Ingrédients :

– 1 parfait idiot
– un téléviseur
– une console Playstation3 de Sony
– un jeu de Playstation3
– un ingrédient secret
– une pincée d’absurde
– trois tasses de ridicule
– deux c. à soupe de crétinerie
– de la panique, au goût (de préférence beaucoup)

Un soir comme un autre, écoutez votre désir de jouer une partie de quelque chose sur votre console Playstation3 de Sony. Attendez que votre douce moitié soit couchée, pour mieux la déranger le moment venu. Munissez-vous des écouteurs, allumez votre PS3, éjectez le jeu déjà en place pour y insérer celui qui vous fait particulièrement envie ce soir-là, acheté deux mois plus tôt et auquel vous n’avez toujours pas joué avant ce soir. Asseyez-vous confortablement, et grattez-vous le front devant la constatation que le jeu que vous venez de mettre dans la console ne semble pas être lu. Ne paniquez pas tout de suite, vous le démarrerez « manuellement ».

Échouez à le démarrer manuellement. À ce moment, saupoudrez d’une première pincée de panique. Imaginez-vous que le jeu que vous avez acheté, usagé, l’est à un point tel qu’il est impossible pour votre console de le lire. Maugréez en silence contre le vendeur qui vous en a déjà passé une petite vite en vous vendant un autre jeu, prétendument neuf, mais dont le livret montrait diverses traces de surutilisation. Ne cédez point encore à la panique, vous n’aurez qu’à remettre un de vos autres jeux, et ne serez que déçu à l’idée d’avoir été roulé une seconde fois par ce vendeur à la graisse de hérisson de tonnerre de brest.

Quittez votre siège et allez appuyer sur le bouton « Eject » de votre console. Marquez une première surprise devant le rien-du-tout qui s’ensuit. Appuyez à nouveau sur le même bouton, rassurez-vous en constatant qu’il fait ce petit bruit caractéristique qui indique qu’il a compris la demande et travaille à manœuvrer dans le sens de vos bons désirs, et émettez un petit sourire niais de satisfaction étrange. À cet instant, ajoutez un quart de tasse de panique : le jeu ayant à nouveau refusé de sortir de votre console, demandez-vous si vous n’auriez pas mieux fait d’aller poser de la poudre à gratter sur les sièges de toilettes du cabinet de Jean Charest.

Devant cet essai infructueux, éteignez votre console, puis rallumez-là. Avec votre intelligence et votre sens logique, vous arrivez si souvent à trouver des solutions qui fonctionnent sans en avoir l’air. Paraissez abasourdi de constater que la PS3 ne lit toujours pas votre jeu, et refuse obstinément de l’éjecter de ses entrailles. Ajoutez le quart de la moitié d’une petite cuillerée à thé de panique en courant à votre ordinateur. Visitez Google et inscrivez les termes « disque coincé PS3 », et parcourez le premier site web offert. Souriez devant la facilité apparente de la solution offerte par un gentil internaute, et lisez quelques réactions afin de vous assurez que l’idée proposée a bien été reçue et testée par les autres internautes. Constatez avec grand soulagement que la solution semble avoir fonctionné pour la majorité des cas, et grouillez-vous d’aller l’appliquer sur votre console.

Ajoutez un peu d’eau (la sueur du stress qui vous envahit, ou des larmes si vous êtes particulièrement fleur bleue) à une pincée de panique en n’apercevant pas le bouton « Arrêt » qui serait censé se trouver derrière votre console. Demandez-vous si un ancien ennemi n’a pas ressorti sa poupée vaudou à votre effigie pour lui faire avaler un puissant hallucinogène. Retournez à l’ordinateur afin de consultez d’autres sites et revenez bredouille à votre console en réalisant que la plupart offrent la même solution. Extirpez votre console PS3 de son habitat et observez-là sous tous les angles. Gémissez de désarroi devant votre incapacité à trouver un bouton que tous les autres utilisateurs semblent posséder. Demandez-vous si vous devez sortir un tournevis et si celui-ci devrait servir à démonter votre Playstation ou si vous devriez vous l’enfoncez dans la cuisse pour changer le mal de place. Soupirez à quelques reprises; sentez l’odeur de moutarde qui vous monte au nez.

Songez quelques instants à appeler un ami à l’aide, et ce, malgré l’heure plutôt tardive. Plutôt que de l’appelez et de risquer de le réveiller ainsi que sa copine, trouvez-vous génial de lui écrire un courriel. Exposez-lui votre problème et espérez que par hasard, il soit constipé ce soir-là et se trouve sur le trône en compagnie de son IPhone plutôt qu’au lit avec sa tendre moitié. Retournez à votre machine joueuse de tours, et refaites-en le tour avec l’espoir qu’un bouton « Arrêt » lui soit poussé comme par magie. Éteignez votre console en vous imaginant qu’un temps de pause lui fera le plus grand bien. Profitez de la pause pour goûter votre mélange panique/ridicule. Commencez par vous rongez les ongles devant l’absence de réponse de votre ami endormi. Parcourez ensuite l’appartement afin de partir à la recherche d’une lampe de poche, de la boîte de votre console et du livret d’instructions. Ne trouvez que la lampe de poche, mais fouillez partout où il est possible de le faire pour trouver les deux autres items dont vous savez exactement où ils sont, mais résignez-vous à ne vous en rappeler que le lendemain matin. Utilisez ensuite la lampe de poche pour mieux examiner votre console. Passez d’espoir à déception en constatant à nouveau l’absence de ce bouton censé être situé à l’arrière de la console. Rallumez-là, appuyez à plusieurs reprises sur le bouton « Eject » et renfrognez-vous de sa soudaine inutilité.

Ayez un flash et utilisez le menu de votre console pour trouver une possible solution. Perdez 15 minutes à lire les différentes options, et revenez bredouille de cette fausse bonne idée. Faites les cent pas dans votre salon et hésitez entre crier de désespoir ou hurler de rage. Retournez lire sur Internet et attardez-vous à ceux pour qui la solution n’a pas fonctionné. Riez sardoniquement devant les commentaires qui laissent entrevoir un désastre : « Ma console n’a plus jamais fonctionné par la suite », « Je l’ai emmenée au magasin et quand ils m’ont remis le jeu récupéré, la console ne fonctionnait plus », « J’ai récupéré le jeu mais il ne fonctionne plus » et autres turpitudes. Demandez-vous s’il ne serait pas préférable d’aller vous couler un bain pour lire, ou s’il ne vaudrait pas plutôt aller vous coucher pour commencer dès le lendemain matin à trimballer votre machine défectueuse dans les magasins susceptibles de vous aider. Ragez intérieurement que votre garantie soit terminée depuis à peine un mois, et riez plus sardoniquement encore pour savourez l’ironie du sort ou la conspiration des constructeurs de machins qui parviennent si souvent à faire casser leurs engins si peu de temps après l’expiration de la garantie.

Retournez à l’ordinateur après une demie heure passée à appuyez sur le bouton « Eject » à toutes les deux secondes. Espérez – à tort – que votre belle n’ait pas été réveillée par votre mésaventure et souhaitez – en vain – que votre ami non-constipé ait eu une raison x de s’extirper du lit et ainsi de prendre votre courriel sur son fabuleux IPhone. Soupirez quelques bons coups et entreprenez de trouver des vidéos offrant des solutions à votre problème. Réjouissez-vous d’en trouver une tonne, et commencez à les regarder un après l’autre. Appliquez, sans aucun succès, les solutions offertes et ragez qu’aucune ne semble fonctionner ni même s’appliquer à votre cas. Finissez par abandonner tout espoir pour la nuit, et changez-vous les idées en jouant à un vieux jeu à l’ordinateur; écrasez une larme en vous imaginant jouant à ce jeu au demeurant très plaisant pour les semaines et les mois à venir.

À votre réveil, réjouissez-vous d’avoir un courriel de votre ami l’invitant à l’appeler le plus tôt possible, mais maudissez-vous intérieurement en apprenant que vous avez tenu votre amoureuse réveillée avec vos efforts inutiles et paniqués durant une paire d’heures. Prenez le temps de faire autre chose, tâchez de vous convaincre que les choses sont moins dramatiques qu’elles n’y paraissent et que quelques semaines ou mois sans votre PS3 pourront tout de même être utiles et palpitantes. Repoussez l’appel à votre ami pour vous permettre de vous sustenter et payez-vous-même le luxe de passer du temps à l’ordinateur, cet ancien ami que vous abandonnez plus souvent depuis l’achat de votre fameuse console.

Revenez à vos moutons en un éclair et sortez la boîte de la console, puis trouvez le livret d’instructions. Parcourez-le et constatez que l’on y offre une solution pour votre problème, mais que celle-ci comme les autres trouvées sur Internet ne fonctionne pas. Refaites quelques tests sans succès, puis résignez-vous à appeler votre ami. Faites-lui confiance et essayez, en vain, de ne pas croire que son optimisme à trouver une solution n’a d’égal que votre résignation à devoir bientôt ramener la console au magasin.

Passez un long moment à discuter avec lui. Écoutez-le écouter les mêmes vidéos que vous sur Internet, puis suivez ses instructions. Combattez le désir d’abandonner les essais pour vous consacrer à votre vieux jeu d’ordinateur, à la lecture ou au tricot, puis étonnez-vous d’entendre l’ahurissement de votre ami devant votre console qui refuse de coopérer. Contrairement à lui, croyez que tout est normal sous prétexte que quand quelque chose cloche dans votre vie, peu importe que cela défie la logique. Continuez néanmoins à discuter avec lui, transporté par son propre optimisme face à la situation. Étonnez-vous que sa propre PS3 possède ce fameux bouton « Arrêt » à l’arrière, et assurez-vous en vous disant que vous avez probablement acheté la seule au monde à qui il manque cet important détail.

Après maintes et maintes tentatives, soyez bouche bée devant l’idée géniale de votre ami de remplacer le bouton manquant par le fil de branchement de la console. Suivez ses directives, puis étonnez-vous au plus haut point d’entendre votre PS3 émettre un « bruit d’avion » d’une dizaine de secondes, celui-là même décrit par tous les internautes ayant eu la chance de posséder ce fameux bouton qui vous faisait tant défaut. Imaginez que votre jeu est à quelques secondes d’enfin sortir de la console, puis serrez les dents en constatant que vous essuyez un nouveau refus. Ne perdez toutefois pas espoir et refaites cette méthode à quelques reprises.

Argumentez que vous n’êtes pas un parfait idiot lorsque votre ami émet un premier doute : « Et si tu n’avais pas mis le jeu…? » Riez-vous de sa suggestion, mais par précaution, ouvrez le boîtier du jeu. Constatez avec joie que le jeu ne s’y trouve pas; vous auriez vraiment eu l’air d’un parfait idiot! Continuez de débattre avec votre ami. Argumentez tout spécialement, en lâchant quelques jurons, que « où veux-tu que je l’aie mis, ce foutu jeu?!? ». Sans l’avouer à votre ami, étendez-vous sur le sol pour regarder sous le meuble, au cas où… Relevez-vous, rassuré de n’avoir rien trouvé. Puis, au moment où vous observez les alentours de votre PS3 tout en répétant à votre ami que vous ne l’avez « certainement pas mis dans la Wii! » (l’ingrédient secret), appuyez sur le bouton « Eject » de la Wii, tout en sachant que vous prenez grand soin de ne JAMAIS y laisser un jeu – sinon celle-ci refuse de fonctionner lorsque vous souhaitez l’utiliser.

Laissez tomber votre menton sur le plancher en voyant votre jeu de PS3 être éjecté de la Wii. Sentez un vent de panique, parfumé de ridicule, souffler sur vous. Constatez que votre ami a entendu votre jeu, ou compris votre abasourdissement, et qu’il est désormais en train de rire de vous et de vous promettre de propager la bonne nouvelle de votre parfaite idiotie de par le monde. Hésitez entre être heureux de la tournure des choses puisque cela vous évitera de devoir retourner la console au magasin, ou être malheureux que toute cette scène ait été causée par votre propre étourderie. Choisissez la deuxième option, puis assurez votre ami qu’il se trouvera certainement de bonnes âmes pour avoir pitié de vous. Remerciez-le en vous félicitant qu’il ne vous voit pas rougi par la honte. Raccrochez, et souhaitez du plus profond de votre coeur ne point trop revivre de pareils instants. Pincez-vous pour constater avec effroi que vous n’avez pas rêvé. Intérieurement, bottez-vous le derrière. Encore. Encore. Et encore.

Et encore…

Eh oui…