Petit résumé des dernières semaines : la routine. La routine? Non, pas vraiment. En l’espace de deux semaines, j’ai vécu deux événements situés chacun à l’opposé absolu pour ce qui est du plaisir qu’ils m’ont valu. Le superbe et le vraiment nul. Ils ne se sont pas côtoyés, mais puisque je tardais à vous les relater ici, j’en profite donc pour les mettre côte-à-côte. Un seul instant. Parce que dans mes souvenirs personnels, je ne tiens surtout pas à me les rappeler pour les mêmes raisons, ni en même temps.

La bonne, d’abord. Récemment, c’était la finale masculine de tennis au tournoi de Wimbledon. Londres, le gazon, les fraises, la pluie aussi. Ça, c’est pour le prévisible. Le reste, ce sera pour la postérité. Roger Federer, #1 mondial, affrontait son plus grand rival, l’Espagnol Rafael Nadal. Ce dernier est un excellent joueur qui n’avait alors gagné que le prestigieux tournoi de Roland-Garros, disputé sur terre battue, sa surface de prédilection. Le gazon, c’est plutôt l’affaire de Federer, invaincu au cours de ses 65 derniers matches sur cette surface, et vainqueur des cinq derniers épisodes de Wimbledon.

En temps normal, c’est sur le tennis féminin que ma blonde et moi trippons solidement. Réveillés tôt la veille en vue de la finale entre les sœurs Williams, on n’avait eu droit qu’à un retentissant pif-paf-pouf qui avait vu Venus torcher sa sœur Serena en moins de temps qu’il n’en faut à un président français pour changer d’épouse. Rien de bien époustouflant, ou de quoi que ce soit qui s’en approchait. Prochain arrêt : la finale hommes.

Ce n’est pas dans mes habitudes d’accepter de me réveiller vers 9 heures la fin de semaine, encore moins pour un match de tennis masculin. Il était près de 10 heures quand le tout s’est mis en branle. Il était 4 heures et demie quand ça s’est finalement terminé. Bon, vous connaissez le résultat, ça a fait énormément de bruit. Et avec raison! Les deux adversaires se sont disputés ce que plusieurs qualifient déjà de meilleur match de l’histoire! Ils ne charrient absolument pas : je l’ai vu, et me range au diapason de ces hurluberlus! Quoi, vous n’êtes pas d’accord? Vous n’avez pas vu le duel, ce n’est pas possible autrement!

Il fallait vraiment le voir pour le croire. Et il fallait également nous voir pour le croire. Moi qui d’ordinaire suis indifférent autant à Federer qu’à Nadal, en me levant ce matin-là, je me suis décidé une allergie pour le favori, provocant du même coup une sorte de sympathie pour l’Espagnol que je n’allais pas regretter! Comme prise de position, on a vu plus bénéfique pour mon couple : mon penchant soudain pour Nadal m’a valu quelques sarcasmes de ma blonde, sarcasmes qui se sont éventuellement transformés en commentaires plus cinglants au fur et mesure de la rencontre. Mais quoi, le beau Roger, je suis plus capable! Il est trop parfait, le mec : il ne rate pas un coup, ses balles atterrissent toujours sur les lignes et quand il semble dans l’eau chaude, il s’en sort toujours avec un coup… parfait! Même sa coupe de cheveux est « parfaite », et elle coûte 800 dollars! La perfection de « Fédé » – c’est pas pour rien qu’il est Suisse! – a fini par me taper sérieusement. Tandis que l’autre, le grand « Rafa », a plus pour me plaire : il est partout sur le terrain, court comme un défoncé, la coiffure défaite et les bobettes continuellement prise dans la raie, bref, tout sauf la perfection. La preuve : il est gaucher!

Après deux interruptions de pluie, on a atteint un point où c’était déjà le match le plus long de l’histoire du tournoi. En fin de quatrième set, Nadal avait même deux balles de match, mais le trop parfait Federer avait encore trouvé le moyen de revenir de l’arrière et avait forcé la présentation d’un set ultime. C’était trop pour moi : j’ai craqué. Oui, je l’avoue humblement, à ce moment du match, mes nerfs ont lâché. Faut dire que depuis le début de la rencontre, j’avais l’estomac noué. « Go Nadal go! », crié avec les trippes. À deux sets à zéro pour Nadal, l’émotion était à son comble. À deux partout, c’était pire : c’était insupportable. J’ai imaginé Nadal perdant le dernier set 6-1 ou 6-2 et cette injustice potentielle m’a bouleversé à un point tel que j’ai quitté le salon. Je ne voulais pas voir ça!

Bon, je ne l’ai peut-être pas regardé, mais je l’ai écouté de tout mon être. Installé à l’ordinateur, j’ai transformé mon corps entier en ouïe géante, et les yeux fermés, j’ai écouté Yvan Ponton me raconter le set final. Contrairement à ma peur, Nadal n’a pas été déclassé, et la manche était extrêmement serrée à chaque instant. J’ai fini par revenir au salon à 4-4, plus nerveux que jamais. Maintenant, à la peur de voir Nadal perdre s’ajoutait la peur que le match soit remis au lendemain en raison de la noirceur qui s’installait rapidement. Il fallait que ça se termine avant 9h30pm, heure de Londres. Le match a déjà atteint un niveau d’intensité jamais vu, mais ça va devenir pire encore. 5-4 Federer. Puis 5-5. 6-5 Federer. Commence à m’énerver gravement, le Nestlé du tennis. Ouf, 6-6. Mais Federer refuse de lâcher, il mène 7-6. Arghh : les nœuds, je ne les sens plus qu’à l’estomac, mais partout. Le premier qui brise l’autre va visiblement gagner. Je respire : Nadal a égalisé à 7-7. Il a besoin d’en finir au plus vite, je sens que je vais m’écrouler! De plus, on approche dangereusement de l’heure fatidique : c’est maintenant ou jamais, mon Rafa!

Et c’est effectivement ce qui arrive. Nadal brise Federer et prend les devants 8-7. Il doit remporter son service absolument. L’air climatisé a beau fonctionner à plein régime, je dégouline de partout. J’ai les mains moites à l’extrême et je ne cligne plus des yeux depuis bientôt dix minutes. Si Nadal perd son service, je vais pleurer comme une fillette. S’il perd le match, ce sera comme un congrès d’adolescentes regardant un membre des Backstreet Boys se faire dévorer par un ours. Et ça ne lâche pas : balle de match. Égalité. Balle de match. Égalité. Balle de match. Match!!! Nadal l’emporte, à la stupeur de Mr. Parfait qui semble aussi effondré qu’un viaduc de banlieue. Je réfrène ma joie un tantinet, car les premiers mots que ma blonde me lance sont « C’est de ta faute! ». Comme si j’y étais pour quelque chose dans la défaite de son joueur préféré! J’ai ravalé mes larmes de joie, enfin, je les ai remises à plus tard, question de me garder dans les bonnes grâces de ma douce.

D’autres se sont moins retenus : John McEnroe lui-même a fondu en larmes en interviewant les joueurs quelques minutes après le match! Et qui pourrait le blâmer? McEnroe a remercié les joueurs pour ce qu’il a qualifié du plus grand match auquel il a assisté. C’est pas rien : « l’ancien » meilleur match de l’histoire impliquait justement ce même McEnroe (face à Bjorn Borg en 1980). Personnellement, je ne peux qu’être d’accord. Je ne me rappelle pas avoir autant tremblé lors d’un événement sportif. Les Canadiens? Pfff : de la bière pour midinette! Les Expos? De la litière pour chat! Les Jeux Olympiques? Tiens, fume!!!

J’imagine mal quel événement sportif pourra détrôner ce 4h48 de 6-4, 6-4, 6-7, 6-7 et 9-7 que se sont livrés les deux meilleurs joueurs au monde. Certainement pas une Coupe Stanley, ou alors il faudrait que ça se termine en sept, avec chacun des matches allant en troisième prolongation! Et encore…

Bon, l’autre événement maintenant.

Ça se passait il y a quelques jours à peine. Tiens, le 12 exactement, car je venais tout juste de terminer le billet précédent sur ce blogue. 2h30 du matin, fatigué à l’extrême, mais bon, quand la musique du I-Pod est trop bonne, c’est dur de résister. Le son était légèrement fort, c’est d’ailleurs ce qui a fait que j’ai crû un instant que c’était pour ça que ma blonde surgissait soudainement au salon à une heure pareille. Mais lorsque j’ai enlevé les écouteurs, j’ai réalisé le pourquoi de la chose : une alarme intense sonnait dans tout le bloc!

Aussitôt, on se sent envahi par des sentiments qui sont moins agréables que la tarte aux pets-de-sœur du beau-père. Si ça sonne, c’est sûrement l’alarme de feu, et si c’est le cas, il faut surtout sortir! On s’est rapidement habillés tandis que je guettais par le judas si des voisins sortaient de chez eux. J’ai ouvert quand celui d’en-face est apparu. Il semblait aussi confus qu’il était permis de l’être dans ces circonstances. Deux jeunes hommes sont sortis de l’autre appartement voisin, mais personne n’arrivait d’en-haut. Entendaient-ils seulement l’alarme? Peut-être le feu était-il pris en haut, ce qui expliquait qu’ils étaient incapables de descendre? Toutes ces pensées, et bien d’autres, surgissaient en même temps, sans qu’on soit en mesure de trouver réponse à aucune d’entre elles. On a barré la porte de l’appartement, puis on a pris le parti de sortir, en attendant la suite. Personne ne nous a suivis. Était-ce parce que cette alarme sonnait souvent pour rien? La concierge a fini par sortir de son antre, l’air pas plus paniqué qu’une fourmi en vacances. Elle est montée à notre étage, a regardé un panneau électronique à côté de la porte des voisins, puis a pitonné un code quelconque qui a fait taire l’alarme avant de redescendre en disant à tout le monde de retourner se coucher.

C’est tout?!? Tu parles. D’abord, c’était quoi cette alarme? Mais la bonne femme a disparu dans le temps de le dire. Quelques voisins s’adressaient mutuellement des questions, à savoir notamment si cela arrivait souvent. On est rentrés chacun chez soi, comme le recommandait si fortement la cerbère de l’immeuble. Je m’attendais à voir arriver les pompiers à tout moment, ce qui fait que je suis resté debout et vêtu un bon moment encore, mais en vain. Personne n’est venu. Je n’ai pas trouvé ça rassurant, bien au contraire. Si c’était vraiment l’alarme de feu qui sonnait, pourquoi les pompiers ne sont-ils pas venus? Même si c’était une fausse alarme, ils sont tenus de venir au moins voir, non? Ou même si la concierge les a appelés pour leur affirmer que c’était une fausse alarme, comment pouvait-elle le savoir? Elle est sortie à peine 30 secondes de chez elle! Sinon, quelle autre alarme aurait pu sonner de la sorte? Antivol? Dur à croire, vu que l’immeuble est ouvert en tout temps.

Je veux bien croire que les camions passant sur Pie IX font vibrer l’immeuble énormément, mais là, il était 2h30 du matin. Le trafic à cette heure est beaucoup moins intense qu’en plein jour. Si donc la sonnerie pouvait être causée par des vibrations, cela sonnerait généralement le jour, ce qui n’a pas été le cas, du moins à notre connaissance.

Avec tout ça, on a eu beau se recoucher, le sommeil n’a pas été aisé à récupérer. Depuis, je reste un peu nerveux que la chose se reproduise à nouveau, et les questions qui sont restées sans réponse n’aident pas à me rassurer. Assez plate comme expérience, non? Vous ne m’en voudrez pas d’avoir préféré la victoire de Nadal à Wimbledon? Quoi, vous préférez la robe de chambre en satin rouge de ma concierge? Peut-être, mais elle valait tellement moins cher que la coiffure de Federer!