaitement ridicules. Cela força les joueurs à s’interroger sur ce qu’ils devaient faire, et on leur fournit rapidement des explications. Il ne s’agissait pas de filer seul vers le gardien et de marquer, mais il fallait le faire de façon unique, spectaculaire et digne du Cirque du Soleil. Dès lors, chaque joueur s’exécuta de manière de plus en plus ridicule, l’effort demandé étant si grand qu’il devenait impossible de marquer. Résultat : plus les joueurs faisaient des pitreries, plus le jury se montrait généreux. Sans avoir marqué un seul but, Alexander Ovechkin affronta Ryan Getzlaf en finale. Ovechkin fut déclaré gagnant pour la simple raison qu’il comprit qu’il fallait tout faire sauf jouer au hockey. Par deux fois, il se présenta devant le gardien, plaça le disque sur la palette de son bâton, l’envoya haut dans les airs et tenta de marquer en frappant la rondelle à la manière d’un joueur de baseball. Du baseball!!! America’s pastime! La foule était en délire et le jury lui vota des notes de 9, 8, 9 et 9 comme s’il venait de voir là la plus époustouflante feinte de la soirée. Du baseball au hockey, pourquoi pas! Venant du pays qui est capable de monter Star Wars, Le Seigneur des Anneaux et même Titanic en comédie musicale, il ne faut plus se surprendre. Mais s’en désespérer, ça oui, on peut.

Et dire qu’ils essaient de plus en plus d’amener une équipe à Las Vegas. Ouf… Je n’ose imaginer à quoi ressemblera le hockey ou du moins le match des Étoiles dans cinq ans. Sans doute les joueurs devront-ils patiner rapidement, arriver le premier au micro, chanter ou danser avant de s’élancer seul vers le gardien et sauter au trampoline tout en essayant de déjouer la gardienne presque nue? Cauchemar…

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