Et même ultra infini…

L’entreprise canadienne Vidéotron est l’une des nombreuses filiales de Québécor Média. Dans ses publicités, elle proclamait le « pouvoir infini du câble » (réduit tout simplement à « Le pouvoir infini » plus récemment) comme une façon de faire croire à la clientèle potentielle toute l’étendue du pouvoir qu’un individu sensé acquerrait en s’abonnant aux services de l’entreprise. Or, ce « pouvoir infini », c’est l’entreprise elle-même qui le possède, et non sa clientèle. Nous en avons eu la preuve ultime pas plus tard que hier soir.

Il y a quelques mois, tout un branle-bas de combat a eu lieu dans et autour de l’immeuble résidentiel. Durant de longues semaines, jour après jour, une équipe de travailleurs s’affairait dès le lever du soleil à faire on ne savait quoi, sinon qu’ils s’occupaient à faire énormément de bruit, à utiliser toutes sortes d’outils tous plus bruyants les uns que les autres et à construire une étrange cabane tout juste derrière l’immeuble. Ainsi donc, pendant des semaines, on pouvait voir un camion d’une compagnie inconnue censée être dans le domaine des télécommunications stationnait tout juste devant et parfois même carrément dans le minuscule stationnement situé entre notre immeuble et le bâtiment voisin. Nous avons même eu droit pendant une certaine période au passage de ce camion qui reculait à grands renfort d’alarmes et de lumières afin de s’approcher au plus près des travailleurs situés à l’arrière. Peu importe où l’on se trouvait dans l’appartement, il était impossible de ne pas les entendre. Tout cela a duré de longues semaines, du lundi au vendredi avec un rare congé ici et là pour nous donner un tantinet de répit.

Finalement, nous avons pu apprendre ce qui se tramait. C’était Vidéotron qui installait une tour cellulaire pour son service de téléphonie mobile sur le toit de notre immeuble. Comme ça, sans aucune permission! Ou alors, avec celle du propriétaire de notre immeuble, lequel a possiblement été rétribué en échange de la « location » du toit et de l’espace de son bloc appartement. Quoi qu’il en soit, ce propriétaire n’a pas pris la peine de demander à ses locataires ce qu’ils pensaient du projet. Lorsque nous avons appris qu’il allait y avoir quelques dizaines de pieds au-dessus de nos têtes cette fameuse tour cellulaire de Vidéotron, celle-ci était déjà presque entièrement installée.

Depuis, les visites de ces joyeux travailleurs se sont espacées, se limitant à quelques brèves apparitions ici et là, sans doute pour des vérifications d’usage ou quelque autre travail ne nécessitant pas de réveiller les idiots habitant l’immeuble avant même que les ponts de la ville ne soient congestionnés.

Revenons pourtant au pouvoir infini du câble. Celui que possède la compagnie Vidéotron. Je fabule? Attendez la suite…

Il était près de 23 heures hier soir lorsque j’ai jeté un coup d’œil par la fenêtre. Un camion inhabituel a attiré mon attention. Stationné tout juste devant l’immeuble, il n’appartenait visiblement pas à l’un des locataires qui partagent notre domicile. J’allais laisser là ce camion lorsque quelque chose que je n’avais pas vu à cause de la noirceur ambiante a attiré mon attention : deux hommes vêtus de casques de construction discutaient à l’ombre du camion et regardait vers le toit de l’immeuble où l’on distingue très aisément cette tour. Je me suis dit qu’ils étaient sans doute là pour venir faire quelques vérifications d’usage. Après tout, si ce n’était l’affaire que de quelques minutes, pourquoi pas…

Mais il n’en a pas été ainsi, loin de là. Ces messieurs ont entrepris, à eux deux ou avec l’aide d’autres travailleurs que je n’avais pas vu, de passer plusieurs heures sur le toit de l’immeuble et un peu partout autour. Par « plusieurs heures », entendez toute la nuit. Toute la nuit!!! Et pas dans le plus grand silence, soyez-en plus que certains. Vers une heure du matin, on les entendait parfaitement manier leurs outils, parfois même parler entre eux. Le vacarme qu’ils menaient est indescriptible. Mais il me faut quand même tenter l’effort de le décrire…

TING TING TING!!

KETING KETING KETING!

FRAOK FRAOK BING!

VLOUCH POOOOFFFF BAM!

Et ce, à une heure, à deux heures, à trois heures… sans arrêt!

Ceux qui me connaissent savent que je peux me coucher tard. Mais même avec l’aide de mes habituelles pilules pour aider au sommeil (tout à fait naturelles, rappelons-le), il y a des miracles qui ne s’accomplissent pas. Et j’ai eu beau passer du temps devant la télévision avec les écouteurs sur les oreilles, leur vacarme demeurait plus fort que tout.

TING TING BING DING RING VLING BONG!

TAK TAK TAK TAK TAK TAK BOUM!

Sans oublier non plus l’extraordinaire fracas métallique entendu chaque fois que ces messieurs redescendaient de l’immeuble par cette sorte d’échelle rétractable qu’ils avaient installée il y a quelques mois. Puis évidemment, la remontée une ou deux minutes après.

KING KING KING KING KING KING KING KING KING (x20)

Je vous le garantis, je n’étais pas le seul à ne pas trouver le sommeil cette nuit-là. Mon voisin du dessus, déjà très réactionnaire au moindre son et prêt à faire entendre son mécontentement en tout temps, ce charmant ogre dis-je, a passé le plus clair de son temps à marcher de long en large dans son appartement et à taper du pied en signe d’impatience. Pour une rare fois, j’abondais entièrement dans le même sens que lui. Je ne peux pas entendre tous les voisins, mais je sais toutefois que ceux du dessous ne dormaient pas eux non plus. J’ai espéré longtemps qu’un voisin n’en pouvant se lève et aille faire la fête à ces abrutis ou même appelle carrément la police. Mais il n’en a hélas rien été.

J’étais couché depuis un moment, sans évidemment dormir, lorsque ces crétins de première ont échappé quelque chose sur le toit de l’immeuble. Quelque chose de très métallique et surtout de très, très lourd. Je note cela au passage, parce que ça a son importance. C’était si lourd que le bâtiment en a tremblé sous le choc! Ça m’a donné l’impression qu’ils avaient échappé de gros rouleaux de métal, et pas qu’un, puisqu’on pouvait parfaitement entendre les morceaux s’entrechoquer, et par-dessus le vacarme hallucinant, les voix de ces messieurs qui criaient pour se faire entendre. Imaginez : les travaux se passaient trois étages au-dessus de mon appartement, et même mes voisins d’en-dessous ne trouvaient pas le sommeil. Qu’est-ce que ça devait être pour ceux habitant tout juste sous les travaux…

À cinq heures du matin, ces protégés de Vidéotron ont semblé quitter les lieux. C’est l’impression que j’ai eue en réalisant que finalement, j’allais pouvoir tomber endormi. Gare à ces champions s’ils remettent ça ce soir…

Comme quoi, Le pouvoir infini du câble, ça donne tous les droits. Même celui d’envoyer des travailleurs sur un immeuble habité pendant une nuit entière…