Fallait bien! Fallait bien que quelque chose cloche aujourd’hui! Mais quoi? Je vous laisse deviner…

Dès le réveil, vous dites? Nan, le réveil fut tout en douceur. Le coup de téléphone matinal, plutôt que d’être celui d’un abrutissant message automatique ou d’un employé de télémarketing convaincu que vous êtes LE client qui lui donnera raison de pratiquer ce métier imbécile qui consiste à tenter de convaincre les gens qu’il faut paniquer à l’idée de ne pas encore avoir d’assurance contre les invasions d’insectes venus de la planète Mars, eh bien ce coup de téléphone, dis-je, provenait de ma douce tendre (je pratique les pléonasmes pour une éventuelle collection) que je devais rejoindre au centre commercial quelques heures plus tard. Ainsi donc, rien de négatif à propos de mon réveil. Plus tard, alors?

La douche, alors? Vous me prenez pour le Mr. Bean des pauvres! Suis-je le genre de personne capable de s’auto-infliger une blessure quelconque en prenant une simple douche? Ah oui? Allez donc… Mais que nenni, mes z’amis! Vous repasserez pour votre bon flair! Ce fut une douche tout ce qu’il y a de parfaite, sans savon dans les yeux, sans soudaine giclée d’eau glacée, sans bouteille de shampoing vide et même, oui même : sans interruption téléphonique pour une offre sans pareille d’installation de porte et fenêtre ou de système d’alarme de gens qui connaissent nos noms, notre numéro de téléphone, notre adresse et la couleur de nos sous-vêtements du mardi sans toutefois savoir qu’ils appellent dans un immeuble à logements. Eh non, pas aujourd’hui!

Ah, vous devinez? L’allez au centre commercial en transport en commun dans la première chute de neige? J’avoue qu’il y avait là un énorme potentiel de catastrophe. Me serais-je donc foulé une cheville en ratant une marche mal déneigée? Serais-je tombé sur le fessier (le gauche ou le droit, au choix) en négligeant de faire attention à la chaussée glissante? Ou bien aurais-je encore une fois raté le bus de peu, ce bus qui est censé être le plus passant en ville (j’en suis un témoin privilégié… quand je ne l’attends pas!), et passé la demie heure suivante à geler sur le coin de la rue, rageant d’avoir encore une fois oublié mes gants et ma tuque dans mon autre manteau? Quand même, je ne suis pas manche à ce point! Ou bien vous surestimez mon potentiel catastrophique, ou alors c’est que vous me prenez pour la cousine germaine du personnage de Pierre Richard dans La Chèvre! (Et non la cousine germaine de la chèvre, quoique puissent en dire certains…)

Allons donc, qu’est-ce qui a bien pu clocher dans ma journée? Vous dites? Le métro est tombé en panne quand j’y suis entré dedans? Eh non! Surprenant, n’est-ce pas? Il n’y a pourtant rien eu de tel. Mais vous avez failli mettre dans le mille : en arrivant au métro, je suis descendu sur la mauvaise rame, et j’ai bien failli m’embarquer dans la mauvaise direction! Mais je m’en suis rendu compte à temps et j’ai rebroussé chemin avant qu’il ne soit trop tard. Meilleure (mal)chance la prochaine fois!

Eh bien, j’attends toujours! Au centre commercial, la catastrophe, vous dites? Ah ça, c’est fort possible, puisque j’y ai passé une paire d’heures au bas mot. Mais qu’aurait-il pu m’y arriver de si enrageant? Arrivé en retard au rendez-vous fixé avec ma blonde? Pas mon genre! Reçu un plat de poulet au lieu du bœuf commandé au restaurant libanais? Pas cette fois! Mis le pied dans une gomme? Pfff, vous charriez un peu, je trouve… Et si je vous disais que je me trouvais au centre commercial pour un rendez-vous chez la coiffeuse? Ah! Ça y est, vous dites! Je suis tombé sur une coiffeuse spectaculaire, qui m’a coupé un bout d’oreille en voulant faire trop vite, qui m’a ébouillanté en me lavant les cheveux même si je venais de le faire chez moi, qui m’a coupé avec son rasoir parce qu’elle a sursauté quand un téléphone a sonné à 200 pieds de là? Qu’est-ce que VOUS avez de l’imagination, je vous jure… Alors, elle a raté ma coupe de cheveux? S’est trompée entre sa bouteille d’eau et sa teinture blonde platine? A mal compris mes directives et m’a plutôt fait une permanente qui me donne l’air d’un mouton bougon? Nein! Nein! Nein! Achtung! (À mes souhaits!) Vous n’y êtes encore une fois pas du tout. « Monique » m’a traité comme un prince et je suis ressorti de là coiffé comme un milord!

Alors quoi? La suite? Forcément… Mais où? Où? Patience, patience…

L’épicerie où il faisait aussi froid que si les portes étaient grandes ouvertes depuis une semaine? Le retour en métro où un avertissement racontait qu’il se passait quelque chose sur la même ligne que nous empruntions? Ah oui : plutôt à la pharmacie où il a fallu faire un détour gigantesque puisque nous étions allés faire remplir ma carte d’autobus la semaine passée, transaction extrêmement difficile et compliquée pour trois caissières obnubilées par leurs nouvelles caisses? Authentique! Et ce matin, en prenant le bus, j’ai pu constater que ces bougresses avaient complètement oublié de remplir ma carte! Fameux, n’est-ce pas? C’est donc vrai qu’il a fallu faire vérifier ma carte pour apprendre qu’en effet, elle ne contenait pas les 10 passages achetés il y a quelques jours, faire un énorme détour les bras chargés et y aller d’une longue marche jusqu’à cette même pharmacie dans le froid et la neige. Tout cela est authentiquement véridique (pléonasmiquement parlant!), et vous serez éblouis d’apprendre que… non, ça n’est pas l’événement merdique de ma journée!

Décidemment… Vous donnez votre langue au chat? Allons, pas si près du but…

Oui : au retour!!! Comment vous avez deviné?

Oh, tout allait parfaitement bien, pourtant. Tout… ou presque. Ainsi donc, nous arrivons à notre immeuble. Il est plus que temps, ça fait une heure qu’on marche dans la neige, le vent et le froid, les bras encore plus chargés (d’une pinte de lait) qu’à l’aller. Ma blonde a les pieds mouillés depuis belle lurette, mais moi je suis encore au sec. Tout ce qu’il nous reste à faire est de marcher le petit segment sur le rutilant boulevard Pie IX. En apercevant deux autobus qui se suivent, nous décidons d’attendre avant de s’avancer afin d’éviter de se faire éclabousser par de la belle neige qui n’aura été blanche que le temps où elle tombait du ciel (et encore…) Idée géniale, s’il en est une… Les bus passés, nous entamons la rentrée au domicile. Soudain, j’entends le bruit caractéristique d’un véhicule qui se pense sur l’autoroute. Pressentant le danger, nous nous écartons le plus loin possible, mais c’est peine perdue : un cow-boy au volant d’un énorme pick-up accélère en arrivant à notre hauteur et nous asperge d’une quantité astronomique de belle sloche fraîche, noire à souhait. On en a partout, jusque dans les victuailles ramenées de l’épicerie! Le manteau de ma blonde est presque entièrement couvert, elle en a dans les cheveux, partout. De mon côté, ma tuque m’a évité d’en recevoir dans les cheveux, et mon manteau attaché a sauvé mon chandail, mais mes jeans sont trempés! On a beau se trouver sur un boulevard papal, j’invective à voix haute le crétin des Alpes façon Capitaine Haddock, trouvant un florilège de jurons que les papes connaissent pour d’autres usages…

C’est donc trempés, crottés, salis à l’extrême que nous rentrons à l’intérieur de l’appartement. Dans mon cas, la mauvaise humeur est particulièrement au rendez-vous, mais avouez que les circonstances, hein! Il s’agit ensuite de se dévêtir en prenant soin de rester sur le tapis de l’entrée et en laissant sécher tuques, gants et manteaux pendant que le reste des vêtements prend la direction du lavage. De toute beauté… L’imbécile dans le camion devait probablement rigoler de son coup : il est simplement chanceux de demeurer anonyme. C’est là le genre de sale coup que je lui ferais payer avec une ingéniosité et un sadisme rivalisant avec les meilleurs tortionnaires de la CIA… Quel con! Il doit être à l’emploi du parti Libéral, je ne vois pas autre chose! Qu’à cela ne tienne, aux prochaines élections, ce sera à son tour de se faire lessiver…

Quant à ceux d’entre vous qui rigoleriez parce que vous avez déjà aspergé des passants de la sorte, que je ne vous prenne pas en flagrant délit! Vous verrez qu’il n’est pas facile de conduire avec deux mains solidement serrées autour de votre cou… C’est ça, ou bien je vous abonne illico au Parti Libéral!

Une journée presque parfaite, donc… Mais dans mon cas, ça n’était pas la première fois. Ainsi, je me rappelle être allé à une entrevue pour un emploi, il y a très longtemps de ça, par un beau matin d’hiver à l’époque où j’habitais la banlieue (preuve que les crétins n’habitent pas que la ville!). Un chauffard probablement cousin par l’anus (au lieu de la fesse gauche!) du crétin d’aujourd’hui avait passé à toute vitesse devant l’arrêt d’autobus et avait aspergé tous ceux qui n’avaient pas la chance d’être dans la cabine. Je faisais évidemment partie des malchanceux, et comme je me rendais à une entrevue (ma toute première, si je me souviens bien), je n’avais pas le temps de retourner chez moi pour me changer, gracieuseté du service de transport en commun merdique des banlieues. J’ai donc du me présenter en entrevue crotté de la tête aux pieds. Et pour ajouter au ridicule de la situation, l’entrevue en était une de groupe. J’ai donc eu à avoir l’air idiot devant une dizaine de personnes au lieu de simplement faire face à l’intervieweuse, d’autant plus qu’à l’époque, je n’attachais pas mon manteau et ne portait ni gants ni tuque. Je vous laisse deviner mon état et puis si j’ai eu ou non la job…