La chanson L’Hymne à l’amour écrite par Édith Piaf en 1949 est connue à la grandeur de la planète. Rapidement devenue un des nombreux succès de Piaf, la chanson possède une telle portée qu’elle a notamment été traduite en anglais (dès 1961) et que Mary Hopkin en a fait un succès en Grande-Bretagne en 1976. Plus récemment, en 2010, la chanteuse japonaise Utada Hikaru en faisait une version nippone (pour une pub de Pepsi, hélas, mais tout de même…). Dans la langue de Piaf, on ne compte plus les artistes qui en ont fait une reprise, mais il est tout de même à noter que même des hommes se sont osés à la chanter, que ce soit l’idole Johnny Halliday ou plus près de nous, Gerry Boulet à l’époque du groupe Offenbach (on peut même la trouver sur deux des albums du groupe). Bref, la chanson que Piaf avait écrite pour son amour Marcel Cerdan (qui trouvera la mort quelques semaines seulement après la création de la chanson par Piaf) continue de marquer les esprits plus d’un demi-siècle après sa première interprétation.

Au Québec, par contre, il se trouve toutes sortes de bien-pensants pour s’offusquer qu’un professeur de Sorel-Tracy ait choisi de ne pas inclure la dernière phrase de la chanson dans un travail d’analyse demandé à ses élèves. Et pour cause, puisque cette phrase annonce très clairement que Dieu réunit tous ceux qui s’aiment.

Hon.

Il n’a pas enlevé Dieu du cheminement scolaire de ses étudiants? Il n’a pas… fait ça?!?

Vite, qu’on le massacre! Qu’on le pende! Qu’on le cloue au mur et qu’on écrive au pape de l’excommunier!

Faut vraiment être con… Vraiment!

Pour se formaliser d’une telle omission, je veux dire.

D’accord, la chanson est superbe. Oui, je la connais. J’en ai même quelques versions dans mon IPod. J’adore Piaf. Et que ce soit sa version ou celle d’un(e) autre artiste (hormis Céline et/ou les étrons chantants de Star Académerde), dès que j’entends les mots Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer, je suis pris de puissants frissons. Tiens, rien que d’écrire ces mots, je suis presque fiévreux, j’ai les jambes molles, l’œil presque larmoyant. Pas besoin d’être un membre de l’Académie Française pour se dire qu’on aurait aimé ces mots-là à l’être aimé.

Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer… Non mais pensez-y deux secondes!

Je me fous du monde entier! Tant qu’l’amour inondera mes matins

C’est beau. C’est puissant. C’est… c’est… c’est… Écoutez encore!

J’irai jusqu’au bout du monde… J’irai décrocher la lune… si tu me le demandais… Je renierais ma patrie, je renierais mes amis… si tu me le demandais

C’est ça. Si c’est pas ça, l’amour, alors c’est quoi?

Et plus tard :

Si un jour la vie t’arrache à moi
Si tu meurs, que je sois loin de toi
Peu m’importe si tu m’aimes
Car moi je mourrai aussi

Vous ne frissonnez pas, vous? Ben moi si! On entend une prétendue chanson d’amour à la radio commerciale, des ces bluettes façon Hugo Lapointe ou le pêcheur de crevettes de l’Empire Québécor, et puis on se dit qu’on saurait certainement faire mieux que ces âneries rose prépuce… Mais sitôt qu’on entend L’Hymne à l’amour, alors là, on se dit qu’on pourrait pas, ou qu’en tout cas, ça serait jamais proche de ça, que ça, c’est tellement tout ce qu’on aurait voulu dire sans arriver à le dire de cette façon-là…

Un classique de la chanson, donc.

Mais qui m’a toujours un peu fait un drôle d’effet, avec sa double fin. Double? Jugez par vous-même :

Nous aurons pour nous l’éternité
Dans le bleu de toute l’immensité
Dans le ciel plus de problèmes
Mon amour crois-tu qu’on s’aime

La musique s’emporte, on sent que c’est fini, et puis hop, Piaf ajoute ceci :

Dieu réunit ceux qui s’aiment.

Ah. Ah bon. Eh ben. Amen, peut-être?

Bien moi, je tique. J’ai toujours tiqué. Je trouve, et ce depuis fort longtemps, que la chanson s’arrête très bien à Mon amour crois-tu qu’on s’aime. D’ailleurs, juste au niveau de la rime, c’est déjà réglé : éternité/immensité et problèmes/qu’on s’aime. Il ne manquait rien. Dieu réunit ceux qui s’aiment, ça ajoute un petit quelque chose pour ceux qui ont « ça » à cœur, pour ceux qui croient que Dieu a quelque chose à voir là-dedans, ces gens-là, quoi…

Piaf était peut-être de ceux-là. Avec la vie qu’elle a eu, ce serait juste normal, et puis y’avait l’époque aussi. À son époque, on ne se faisait pas sauter à la dynamite au nom d’un dieu ou d’un autre. Ou alors, peut-être, mais pas dans la France de 1949. « Dieu est amour », il s’en trouve une pelletée de gens pour hurler ça à gauche et à droite à propos de la chanson de Piaf et du fait qu’un professeur ait laissé cette phrase de côté pour le travail demandé à ses élèves. Pardon? Quel dieu? Ou alors, quel amour?

Et puis, que ce soit en se faisant sauter à la dynamite dans un marché de Tel-Aviv ou ailleurs, ou en allant massacrer du « Sarrasin » en croyant dur comme fer à nos Croisades, j’ai comme un peu de misère avec la phrase « Dieu est amour ». Ça n’est pas la phrase de la chanson de Piaf, mais Dieu réunit ceux qui s’aiment me fait à peu près le même effet. C’est pour ça que régulièrement, quand je l’entends dans un IPod ou un lecteur mp3 ou même carrément à l’ordinateur, je passe à la chanson suivante aussitôt que MA finale est passée (Mon amour crois-tu qu’on s’aime). Ou si je suis distrait ou dans l’impossibilité de sauter la petite phrase qui me fait tiquer, eh bien je la bloque mentalement. Oui, oui : blocage total et réussi! Je ne l’entends plus. Un peu comme on finit par ne pas voir la moustache de la vieille grand-tante de sa cousine ou de qui vous voudrez en autant qu’elle soit vieille et moustachue. On passe par-dessus. Eh bien moi, je passe par-dessus Dieu réunit ceux qui s’aiment. Si j’étais une personnalité publique et que je disais pareille chose, il s’en trouverait pour dire que je blasphème!

À ceux là, ça ne vaut même pas la peine de répliquer quoi que ce soit. Je les laisse se noyer dans un océan d’idioties, ils auront tout le loisir d’aller s’expliquer d’abord à Denis Lévesque puis ensuite à Martineau que je sais plus lequel pose les vraies questions et lequel a depuis longtemps fait faillite intellectuellement, les deux, probables, pour moi ce sont des jumeaux cosmiques, mais enfin…

On s’égare.

Fouillez-là sur YouTube si ça vous chante. L’Hymne à l’amour a plus souvent qu’autrement une finale ou une autre. Rarement les deux. Tenez, puisque je vous aime (quelqu’un nous réunira? Euh non ce n’est pas ce que je voulais dire), j’ai surfé le web par curiosité et par grandeur d’âme (âme haine!) et j’ai constaté que je ne dois pas être le seul qui tique sur cette fameuse « double finale ».

Ainsi, la version de Gerry Boulet ignore complètement Mon amour crois-tu qu’on s’aime et Gerry termine donc la chanson avec la fameuse phrase ignorée par monsieur le professeur d’une école à Sorel-Tracy. Personne n’en a fait grand cas, que je sache. J’ai écouté différentes versions d’Offenbach et c’était le cas chaque fois. Cela rassurera nos offusqués du dimanche et ils pourront mieux respirer entre deux entrevues à TVA en récitant quelques Pater Noster bien sentis…

Mais à ceux-là, ne dites pas ce qui suit… Ils seraient capables d’en faire une syncope!

Johnny Halliday, l’idole des français, aussi gros là-bas qu’Elvis fut aux Zuaissahs, eh bien Johnny lui-même abonde dans mon sens! Je l’ai découvert ce soir, parce que je ne suis pas tellement fan du rockeur français, même si je savais qu’il avait fait la reprise de la chanson de Piaf. Mais de découvrir que Johnny tronque la chanson à ma manière m’a ravi au plus haut point. J’ai même eu peur qu’il n’ait eu qu’un oubli passager dans la première vidéo visionnée, et je me suis mis en chasse d’autres clips de Johnny chantant L’Hymne à l’amour. Ravissement total! Johnny termine la chanson avec Mon amour crois-tu qu’on s’aime!!! Même que dans une des versions, il reprend cette phrase deux fois!! C’est donc signe que lui aussi, le Dieu réunit ceux qui s’aiment lui apparaît étrange. Toutes les autres phrases de la chanson se tiennent, s’amalgament parfaitement, sauf celle-là. Elle me fait l’effet d’un bonbon au vinaigre après un excellent souper, alors qu’il ne rentrait plus une bouchée pour cause de trop bon goût. Ça gâche le portrait, un bonbon au vinaigre après un repas exquis, non? Eh bien, Dieu réunit ceux qui s’aiment, ça me fait le même effet!

Sur une des versions, Halliday ajoute même :

Dans ma vie, plus de problèmes
Mon amour puisque tu m’aimes…

On peut aimer ou non, mais franchement, je préfère ça à la fameuse phrase laissée de côté par un prof et qui fait tant de remous…