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La maison de mes rêves

Et ce n’est pas celle que l’on pourrait penser!

Depuis plusieurs mois déjà, je fais régulièrement des rêves dans lequel une seule et unique maison revient continuellement : celle des parents de mon ami Patrick. Ce n’est jamais le même rêve, le contexte général du rêve diffère continuellement, mais seule la maison ne change pas. Elle est identique à celle que j’ai connue, hormis un tout petit détail : un étage qui n’a jamais existé.

Dans chacun de ces rêves et même parfois de ces cauchemars, il n’y a que la maison qui revient à tous les coups. Ceux qui habitent mes rêves ne sont jamais vraiment les mêmes. Il y a parfois les parents de Patrick, ou sa sœur, rarement Patrick lui-même, et souvent des inconnus. Tous ces individus ne circulent que dans la maison telle que je l’ai connue, c’est-à-dire un cottage de deux étages qui est en tout point identique aux souvenirs que j’en garde. C’est ce qui me surprend le plus d’ailleurs : que cette maison se mette soudainement à revenir de façon régulière dans mes songes. Sauf que…

Sauf que l’étage « ajouté » dans mes rêves n’a jamais existé. Lors du tout premier rêve où j’ai vu cette maison, j’ai découvert un passage qui menait à un étage supérieur. Derrière une porte que je n’avais jamais vu auparavant, une salle de banquet. Il y règne une atmosphère étouffante et une impression angoissante m’envahit aussitôt que je pénètre dans la pièce. Fait étrange, j’ai déjà à ce moment l’intime conviction que les habitants de la maison ne viennent jamais ici. Cette pièce n’a pas été visitée depuis fort longtemps, et ça se sent. Dans ce premier rêve, je reste fort longtemps à l’entrée de cette salle, envahi par une angoisse d’une force impressionnante, et je n’ose absolument pas faire un pas de plus en avant. Comme c’était le père de mon ami qui m’avait envoyé chercher quelque chose en haut, je finis par ressortir de là et je redescends lui donner l’objet dont je ne me souviens même pas. Il est clair, lorsqu’il m’aperçoit, qu’il sait que j’ai vu cette pièce cachée et que j’y suis entré, mais qu’il ne veut absolument pas que j’en discute avec qui que ce soit.

Voilà en soi un rêve étrange. Plus étrange encore est le fait qu’au fil des semaines et des mois, je me retrouve fréquemment dans cette maison. Qui plus est : en toute connaissance de cause de cette pièce cachée et de son atmosphère écrasante. Chaque fois que j’ai rêvé à cette maison depuis, j’ai à un moment ou à un autre, revisité la pièce et même plus. Car il ne s’agit pas que d’une pièce. À ma seconde visite, je suis hanté par le désir d’y retourner. Je profite d’un moment où les habitants de la maison me laissent tranquille pour y grimper et entrer à nouveau dans la salle. Je suis encore saisi de cette sensation angoissante, mais cette fois, je pousse plus loin mon audace et je m’avance tranquillement dans la pièce. Au fond, une porte qui m’avait échappé la première fois. À chaque pas, je me sens à deux doigts de craquer et pourtant j’ouvre cette seconde porte. Ce que j’y trouve défie toute logique : une pièce énorme, de la taille environ d’un gymnase d’école, pouvant servir de salle de bal. Vide de toute présence humaine, mais emplie elle aussi d’une atmosphère inquiétante. Tout ce qui s’y trouve en terme d’objets et de décoration semble venir d’une autre époque. La poussière n’y est pas accumulée comme on serait en droit de s’y attendre, même s’il est clair que personne n’est venu ici depuis des lustres. Ça aussi, ça se sent. L’angoisse me torture à chaque instant, mais je me sens toujours poussé par la curiosité et je poursuis mes recherches.

Pour une troisième, quatrième, cinquième fois, je rêve à la maison de Patrick et je passe un moment à fureter encore et toujours dans ces étranges pièces. Personne dans la maison ne semble connaître cette pièce ou vouloir en parler. Je porte une attention particulière à ceux qui s’affairent au second étage, et je remarque qu’ils ne semblent même pas voir la porte qui mène à l’inquiétant endroit. Pourtant, je continue d’explorer les lieux. Pas une seule fois la sensation d’angoisse extrême ne me quitte. De fil en aiguille, de rêve en rêve, je trouve de nouvelles pièces, de nouveaux étages, et toujours la même atmosphère écrasante, la même absence de vie humaine. Mais les lieux sont loin d’être sombre et ce, malgré l’inexistence de fenêtres ou de lampes.

Éventuellement, je trouve une série de chambres à un étage. Presque toutes les portes sont ouvertes, mais je suis incapable de pénétrer dans la moindre d’entres elles. Simplement, en y jetant un œil à partir de l’entrée de la pièce, je suis pris d’un sentiment intense qui ne s’explique jamais. Lors d’un rêve particulier, j’ai même été pris de frissons et de la désagréable impression de vouloir crier, deux émotions qui étaient toujours présentes à mon réveil.

Le temps passe et je finis par oublier la maison bizarre des parents de Patrick. Mais chaque fois, je finis par la revoir en songes. Ces rêves ne sont jamais longs, rarement bavards et toujours habités par cette sourde angoisse et cette impression de visiter des lieux abandonnés depuis extrêmement longtemps.

La dernière version de cette série de rêves étranges a amené une légère variante. J’ai réussi à forcer l’ami Roger à me suivre dans les lieux, sans toutefois lui expliquer quoi que ce soit par rapport à mes expériences. Comme toujours, j’avançais d’un très lent et mal assuré. Malgré cela, Roger peinant à suivre. J’y découvrais de nouvelles pièces et y voyait de nouveaux détails, mais chaque fois en l’absence de Roger qui traînait un peu derrière. Pire : il semblait ne rien remarquer autour de lui ou du moins s’il voyait les mêmes choses que moi, il n’en discutait pas et n’en laissait rien paraître.

Que mes rêves soient habités par une maison qui n’a jamais été la mienne me laisse extrêmement perplexe. J’y suis allé souvent, bien sûr, à une certaine époque, et même si j’y ai vécu toutes sortes d’expériences, jamais je n’ai ressenti le genre de sentiments lourds d’angoisse et de trouble imprécis qui me hantent dans ces rêves sitôt que je vais dans cet étrange endroit. J’ai donc sorti un livre sur les rêves et cherché de l’information sur le Net afin de voir ce qui pourrait ressortir de cet incroyable songe à répétition.

Je ne suis pas un fanatique de l’analyse des rêves et de leurs symboles, mais dans ce cas particulier, je suis vraiment curieux de voir ce que je peux apprendre de mes recherches. Première surprise : la maison symbolise le rêveur lui-même. Quel surprenant état de fait d’être symbolisé par une maison que je n’ai connu que par l’intermédiaire d’un ami! Deuxième surprise : une maison dans un rêve est souvent un bâtiment composite, constitué de la maison de notre enfance et de notre domicile actuel. Cela a toujours été vrai lorsque je rêvais des maisons qui furent les miennes à un moment ou à un autre de ma vie, mais dans le cas de la maison de Patrick, elle est parfaitement identique si on excepte ces hallucinants étages ajoutés. Mais il m’est difficile de la considérer comme un bâtiment composé de divers lieux ayant un rapport avec moi-même, puisque tout ce que j’ai visité des étages supérieurs m’est parfaitement inconnu. Les chambres ne ressemblent à aucune chambre que je pourrais avoir vu auparavant, et chaque nouvelle pièce que je découvre reste une découverte à part entière à chaque occasion.

Plusieurs sources me donnent à peu près ceci : « La maison représente la vie du rêveur, son état d’âme à travers les événements (…) Elle est la vie du rêveur, la trame continuelle de son vécu. » Ah? Freud en aurait certainement long à dire sur mon rêve, dans ce cas.

J’ai aussi trouvé un passage relativement percutant sur le rêve récurrent. En voici quelques morceaux choisis :

« Certains rêves reviennent constamment ou n’apparaissent qu’à certaines périodes de la vie et laissent dans la mémoire un souvenir tenace. On les reçoit toujours sous la même forme avec une variante plus optimiste ou encore plus angoissante; ce sont les rêves récurrents. » Troublant, non? Ça se poursuit en affirmant que ce type de rêve met en évidence les luttes particulières et personnelles de chaque individu. Ah?

Je n’ai pu trouver le symbolisme de l’angoisse que sur un seul site : « On triomphera de ses ennemis et on se rapprochera de l’objectif de sa vie en dépit de nombreux obstacles. » Ah? Voilà qui est rassurant quand même un tout petit peu, je pense.

Mais ce qui m’a paru le plus troublant lors de mes recherches est le premier mot aperçu lorsque j’ai ouvert le livre du rêve et de ses symboles : « Marin ». Ce n’est pas que mon rêve soit officiellement peuplé de marins, mais… c’est la moitié du nom de famille de mon ami Patrick et donc, de tous les habitants de cette fameuse maison. J’ose croire que ce n’était qu’une coïncidence…

Sur ce, je vais aller essayer de rêver de fourrures. Il paraît que cela annonce un érotisme raffiné! Ça ferait changement d’une angoisse écrasante, pour une fois…

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