Archive for juillet, 2008

D’un extrême à l’autre

Publié dans Divers le juillet 14th, 2008

Petit résumé des dernières semaines : la routine. La routine? Non, pas vraiment. En l’espace de deux semaines, j’ai vécu deux événements situés chacun à l’opposé absolu pour ce qui est du plaisir qu’ils m’ont valu. Le superbe et le vraiment nul. Ils ne se sont pas côtoyés, mais puisque je tardais à vous les relater ici, j’en profite donc pour les mettre côte-à-côte. Un seul instant. Parce que dans mes souvenirs personnels, je ne tiens surtout pas à me les rappeler pour les mêmes raisons, ni en même temps.

La bonne, d’abord. Récemment, c’était la finale masculine de tennis au tournoi de Wimbledon. Londres, le gazon, les fraises, la pluie aussi. Ça, c’est pour le prévisible. Le reste, ce sera pour la postérité. Roger Federer, #1 mondial, affrontait son plus grand rival, l’Espagnol Rafael Nadal. Ce dernier est un excellent joueur qui n’avait alors gagné que le prestigieux tournoi de Roland-Garros, disputé sur terre battue, sa surface de prédilection. Le gazon, c’est plutôt l’affaire de Federer, invaincu au cours de ses 65 derniers matches sur cette surface, et vainqueur des cinq derniers épisodes de Wimbledon.

En temps normal, c’est sur le tennis féminin que ma blonde et moi trippons solidement. Réveillés tôt la veille en vue de la finale entre les sœurs Williams, on n’avait eu droit qu’à un retentissant pif-paf-pouf qui avait vu Venus torcher sa sœur Serena en moins de temps qu’il n’en faut à un président français pour changer d’épouse. Rien de bien époustouflant, ou de quoi que ce soit qui s’en approchait. Prochain arrêt : la finale hommes.

Ce n’est pas dans mes habitudes d’accepter de me réveiller vers 9 heures la fin de semaine, encore moins pour un match de tennis masculin. Il était près de 10 heures quand le tout s’est mis en branle. Il était 4 heures et demie quand ça s’est finalement terminé. Bon, vous connaissez le résultat, ça a fait énormément de bruit. Et avec raison! Les deux adversaires se sont disputés ce que plusieurs qualifient déjà de meilleur match de l’histoire! Ils ne charrient absolument pas : je l’ai vu, et me range au diapason de ces hurluberlus! Quoi, vous n’êtes pas d’accord? Vous n’avez pas vu le duel, ce n’est pas possible autrement!

Il fallait vraiment le voir pour le croire. Et il fallait également nous voir pour le croire. Moi qui d’ordinaire suis indifférent autant à Federer qu’à Nadal, en me levant ce matin-là, je me suis décidé une allergie pour le favori, provocant du même coup une sorte de sympathie pour l’Espagnol que je n’allais pas regretter! Comme prise de position, on a vu plus bénéfique pour mon couple : mon penchant soudain pour Nadal m’a valu quelques sarcasmes de ma blonde, sarcasmes qui se sont éventuellement transformés en commentaires plus cinglants au fur et mesure de la rencontre. Mais quoi, le beau Roger, je suis plus capable! Il est trop parfait, le mec : il ne rate pas un coup, ses balles atterrissent toujours sur les lignes et quand il semble dans l’eau chaude, il s’en sort toujours avec un coup… parfait! Même sa coupe de cheveux est « parfaite », et elle coûte 800 dollars! La perfection de « Fédé » - c’est pas pour rien qu’il est Suisse! – a fini par me taper sérieusement. Tandis que l’autre, le grand « Rafa », a plus pour me plaire : il est partout sur le terrain, court comme un défoncé, la coiffure défaite et les bobettes continuellement prise dans la raie, bref, tout sauf la perfection. La preuve : il est gaucher!

Après deux interruptions de pluie, on a atteint un point où c’était déjà le match le plus long de l’histoire du tournoi. En fin de quatrième set, Nadal avait même deux balles de match, mais le trop parfait Federer avait encore trouvé le moyen de revenir de l’arrière et avait forcé la présentation d’un set ultime. C’était trop pour moi : j’ai craqué. Oui, je l’avoue humblement, à ce moment du match, mes nerfs ont lâché. Faut dire que depuis le début de la rencontre, j’avais l’estomac noué. « Go Nadal go! », crié avec les trippes. À deux sets à zéro pour Nadal, l’émotion était à son comble. À deux partout, c’était pire : c’était insupportable. J’ai imaginé Nadal perdant le dernier set 6-1 ou 6-2 et cette injustice potentielle m’a bouleversé à un point tel que j’ai quitté le salon. Je ne voulais pas voir ça!

Bon, je ne l’ai peut-être pas regardé, mais je l’ai écouté de tout mon être. Installé à l’ordinateur, j’ai transformé mon corps entier en ouïe géante, et les yeux fermés, j’ai écouté Yvan Ponton me raconter le set final. Contrairement à ma peur, Nadal n’a pas été déclassé, et la manche était extrêmement serrée à chaque instant. J’ai fini par revenir au salon à 4-4, plus nerveux que jamais. Maintenant, à la peur de voir Nadal perdre s’ajoutait la peur que le match soit remis au lendemain en raison de la noirceur qui s’installait rapidement. Il fallait que ça se termine avant 9h30pm, heure de Londres. Le match a déjà atteint un niveau d’intensité jamais vu, mais ça va devenir pire encore. 5-4 Federer. Puis 5-5. 6-5 Federer. Commence à m’énerver gravement, le Nestlé du tennis. Ouf, 6-6. Mais Federer refuse de lâcher, il mène 7-6. Arghh : les nœuds, je ne les sens plus qu’à l’estomac, mais partout. Le premier qui brise l’autre va visiblement gagner. Je respire : Nadal a égalisé à 7-7. Il a besoin d’en finir au plus vite, je sens que je vais m’écrouler! De plus, on approche dangereusement de l’heure fatidique : c’est maintenant ou jamais, mon Rafa!

Et c’est effectivement ce qui arrive. Nadal brise Federer et prend les devants 8-7. Il doit remporter son service absolument. L’air climatisé a beau fonctionner à plein régime, je dégouline de partout. J’ai les mains moites à l’extrême et je ne cligne plus des yeux depuis bientôt dix minutes. Si Nadal perd son service, je vais pleurer comme une fillette. S’il perd le match, ce sera comme un congrès d’adolescentes regardant un membre des Backstreet Boys se faire dévorer par un ours. Et ça ne lâche pas : balle de match. Égalité. Balle de match. Égalité. Balle de match. Match!!! Nadal l’emporte, à la stupeur de Mr. Parfait qui semble aussi effondré qu’un viaduc de banlieue. Je réfrène ma joie un tantinet, car les premiers mots que ma blonde me lance sont « C’est de ta faute! ». Comme si j’y étais pour quelque chose dans la défaite de son joueur préféré! J’ai ravalé mes larmes de joie, enfin, je les ai remises à plus tard, question de me garder dans les bonnes grâces de ma douce.

D’autres se sont moins retenus : John McEnroe lui-même a fondu en larmes en interviewant les joueurs quelques minutes après le match! Et qui pourrait le blâmer? McEnroe a remercié les joueurs pour ce qu’il a qualifié du plus grand match auquel il a assisté. C’est pas rien : « l’ancien » meilleur match de l’histoire impliquait justement ce même McEnroe (face à Bjorn Borg en 1980). Personnellement, je ne peux qu’être d’accord. Je ne me rappelle pas avoir autant tremblé lors d’un événement sportif. Les Canadiens? Pfff : de la bière pour midinette! Les Expos? De la litière pour chat! Les Jeux Olympiques? Tiens, fume!!!

J’imagine mal quel événement sportif pourra détrôner ce 4h48 de 6-4, 6-4, 6-7, 6-7 et 9-7 que se sont livrés les deux meilleurs joueurs au monde. Certainement pas une Coupe Stanley, ou alors il faudrait que ça se termine en sept, avec chacun des matches allant en troisième prolongation! Et encore…

Bon, l’autre événement maintenant.

Ça se passait il y a quelques jours à peine. Tiens, le 12 exactement, car je venais tout juste de terminer le billet précédent sur ce blogue. 2h30 du matin, fatigué à l’extrême, mais bon, quand la musique du I-Pod est trop bonne, c’est dur de résister. Le son était légèrement fort, c’est d’ailleurs ce qui a fait que j’ai crû un instant que c’était pour ça que ma blonde surgissait soudainement au salon à une heure pareille. Mais lorsque j’ai enlevé les écouteurs, j’ai réalisé le pourquoi de la chose : une alarme intense sonnait dans tout le bloc!

Aussitôt, on se sent envahi par des sentiments qui sont moins agréables que la tarte aux pets-de-sœur du beau-père. Si ça sonne, c’est sûrement l’alarme de feu, et si c’est le cas, il faut surtout sortir! On s’est rapidement habillés tandis que je guettais par le judas si des voisins sortaient de chez eux. J’ai ouvert quand celui d’en-face est apparu. Il semblait aussi confus qu’il était permis de l’être dans ces circonstances. Deux jeunes hommes sont sortis de l’autre appartement voisin, mais personne n’arrivait d’en-haut. Entendaient-ils seulement l’alarme? Peut-être le feu était-il pris en haut, ce qui expliquait qu’ils étaient incapables de descendre? Toutes ces pensées, et bien d’autres, surgissaient en même temps, sans qu’on soit en mesure de trouver réponse à aucune d’entre elles. On a barré la porte de l’appartement, puis on a pris le parti de sortir, en attendant la suite. Personne ne nous a suivis. Était-ce parce que cette alarme sonnait souvent pour rien? La concierge a fini par sortir de son antre, l’air pas plus paniqué qu’une fourmi en vacances. Elle est montée à notre étage, a regardé un panneau électronique à côté de la porte des voisins, puis a pitonné un code quelconque qui a fait taire l’alarme avant de redescendre en disant à tout le monde de retourner se coucher.

C’est tout?!? Tu parles. D’abord, c’était quoi cette alarme? Mais la bonne femme a disparu dans le temps de le dire. Quelques voisins s’adressaient mutuellement des questions, à savoir notamment si cela arrivait souvent. On est rentrés chacun chez soi, comme le recommandait si fortement la cerbère de l’immeuble. Je m’attendais à voir arriver les pompiers à tout moment, ce qui fait que je suis resté debout et vêtu un bon moment encore, mais en vain. Personne n’est venu. Je n’ai pas trouvé ça rassurant, bien au contraire. Si c’était vraiment l’alarme de feu qui sonnait, pourquoi les pompiers ne sont-ils pas venus? Même si c’était une fausse alarme, ils sont tenus de venir au moins voir, non? Ou même si la concierge les a appelés pour leur affirmer que c’était une fausse alarme, comment pouvait-elle le savoir? Elle est sortie à peine 30 secondes de chez elle! Sinon, quelle autre alarme aurait pu sonner de la sorte? Antivol? Dur à croire, vu que l’immeuble est ouvert en tout temps.

Je veux bien croire que les camions passant sur Pie IX font vibrer l’immeuble énormément, mais là, il était 2h30 du matin. Le trafic à cette heure est beaucoup moins intense qu’en plein jour. Si donc la sonnerie pouvait être causée par des vibrations, cela sonnerait généralement le jour, ce qui n’a pas été le cas, du moins à notre connaissance.

Avec tout ça, on a eu beau se recoucher, le sommeil n’a pas été aisé à récupérer. Depuis, je reste un peu nerveux que la chose se reproduise à nouveau, et les questions qui sont restées sans réponse n’aident pas à me rassurer. Assez plate comme expérience, non? Vous ne m’en voudrez pas d’avoir préféré la victoire de Nadal à Wimbledon? Quoi, vous préférez la robe de chambre en satin rouge de ma concierge? Peut-être, mais elle valait tellement moins cher que la coiffure de Federer!

Miettes du Louvre

Publié dans Divers le juillet 12th, 2008

Présentées jusqu’à la fin octobre 2008, quelques 271 œuvres sont exposées au Musée des Beaux-Arts du Québec en provenance directe du Louvre. Déjà, on annonce plus de cent mille visiteurs. Cent mille personnes sont tombées dans le panneau. Même qu’on peut avancer le chiffre de cent mille trois personnes sans se tromper, puisque ma blonde, notre amie Karine et moi-même avons fait le voyage pour continuer notre tournée des expositions ennuyantes de musées canadiens.

Et pourtant, le Louvre, hein! Je m’attendais à voir tout plein de belles choses. Pas tout le Louvre, évidemment, mais quelques morceaux choisis et dignes d’une exposition à Québec dans le cadre du 400e anniversaire de la capitale provinciale. Combien de villes en Amérique peuvent se vanter d’avoir été fondées il y a si longtemps? Il y avait là de quoi faire venir de belles pièces d’anthologie, du genre de celles dont la réputation n’est plus à faire. Hélas, c’est tout juste si, aux yeux des organisateurs, Québec valait le dérangement pour 271 pièces sorties tout droit du grenier du plus fameux musée du monde.

Point de tableaux de Vermeer ou de Rubens, donc. Oh, il y avait bien un Fragonard et même un Delacroix perdus au milieu de l’amoncellement de pièces sans grand intérêt. Ce ne sont pourtant pas les incontournables qui manquent au musée parisien! Mais de Delacroix, ce n’était pas La Liberté guidant le peuple, mais un tableau sans doute mineur dans la carrière du grand peintre. Où étaient donc Watteau, Goya, Constable ou Dürer? Au Louvre, bien sûr.

Ce n’est pas comme si j’exigeais tous ces chefs-d’œuvre réunis lors de cette exposition. Mais si seulement on avait eu droit à de petits cadeaux, ici et là, ça nous aurait sérieusement mis l’eau à la bouche, ça aurait crée en nous le besoin urgent et viscéral d’aller en voir plus directement à Paris. Sauf qu’avec la banale exposition présentée à Québec, ceux qui comme moi n’ont pas visité le Louvre ont l’impression que sa réputation est surfaite. Les chanceux qui y sont allés, quant à eux, restent encore plus sur leur appétit, sachant ô combien les pièces vues dans cette pitoyable démonstration ne feraient pas courir les foules dans la Ville-Lumière. Et puis, il faut dire que lorsqu’on a une idée, même générale, des chefs-d’œuvre réunis au Louvre, on sort du Musée des Beaux-Arts avec une déception qui laisse un goût de n’y-revenez-pas-surtout.

Il y a 294 œuvres de peinture au Louvre présentement. On peut les consulter sur le site web du musée. L’activité n’en est que plus frustrante, car on mesure encore mieux à quel point les rares tableaux ayant fait le voyage jusqu’à Québec font figure de restants de table. Des miettes, quoi. De tous les tableaux qu’on m’a montrés dans mes cours d’histoire de l’art, rien n’était présent à Québec. Mais j’en vois plusieurs sur le site du Louvre. Rien de marquant pour l’histoire de l’art à Québec, donc. Faut-il y voir la véritable marque d’affection de la France pour le Québec? Le 400e anniversaire d’une des plus anciennes cités d’Amérique du Nord ne vaut-il pas au moins un Da Vinci, Raphaël ou Bosch?

Même la section Antiquités égyptiennes du site web ridiculise les cossins égyptiens présentés à Québec. Nous avons carrément eu droit à de la pacotille à côté de ce que j’aperçois sur le site Internet du Louvre. Quant aux sculptures, celles qui défilent devant mes yeux depuis tantôt n’ont absolument rien à envier à celles qui meublaient ici et là le musée des Beaux-Arts.

Plus de 35 000 œuvres sont exposées au Louvre. A-t-on vraiment eu le pire du moins bon? Peu importe la section que je choisis de visiter virtuellement, c’est l’intime conviction dont je n’arrive plus à me défaire. C’est comme si les génies qui ont décidé des morceaux à envoyer à Québec avaient pris les 271 œuvres à se débarrasser sur les 35 000 et des poussières. Même que c’était peut-être ça, au fond : la poussière du Louvre. Ah, ces Français : ce n’est pas demain qu’ils vont se fendre en quatre pour quelques arpents de neige!

Quo vadis?

Publié dans Divers le juillet 7th, 2008

C’était il y a quelques minutes, un peu avant minuit. Pas un son dans l’appartement, sauf celui des gouttes de sueur qui glissaient le long de mon front et dans mon dos. Le silence presque intégral, donc. Mais soudainement brisé par un étrange « toc toc toc » digne des plus grands mystères à la noix de coco de ce côté-ci de méridien de Greenwich. Comme je n’écoutais ni musique, ni télévision et qu’aucun son ne sortait des écouteurs que je portais sans raison sur la tête, le bruit m’a paru très proche. Quelqu’un cognait à la porte? Je m’y suis précipité et j’ai regardé par le judas : personne. J’aurais peut-être du ouvrir, quoiqu’à cette heure, et dans ce quartier, ça n’aurait pas été recommandable. Mais qui donc a causé ce bruit si étonnamment près?

Il ne faudrait pas que ce soit ce que j’ai pensé par la suite. Dehors, tout contre la fenêtre de la cuisine, il y a un échafaudage qui ne sert pratiquement à rien depuis que nous sommes arrivés dans ce nouvel appartement. Il a bien servi aux maçons qui ont refait le mur de brique, mais il y a belle lurette qu’on ne les a pas vus. Depuis, l’échafaudage reste là, accessible à quiconque, et même si on m’argumentait que personne n’oserait s’y aventurer, je rirais alors très fort dans ma barbe, et avec raison. Déjà, un homme que l’on soupçonne habiter le bloc voisin y est grimpé seul et sans invitations cette semaine. On aurait pu le méprendre pour un travailleur, sauf qu’il y a des moments où l’habit fait le moine : l’individu était en sandales et en bermudas, un accoutrement plutôt rare pour ne pas dire inexistant chez les gars de la construction – du moins durant leur quart de travail. Et puis, les soupçons sur un locataire du bloc voisin sont assez fondés: après sa visite un peu trop longue à notre goût sur l’échafaudage, l’homme s’est engouffré dans le logement d’à-côté.

C’est donc que si un quinquagénaire obèse peut, en sandales, escalader l’échafaudage quand bon lui semble, il me serait déplaisant que le bruit entendu tantôt ait été causé par un petit plaisantin désirant m’espionner tandis que j’étais à l’ordinateur. Il faut dire que nous n’avons toujours trouvé ni rideaux ni stores dont les mesures concordent avec la fenêtre au-dessus de l’évier. Nos voisins ont une vue imprenable sur une partie de notre logement, et quelques chanceux parmi le lot peuvent m’apercevoir régulièrement assis devant l’ordinateur, surtout après la tombée de la nuit. J’ose espérer que ces messieurs-dames ont quelque chose de mieux à faire que de passer leur temps à m’observer, mais avec la foule de connards qui habitent cette planète, faudrait pas se surprendre outre mesure si au moins un de ces voisins s’amusait à lorgner du côté de chez moi, question de se désennuyer un brin.

Ou bien était-ce un ami venant vérifier si à tout hasard je n’entendrais pas son discret « toc toc »? Si tel devait finalement être le cas, en voilà un qui a raté une belle chance de se montrer la gueule devant l’œil-de-bœuf afin de rassurer les âmes inquiètes qui auraient pu entendre le bruit contre la porte. Car enfin, je veux bien qu’on ait prit la précaution de ne pas réveiller ceux qui pourraient dormir, mais il y a discrétion et discrétion! Et la piste de l’ami peut véritablement être possible, surtout ce soir. N’empêche, il aurait du rester bien en vue, ou alors carrément lâcher un coup de fil. Dans certains cas, mieux vaut un bref sursaut pour les uns et un court réveil pour les autres plutôt que l’inquiétude grandeur colossale pour l’ensemble de ceux qui ont entendu l’étrange bruit (en l’occurrence, moi-même jusqu’à preuve du contraire).

Pourtant, de l’intérieur de l’appartement, on entend certes quelques bruits, comme lorsque quelqu’un ouvre la porte située à l’entrée du bloc, ou même lorsqu’un voisin claque la sienne (les portes sont particulièrement difficiles à ouvrir et fermer ici). Mais je doute fort que le visiteur, si visiteur il y a bel et bien eu, ait été destiné à l’un de nos deux voisins de palier. D’abord, je l’aurais vu, puisque leurs deux portes sont dans mon champ de vision lorsque je m’agglutine la rétine tout contre le judas. Et puis, j’aurais surtout entendu le bruit de la porte de l’un des voisins ouvrir et fermer, et ça, je n’ai rien entendu de tel. Voilà donc une autre hypothèse à écarter.

Une rapide tournée des lieux sitôt après avoir regardé à travers le judas de la porte n’a rien apporté de révélateur. La fenêtre de la salle à manger était ouverte, mais personne ne se trouvait dans les environs, et puis cette fenêtre est trop haute pour que quelqu’un ait pu y cogner de façon à faire le bruit que j’ai entendu. Ma blonde semblait dormir et donc ne pas avoir entendu le bruit. Quant à la chambre de bains, la fenêtre y était fermée, et aucun échafaudage ne s’y trouve pour l’instant installé, ce qui exclut passablement les chances que quelqu’un ait essayé d’entrer par là. Mais sait-on jamais…

Et puis, peut-être au fond n’était-ce qu’une simple fausse alerte? L’avenir nous le dira peut-être, surtout si quelqu’un de notre connaissance passait dans le coin en cognant discrètement. Cela reste à voir, donc.