Archive for octobre, 2008

Une jambe à l’est, une jambe au nord

Publié dans Divers le octobre 24th, 2008

C’est apparemment la géographie selon IKEA. Ou bien leur méthode empruntée au Cirque du Soleil pour arriver à monter leurs meubles suédois livrés à domicile par – eh oui, des suédois. J’en ai encore le fondement qui s’en ressent. L’aventure n’est d’ailleurs pas terminée. Au moment d’écrire ces lignes, notre bibliothèque IKEA repose, incomplète, sur le plancher de la pièce où nous voulons l’installer. Et elle y sera au minimum jusqu’à demain, ou jusqu’à ce que j’ai récupéré du numéro de contorsionniste dont je me souviendrai longtemps.

Voici le topo : la pièce où nous souhaitons installer la fameuse bibliothèque est une deuxième chambre qui contient également le tandem laveuse/sécheuse. En attendant de nous procurer la dite bibliothèque – et franchement, IKEA n’était pas notre premier choix, mais le seul magasin qui semble encore vendre de tels meublres – la pièce contenait aussi la quarantaine de boîtes remplies de livres que nous ne pouvions pas encore vider faute de place.

Afin de transformer en semblant de bibliothèque cet amas de pièces détachées typique de l’entreprise suédoise, nous avons bien sûr suivi leurs instructions, toujours composées uniquement de dessins plus ou moins compréhensibles. Ma blonde étant meilleure que moi pour déchiffrer l’art abstrait suédois, ce fut elle qui prit en charge le précieux document ainsi que les rares accessoires devant nous permettre d’assembler cette chose en moins de temps qu’il n’en faut à l’économie mondiale pour s’effondrer. De mon côté, je prenais mon rôle d’homme fort à cœur, me concentrant principalement à éviter de casser quoi que ce soit et de démontrer mon exaspération profonde envers tout ce qui concerne les ikéabêtises un peu trop explicitement.

Évidemment, nous avons suivi les instructions à la lettre. Et évidemment, tout ne s’est pas déroulé comme prévu.

Nous aurions du sortir de la chambre toute les boîtes afin de dégager le territoire et ainsi avoir les coudées franches pour mieux travailler, mais il n’en fut rien. Ma blonde, que je taquine souvent pour son piètre jugement de l’espace, a une fois de plus légèrement mal anticipé l’espace dont nous aurions véritablement besoin, se contentant de dire que, puisque la plus grande des planches de la bibliothèque semblait tout à fait entrer dans l’espace déjà restreint où nous allions monter le meuble, il n’était pas nécessaire de se donner une marge de manœuvre en transportant les boîtes encombrantes dans un autre endroit. Mais elle n’est pas la seule à blâmer : mon cas est pire, puisque connaissant sa relation avec l’espace, je n’ai pas insisté comme j’aurais du le faire. Je me serais ainsi évité une scène qui restera à jamais mémorable.

Bien entendu, IKEA recommandait d’assembler la bibliothèque en « couchant » les planches sur le sol pour ensuite la relever et l’installer contre un mur. La chose nous paraissant logique, c’est ainsi que nous avons suivi les instructions à la lettre. Tout fonctionnait parfaitement ou à peu près. Nous progressions assez bien malgré la chaleur et les efforts un peu intenses demandés à nos jambes et dos. Comme je n’ai pas l’habitude de ce genre de travaux, j’avais les jambes prises de tremblements au bout d’une paire d’heures. La table était donc mise pour la catastrophe que personne n’aurait pu anticiper, hormis peut-être le petit farceur suédois qui imagine ces foutus meubles et que tellement de gens considèrent comme un génie.

Puisque la laveuse et la sécheuse étaient sur un mur et que les boîtes en longeaient un autre, l’aire dans laquelle nous avions commencé à assembler la bibliothèque était maintenant entièrement couverte par celle-ci. Nous pouvions encore nous déplacer, mais à condition de poser les pieds dans les « trous » qui serviront à placer des livres. C’était loin d’être l’idéal. Il restait tout juste quelques pouces d’espace dans un coin de la pièce. Et comme par hasard, c’était précisément le coin où nous devions maintenant visser l’un des panneaux extérieurs de la bibliothèque à l’aide d’un petit machin-truc suédois. En tant qu’homme fort, la tâche me revenait évidemment. Je me suis donc installé comme à l’habitude, accroupi au-dessus du trou dans lequel je devais insérer la première de deux vis. Lorsque j’en ai eu terminé avec la première, je me suis attaqué à la seconde vis, laquelle devait entrer dans un trou situé si près du plancher qu’il était impossible de la visser avec le machin-truc sans rester bloqué par le plancher.

Au début, nous avions contourné le problème en levant simplement la bibliothèque de façon à me permettre de compléter le boulot. Mais cette fois, puisque la construction de la cocho… pardon, de la bibliothèque IKÉA était très avancée, celle-ci était beaucoup trop lourde pour que nous puissions procéder de la même manière. Une décision fut prise de placer quelques livres sous un des pans de la bibliothèque, ce qui m’assurerait de pouvoir visser à mon aise. Mais comme le trou demeurait très bas, ma position accroupie n’était pas idéale, ce qui m’incita à m’asseoir. The rest is history, comme ils disent.

Une fois assis, je me suis arrangé pour me placer de façon à ne pas me nuire car j’étais installé dans un endroit extrêmement restreint. J’ai fait la job de vissage avec difficulté, le machin-truc me rentrant dans la peau, mais le pire, c’était qu’avec les efforts accumulés, j’étais pris de crampes dans la jambe droite. Ainsi installé, une jambe pointant vers l’est et une autre vers le nord, je me suis grouillé de visser afin de quitter cette position inconfortable au plus vite. Ha ha.

Au cours des minutes suivantes, je me suis efforcé de trouver une façon de me sortir de cette fâcheuse position. J’essayai d’abord de plier mes jambes allongées, mais celle de droite était prise de puissantes crampes dès lors même que je la pliais un tant soit peu. Je pouvais plier la jambe gauche beaucoup plus facilement, alors je crus qu’il serait facile de la passer par-dessus la bibliothèque. Il n’en fut rien : les panneaux contre lesquels je me trouvais collé étaient beaucoup trop haut pour que je fournisse cet effort digne d’un acrobate de cirque. J’ai ensuite demandé à ma blonde de me donner la main pour que je puisse m’extirper de là, mais elle en fut incapable car ma force dépasse de loin la sienne et elle n’arrivait pas à prendre suffisamment appui pour éviter de chuter vers moi. Il me restait à prendre moi-même appui avec mes mains et mes bras pour m’élever au-dessus du meuble qui me coinçait tout contre deux murs, mais j’essuyai là-aussi un échec retentissant. C’est que dans le coin où je me trouvais, je ne pouvais prendre appui absolument nulle part.

La situation n’avait rien de comique, du moins pour moi. Il était totalement impossible de bouger la bibliothèque car celle-ci était accotée contre la laveuse et la sécheuse d’un côté, contre les boîtes de livres d’un autre, et contre mes jambes déjà écrasées contre les deux autres murs des deux autres côtés. Je commençais à trouver le tout extrêmement pénible. C’est que, personnellement, je ne suis pas du type élastique, et le fait d’avoir les jambes arquées dans un angle de 90 degrés ne m’était pas particulièrement agréable. Du coup, je me suis mis à paniquer et à urger ma blonde de trouver une solution, tandis que de son côté, elle a compris que j’étais réellement incapable de sortir de là et elle s’est mise à trouver tout ça très drôle!

Évidemment, la seule solution, celle que j’avais pressentie dès le départ, était d’enlever suffisamment de boîtes de livres pour pouvoir pousser la bibliothèque et ainsi me donner assez d’espace pour manœuvrer ma sortie de ce coin infernal. Mais tout continuait de concorder pour que je reste là encore un peu. D’abord, ma blonde qui était à bout de forces et qui aurait peiné à soulever un peigne à cheveux devait maintenant soulever un beau paquet de boîtes. Pire encore : comme c’était elle qui avait organisé la mise en boîte des livres à l’ancien appartement, son manque de jugement sur l’espace lui avait chuchoté à l’oreille que, puisque les boîtes étaient relativement petites (ou moyennes, au pire), même pleines, elles ne seraient pas lourdes. J’avais eu beau argumenter à l’époque comme quoi il ne suffisait pas de lever une boîte sur place pendant 3 secondes pour juger de son poids et qu’on les trouveraient inévitablement lourdes le jour du déménagement, il a fallu attendre au jour J pour qu’elle constate par elle-même la lourdeur des boîtes pourtant si « petites ». Que voulez-vous : il y en a pour qui une tonne de briques sera toujours plus lourd qu’une tonne de plumes…

Mais bon, tout en repensant à tout cela, et tout en regardant ma blonde sortir avec grand peine les encombrantes boîtes, se rajoutait un autre côté extrêmement désagréable : l’entendre pouffer de rire à tout bout de champ à propos de la situation ridiculement absurde dans laquelle je me trouvais. Oh, certes, avoir été dans une position autre, j’aurais ri moi aussi du gars coincé contre deux murs avec les jambes en complet désaccord, mais là, j’étais celui-là, et je ne trouvais pas ça drôle du tout. Ma blonde avait beau s’excuser à chaque rire, elle était au bord du fou rire, et moi au bord de la crise de nerfs. Je craignais qu’il arrive une quelconque catastrophe supplémentaire, du genre qu’elle se torde le pied ou un truc du genre, et qui m’aurait forcé à endurer mon sort durant quelques heures encore, et tout ça faisait que je n’avais que plus hâte au moment où enfin, on pourrait bouger un peu cette bibliothèque gigantesque qui m’empêchait d’occuper une position normale.

J’ai finalement pu être extirpé de cette ridicule situation sans l’aide des pompiers ou celle, plus providentielle, d’un fou désaxé armé d’une haché qui aurait démantelé la bibliothèque en bavant quelques sacres bien sentis contre tout ce qui résulte du « génie » suédois, mais ce sera pour la prochaine fois qu’on aura à assembler un quelconque produit IKÉA. Et bien que ça fasse maintenant quelques heures que ce cauchemar soit terminé, je sens encore de la douleur dans toute la région de l’aine, ça « tire » encore comme si j’étais encore coincé comme je l’étais alors. D’ailleurs, j’ai l’impression que tout n’est pas comme avant. J’en viens même à avoir l’impression que mon anus a été déplacé quelque part sur mes cuisses ou mes hanches. J’exagère, vous pensez? Je ne peux pas faire autrement : depuis tantôt, quand j’ai des gaz, ils me sortent du dos! J’imagine que c’est comme ça qu’ils se sentent, les meubles IKEA…

Peur bleue en taxi

Publié dans Divers le octobre 5th, 2008

Quelle journée de fous! La soirée, plus particulièrement, a atteint son paroxysme vers 1 heure du matin. C’était journée d’inventaire à la job de ma blonde, et le gentil garçon que je suis avait accepté d’aller donner un coup de main aux pauvres quatre (c’est peu pour un tel travail) qui devaient passer la journée entière au magasin, entre clients et comptage de stock, de tôt le matin à tard le soir – pour ne pas dire la nuit.

Je vous épargne sur les sept heures consécutives passées à l’ordinateur à rentrer la saisie de données. Zéro pause. 200 millilitres d’eau. 1 tout petit morceau de chocolat. Et des chiffres, des milliers de chiffres. Je risque de passer la nuit à rêver à tous ces numéros de référence qui me sont passés devant les yeux. Quoique ce serait tout de même plus agréable que ce à quoi je crains réellement de rêver au cours des prochaines heures : le fou de la rue Sherbrooke.

On est sortis du magasin vers une heure du matin. Par chance, il y avait deux taxis de disponibles au coin de la rue, et toujours par chance, le chauffeur était des plus agréables, conversant joyeusement et sympathiquement. Jusqu’à ce qu’un phénomène se mette à le klaxonner derrière nous. La rue Sherbrooke est large, très large : 3 vois, certaines autoroutes n’en ont pas autant. Nous étions dans celle de gauche, et l’énergumène dont je cause était derrière nous dans celle du centre. Malgré tout, il semblait frustré d’on ne sait quoi, et s’est aussitôt mis à être agressif au volant. Au bout d’un moment, il s’est mis à notre hauteur – toujours au centre – et a jeté dans notre taxi un regard à faire froid dans le dos. Sur le coup, j’ai eu l’impression qu’il allait sortir une arme et ouvrir le feu sur nous. La conversation s’est arrêtée nette dans le taxi. Je crois bien que je n’ai pas été le seul à être sous cette impression désagréable. D’ailleurs, ma blonde m’a avoué avoir eu les mêmes pensées à peine quelques instants après.

Comme il était tard, je me suis dit que l’homme frustré nous dépasserait rapidement et s’empresserait de disparaître de notre champ de vision. Mais il n’en a absolument rien été. Sa Jetta noire (je crois bien que c’était la marque et la couleur de son véhicule) n’a pas quitté le sillage de notre taxi un seul instant. Plutôt que de prendre les devants, l’homme s’est mis à nous suivre de très près, et chaque fois que je risquais un regard dans sa direction, je prenais un max de frissons dans le dos. Une vraie gueule de tueur. Encore là, ma blonde a tenu les mêmes propos peu après qu’ils aient traversé mon esprit. Sans compter que le chauffeur de taxi semblait tout aussi nerveux que nous pouvions l’être. Je le voyais qui jetait sans cesse des regards dans son rétroviseur en direction de l’auto suspecte et sa nervosité était palpable. C’est que je n’exagère pas en racontant la mine singulière de l’homme à la voiture noire : il aurait passé une entrevue pour un job chez les S.S., on l’engageait aussitôt!

À mon grand soulagement, notre chauffeur a très bien calculé sa manœuvre pour attendre jusqu’au dernier moment avant d’enfiler à droite sur le boulevard Pie IX. Il a tenu sa gauche sur Sherbrooke un maximum de temps, puis au dernier moment, il a ralenti presque entièrement avant de virer un peu en épingle sur Pie IX, ce qui a forcé l’inquiétant individu à continuer sa route seul vers l’ouest. À une heure plus achalandée, cela aurait été plus risqué et compliqué à réussir, mais à une heure du matin, notre chauffeur pouvait se le permettre. Malgré tout, il a continué de regarder dans le rétroviseur, le regard visiblement inquiet. Par chance, l’autre ne nous a pas suivi, du moins il n’a pas bifurqué en catastrophe pour rejoindre notre nouvel itinéraire, ce qui nous a permis de respirer un peu.

Voilà, j’espère que d’avoir raconté ce moment insolite fera au moins que je n’en rêverai pas cette nuit. Ce serait bien le bout du bout si une gueule de portrait robot supplantait les nombreux 28497 et autres 647644 lus, entrés et vérifiés par mes yeux épuisés pendant rien de moins que sept heures consécutives!