Je suis tanné, tanné, tanné, tanné. Ben tanné. On est le 10 janvier, et tout ce qu’on entend partout, tout le temps, ce sont des réactions ahurissantes sur le Bye Bye 2008. On le qualifie de pire Bye Bye de tous les temps, on le surtaxe de mauvais goût, et on va même jusqu’à lui accoler l’étiquette de raciste pour un sketch impliquant ce phénomène de cirque qu’est Denis Lévesque.

Hey, ça va faire!!! Pourquoi continuellement revenir sur quelques maladresses et autres blagues qui ont mal passé? On dirait un traumatisme collectif. En tout cas, c’est clairement une hystérie collective! Il faudrait en revenir, et au plus vite, parce que je suis sur le point d’aller couper des têtes.

Tenez, comme celle de Lise Payette, qui dit avoir eu « honte » dans Le Devoir d’hier matin : « J’ai pensé aux parents qui regardaient ces émissions avec leurs enfants et je me suis demandée comment ils feraient pour les élever après une telle démonstration ». Merde!!! Elle y va un peu fort, la marquise, non? Et dites, ma’am Payette, les parents qui laissent leurs enfants regarder Loft Story et autres niaiseries semblables, ça ne vous dérange pas plus qu’il faut? C’est que j’en connais en plus. « Une telle démonstration! » Heureusement que je n’ai pas d’enfants, car juste à lire de pareilles grossièretés, je me demanderais comment faire pour les élever après ça!

Mais la palme de toutes les palmes revient à monsieur l’Empereur Angélil Ier, qui a fait la couverture du Journal de Montréal et de son jumeau de Québec avec un « J’ai honte » en lettres majuscules. Angélil y va d’une déclaration intense et grotesque : « J’ai honte de tout ce que j’ai vu. C’est épouvantable. J’ai honte, mais je suis surtout déçu pour tous les artistes, les créateurs québécois qui ont réussi à se démarquer au cours des ans dans le monde entier et qui sont fiers d’être québécois. Ces imbéciles-là viennent de mettre une tache sur notre créativité. Avec ce Bye Bye, avec leurs propos vulgaires et racistes, on recule 50 ans en arrière. C’est honteux. On passe pour des imbéciles ».

Pardon? Ai-je bien compris vos propos, monseigneur? Je capote! J’hallucine! Dites-moi que je rêve! D’abord, qu’ont à faire les créateurs québécois qui ont réussi dans le monde entier là-dedans? Et en quoi le Bye Bye met-il une tache sur leur créativité?!?

Ciboire!!! Je ne peux pas m’en empêcher! Lise Payette m’a fait monter la moutarde au nez, et là Angélil m’achève en me rentrant le hot-dog au complet dans le fond de la gorge, saucisse italienne avec extra-choucroute par-dessus le marché.

Que Lise Payette réagisse au Bye Bye, ça peut se comprendre, ça fait partie de son travail, j’imagine. Que René Angélil n’ait pas apprécié de se faire imiter et passer au tordeur dans un long numéro, ça peut aussi se comprendre, du moins jusqu’à un certain point. Mais en quoi son opinion de l’ensemble de l’émission concerne-t-il le reste de la province? En quoi est-ce que ça mérite une page couverture avec un gros J’AI HONTE? Ah oui : c’est vrai que le clan Québécor n’a toujours pas digéré un fameux sketch intitulé Séraphin Péladeau à Ceci n’est pas un Bye Bye il y a quelques années, créé justement par le duo Cloutier-Morissette. Et comme on voit plus facilement Céline à TVA qu’ailleurs, on comprend mieux l’espace accordé à l’un dans le journal de l’autre…

Il me semble pourtant que dès qu’on est une figure publique, et qu’on fait des choses qui font parler de nous dans les médias, il faut s’attendre à possiblement être parodié dans une revue de fin d’année. Que ce soit Angélil, Denis Lévesque ou Nathalie Simard, il ne faut pas se surprendre! Bon, je veux bien croire que c’était maladroit qu’un sketch sur Nathalie Simard fasse partie d’une émission produite par la fille de son agresseur, ça j’admets que c’était délicat. Mais ça ne fait pas de Simard une intouchable pour autant, surtout avec l’hypermédiatisation qui a suivi. C’est d’ailleurs de ça que les auteurs du Bye Bye ont traité, et non du reste. Pourquoi paniquer, alors? Mais non : c’est bien mieux de se déclarer outrée et outragée, ça va vendre encore plus de copie!

« J’ai honte »… Franchement. En plus que plusieurs imaginent du racisme dans le sketch de l’entrevue par Denis Lévesque de Barack Obama. Hein? Raciste, ça? Voyons donc. C’est donc si dur de reconnaître l’ironie? C’est comme dans le cas d’Yvon Deschamps, qui recevait sa part de mauvaises réactions à ses numéros sur les femmes, les Noirs, etc… Il faut vraiment être mou du bulbe pour s’imaginer que ce qu’on met dans la bouche d’un personnage est le fond de la pensée du ou des auteurs. Le sketch sur Denis Lévesque, je l’ai trouvé formidable, il m’a permis d’un peu oublier un moment marquant de l’année 2008, un moment où j’ai véritablement EU HONTE, et j’ai nommé : l’entrevue de Paul McCartney par le vrai Denis Lévesque…

Ouille!!!

Qu’est-ce que j’ai eu honte, mais honte… Un vrai malaise. Tellement que je n’ai pas été capable de l’écouter au complet. J’ai du arrêter avant la fin de l’entrevue, la honte était vraiment trop puissante. Vous en sentez-vous le courage?

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Allez-y et essayez de passer à travers les 7:05 que dure l’entrevue. J’essaie présentement, et j’en ai mal au cœur. Je n’y arriverai pas. J’ai vraiment honte quand j’écoute ça. Si Angélil ou tous les autres qui prétendent la même chose vis-à-vis du Bye Bye avaient vraiment ressenti pareille émotion, ils auraient changé de poste. Tout simplement. Vous n’aimez pas ça? Faites autre chose. Personne n’a mis un gun sur votre tempe pour vous forcer à l’écouter. Et bien honnêtement, 7:05 du vrai Denis Lévesque sont bien plus pénibles à visionner que 90 minutes du Bye Bye 2008.

Je viens de passer à travers l’entrevue complète de Denis Lévesque, et j’en suis vraiment, vraiment traumatisé. Si un jour je devais croiser Paul McCartney (à tout hasard, il est permis de rêver), je vous jure que je tomberais à ses pieds en pleurant et je m’excuserais pour ce sale moment qu’il a vécu, je lui jurerais que Denis Lévesque ne nous représente en rien, et que s’il le voulait, il n’aurait qu’à me le demander une seule fois, une seule, et j’irais moi-même rendre service à l’humanité en allant enfermer Denis Lévesque dans la soute à bagages du prochain vol Terre-Jupiter. Pardon, sir Paul, pardon!

Quant à tous les autres qui ont critiqué le Bye Bye de toutes les façons, je regrette, mais vous ne changeriez de place avec les auteurs de l’émission annuelle pour rien au monde. C’est un job ingrat qui ne laisse aucune place à la moindre maladresse, d’ailleurs je ne me souviens d’aucun Bye Bye qui ait fait l’unanimité en tant que moment de suprême qualité. Oh, certes, il y a eu des classiques, mais je suis sûr qu’il se trouvait malgré tout quelques esprits mal tournés pour les ramasser sur la place publique dès le lendemain.

Pour ma part, je félicite l’équipe du Bye Bye 2008 qui, malgré quelques maladresses, m’a fait passer un moment que je juge toujours essentiel, à savoir d’envoyer paître tout ce qui m’a été si désagréable durant l’année qui se termine. L’année 2008 a été particulièrement pénible, et le Bye Bye, aussi imparfait qu’il ait été, m’a permis de rire vigoureusement et même parfois méchamment d’un paquet de gens et d’histoires qui étaient restés pris de travers dans ma gorge au cours des derniers mois. À ce niveau, ils peuvent dire mission réussie! Ce n’est pas Denis Lévesque qui peut en dire autant de son entrevue avec Paul McCartney… ou de toute autre entrevue, d’ailleurs.