On ne choisit pas son père. Le contraire, encore moins. C’est donc dire à quel point on peut mal tomber. Je suis mal tombé. Tellement mal que je n’en suis pas encore relevé.

Seuls les maîtres choisissaient leurs esclaves. Et encore, ils les considéraient comme des moins que rien. Mon père me considérait comme un moins que rien; j’étais donc son esclave. Son moins que rien. Son malpropre. Son rejeton, avec le on en moins.

Personne pour m’affranchir. Personne pour briser mes chaînes. Ça fait vingt-cinq ans que ça dure. C’est ce soir que ça se passe.

Trop longtemps, j’ai cherché de l’aide sans vraiment la chercher, sans savoir où fouiller ni comment le faire. C’était pourtant simple. Tout était là, en moi. Je prends, et je me consomme. Pour la première fois.

Adieu, mon maître. Je rachète ma liberté. Aujourd’hui. Qu’il advienne ce que tu veux de toi-même, je m’en fous. Moi, je veux enfin écrire. M’écrire. Ma sueur et mon sang, rien d’autre. Je prends la plume pour enfin m’envoler. Je ne te demande pas ton avis, vieux con. Étouffe-toi avec, offre-moi au moins ce plaisir.

Vengeance, tu dis? Bien sûr! Le fils a dépassé le père tellement tôt dans sa vie. Alors tu lui as mis des chaînes. Elles tenaient encore, jusqu’à récemment. Jusqu’à ce soir, plus précisément. Je t’emmerde, bonhomme. Profondément.

Adieu, ducon. Sache que mon mépris à ton endroit n’arrive même pas à la cheville de celui que tu m’as jeté au visage toute ma vie. Mais je me devais de te le rendre. On n’est pas quittes. Pas encore. Le jour où quelqu’un me publiera, on commencera un peu à l’être. J’insiste : un tout petit peu. Dix pour cent, au mieux.

En attendant, je me souhaite la meilleure des chances. Continue à te tenir loin de moi : ça vaut mieux pour tout le monde. Je jubile à l’idée que tu lises ceci un jour. Moi, je vais pas me gêner : je viendrai me relire chaque fois que des relents de tes chaînes se pointeront le bout du nez.

Fuck you le père. À tout jamais.