Miettes du Louvre

Présentées jusqu’à la fin octobre 2008, quelques 271 œuvres sont exposées au Musée des Beaux-Arts du Québec en provenance directe du Louvre. Déjà, on annonce plus de cent mille visiteurs. Cent mille personnes sont tombées dans le panneau. Même qu’on peut avancer le chiffre de cent mille trois personnes sans se tromper, puisque ma blonde, notre amie Karine et moi-même avons fait le voyage pour continuer notre tournée des expositions ennuyantes de musées canadiens.

Et pourtant, le Louvre, hein! Je m’attendais à voir tout plein de belles choses. Pas tout le Louvre, évidemment, mais quelques morceaux choisis et dignes d’une exposition à Québec dans le cadre du 400e anniversaire de la capitale provinciale. Combien de villes en Amérique peuvent se vanter d’avoir été fondées il y a si longtemps? Il y avait là de quoi faire venir de belles pièces d’anthologie, du genre de celles dont la réputation n’est plus à faire. Hélas, c’est tout juste si, aux yeux des organisateurs, Québec valait le dérangement pour 271 pièces sorties tout droit du grenier du plus fameux musée du monde.

Point de tableaux de Vermeer ou de Rubens, donc. Oh, il y avait bien un Fragonard et même un Delacroix perdus au milieu de l’amoncellement de pièces sans grand intérêt. Ce ne sont pourtant pas les incontournables qui manquent au musée parisien! Mais de Delacroix, ce n’était pas La Liberté guidant le peuple, mais un tableau sans doute mineur dans la carrière du grand peintre. Où étaient donc Watteau, Goya, Constable ou Dürer? Au Louvre, bien sûr.

Ce n’est pas comme si j’exigeais tous ces chefs-d’œuvre réunis lors de cette exposition. Mais si seulement on avait eu droit à de petits cadeaux, ici et là, ça nous aurait sérieusement mis l’eau à la bouche, ça aurait crée en nous le besoin urgent et viscéral d’aller en voir plus directement à Paris. Sauf qu’avec la banale exposition présentée à Québec, ceux qui comme moi n’ont pas visité le Louvre ont l’impression que sa réputation est surfaite. Les chanceux qui y sont allés, quant à eux, restent encore plus sur leur appétit, sachant ô combien les pièces vues dans cette pitoyable démonstration ne feraient pas courir les foules dans la Ville-Lumière. Et puis, il faut dire que lorsqu’on a une idée, même générale, des chefs-d’œuvre réunis au Louvre, on sort du Musée des Beaux-Arts avec une déception qui laisse un goût de n’y-revenez-pas-surtout.

Il y a 294 œuvres de peinture au Louvre présentement. On peut les consulter sur le site web du musée. L’activité n’en est que plus frustrante, car on mesure encore mieux à quel point les rares tableaux ayant fait le voyage jusqu’à Québec font figure de restants de table. Des miettes, quoi. De tous les tableaux qu’on m’a montrés dans mes cours d’histoire de l’art, rien n’était présent à Québec. Mais j’en vois plusieurs sur le site du Louvre. Rien de marquant pour l’histoire de l’art à Québec, donc. Faut-il y voir la véritable marque d’affection de la France pour le Québec? Le 400e anniversaire d’une des plus anciennes cités d’Amérique du Nord ne vaut-il pas au moins un Da Vinci, Raphaël ou Bosch?

Même la section Antiquités égyptiennes du site web ridiculise les cossins égyptiens présentés à Québec. Nous avons carrément eu droit à de la pacotille à côté de ce que j’aperçois sur le site Internet du Louvre. Quant aux sculptures, celles qui défilent devant mes yeux depuis tantôt n’ont absolument rien à envier à celles qui meublaient ici et là le musée des Beaux-Arts.

Plus de 35 000 œuvres sont exposées au Louvre. A-t-on vraiment eu le pire du moins bon? Peu importe la section que je choisis de visiter virtuellement, c’est l’intime conviction dont je n’arrive plus à me défaire. C’est comme si les génies qui ont décidé des morceaux à envoyer à Québec avaient pris les 271 œuvres à se débarrasser sur les 35 000 et des poussières. Même que c’était peut-être ça, au fond : la poussière du Louvre. Ah, ces Français : ce n’est pas demain qu’ils vont se fendre en quatre pour quelques arpents de neige!

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