Lundi 27 février, 6 heures du matin. Une autre semaine commence. Outre Radio-Canada qui présente des émissions pour enfants, TVA est déjà en ondes depuis un moment avec Salut bonjour et bon nombre de ceux qui sont réveillés syntonisent probablement cette émission ou les nouvelles à RDI ou à LCN pour avoir un aperçu de l’état des routes, de la météo, etc., quand ce n’est pas carrément à la radio. Pour plusieurs, ce n’est rien de moins que la routine.

Mais en ce lundi 27 février précisément, un autre réseau a décidé, lui, de sortir de sa routine et a pris des mesures extrêmes pour y arriver. Ainsi, pour la simple et unique raison qu’il s’agissait de la « date limite des transactions » dans la LNH, RDS a décidé d’offrir une couverture mur à mur de l’événement en question. Dès rien de moins que 6 heures du matin, une équipe entière était en place et en direct pour le plus grand plaisir des téléspectateurs. Lesquels? On est sincèrement en droit de se le demander.

Je veux bien admettre qu’il y a quantité de sportifs de salon et autres mordus de sports et plus particulièrement de hockey qui suivent de très près toute l’action de la LNH, je ne suis pas prêt à croire qu’ils étaient tous rivés sur leur écran plasma 56 pouces à 6 heures en ce lundi matin afin de connaître les dernières rumeurs et autres développements au fur et à mesure qu’ils étaient rapportés par l’équipe de prétendus experts du Réseau Des Sports.

À six heures du matin!!! Quand j’ai aperçu ces zigotos à l’œuvre à une heure aussi matinale, j’ai d’abord crû qu’il s’agissait de la reprise d’une émission spéciale diffusée la veille. Après tout, les reprises, ça connait RDS! Mais au bout de quelques secondes, l’un des animateurs qui paraissait lui-même ahuri de se trouver en direct à une heure pareille lançait un « Non, vous ne rêvez pas, nous sommes bien en direct et ce, depuis six heures du matin! »

On aurait pu croire qu’à cette heure particulière pour une telle émission, ils seraient en « équipe réduite », mais ils étaient déjà presque tous là : Renaud Lavoie, Norman Flynn et plusieurs autres dont je n’ai pas cru bon de noter le nom. Tous partageaient l’air de l’ours mal réveillé et l’on sentait aux regards encore presque collés que la machine à café ne fournissait pas dans les studios de RDS.

Qui plus est, à cette heure complètement absurde pour une émission spéciale sur les transactions à venir au cours de cette date limite, il n’y avait strictement rien à dire! Deux heures après le début de l’émission, les experts du Réseau Des Sports continuaient de répéter que « jusqu’ici, toujours aucune transaction, mais nous vous tiendront au courant dès que quelque chose surviendra, soyez-en assurés ». À tour de rôle, chaque expert était interrogé et répétait inlassablement les mêmes choses : untel assurait que « le Canadien n’échangerait sûrement pas P.K. Subban » et énumérait les raisons logiques pour une telle inaction; le suivant venait dire qu’il était presque assuré que « Kostitsyn s’en irait sous d’autres cieux » et faisait état des arguments qu’il avait pour avancer pareille chose; un troisième venait dire que l’on s’attendait très certainement à ce que Columbus échange Rick Nash et y allait de ses explications hautement scientifiques. Et ainsi de suite. On faisait le tour de la table, on rappelait les dernières rumeurs, on présentait une pause publicitaire puis on recommençait. Carrément! Untel revenait raconter pourquoi P.K. Subban ne serait pas échangé, le suivant rappelait que Kostitsyn partirait de Montréal très certainement et le troisième répétait les mêmes mots qu’il avait dits quelques minutes auparavant au sujet de l’échange pratiquement certain de Rick Nash.

Deux, trois, cinq, vingt fois… Les minutes passaient et devenaient des heures, sans que le contenu de l’émission surréaliste ne change le moindrement. Parfois, un nouvel expert s’ajoutait au groupe, et les autres blaguaient sur les deux heures de sommeil supplémentaires que le chanceux avait pu s’offrir même s’il paraissait tout aussi mal réveillé qu’eux-mêmes. Et le dernier arrivé y allait de ses propres opinions et pronostics, qu’il répétait bientôt à toutes les quinze minutes.

À huit heures trente, rien ne s’était encore passé et le cirque des infatigables radoteurs se poursuivait avec autant d’aplomb et surtout d’absurdité. Le groupe entier avait environ pour 20 ou 30 minutes de matière à discuter – et encore, je suis certainement généreux – mais ils étaient programmés pour une émission spéciale qui allait durer jusqu’au souper! Et le temps avait beau passer, chaque nouvelle rumeur entendue ne débouchait sur rien, sinon l’extrême répétition des mêmes mots par les mêmes experts, énoncés dans le même ordre, toujours du même ton et avec les mêmes fautes de français… Un sketch au Bye Bye n’aurait pas pu faire mieux!

À 11h30, lorsque j’ai eu à quitter l’appartement pour une sortie en ville, une seule transaction avait été confirmée, celle d’Andreï Kostitsyn, ce qui faisait que le troupeau d’experts avait un sujet de plus à exploiter et une raison de plus pour tourner en rond. J’ai donc manqué une grande partie de l’émission spéciale, mais c’était quand même délirant de regarder messieurs ces experts s’avancer et suranalyser quantités de sujets tous plus inintéressants les uns que les autres, et ce, depuis bientôt six heures!!!

Car c’est du délire total et incroyable! Quelqu’un à RDS a décidé que ce serait une excellente idée de réunir tous les experts hockey du réseau et de les mettre au programme pour une émission spéciale dès l’aube!!! À l’heure où, probablement, tous les directeurs généraux de la LNH dormaient encore. À six heures à Montréal, cela voulait donc dire qu’il était trois heures du matin à Vancouver ou à Los Angeles. Croyait-on vraiment sérieusement que les directeurs généraux s’empêchent de dormir pour passer TOUT leur temps à concocter une transaction ou une autre?

Imaginez seulement tout le branle-bas de combat que cela signifiait pour préparer cette émission. Il a fallu non seulement payer tous ces prétendus experts – qui ne doivent pas commander le salaire minimum! – mais également quantité de maquilleuses, de coiffeurs, sans oublier les caméramans, l’équipe technique, une scripte et tous ces recherchistes qui s’activaient pour fournir aux experts toutes sortes de statistiques et de données diverses sur les joueurs impliqués dans les moindres rumeurs. Du délire, vous dis-je!

Et tout ça pour quoi, au juste? Que RDS programme une émission spéciale lors d’une journée pareille est tout à fait normal, bien sûr. Mais dès six heures du matin?!? Par le passé, ces émissions spéciales démarraient vers midi ou peut-être un peu avant, mais pas avec le lever du soleil! À six heures dix ce lundi matin, il devait certainement se trouver plus de gens dans les studios de RDS qu’ils ne s’en trouvaient pour écouter cette émission! Les gens normaux, même ceux qui suivent assidument le hockey et les transactions, ont mieux à faire à 6h du matin : certains sont déjà en route pour le travail, d’autres sont dans la douche ou au milieu de leurs préparatifs. S’il s’en trouve sans doute quelques-uns pour syntoniser RDS et s’intéresser au tournage en rond de l’équipe d’experts par un matin pareil, sont-ils tout de même assez nombreux pour justifier autant d’efforts et de coûts? Il est plus que permis d’en douter.

Comme si ce n’était pas suffisant, à mon retour à la maison, j’ai constaté que l’émission se poursuivait. Vers 17 heures, Renaud Lavoie était encore en activité et se faisait régulièrement demander d’intervenir pour revenir sur les transactions de la journée ou sur les dernières rumeurs. Mais le pauvre gars avait littéralement l’air d’un zombie! Pour avoir pu être en ondes dès 6h du matin, à quelle heure pensait-on qu’il avait du se réveiller? Toute la préparation nécessaire, le maquillage, l’installation des micros, etc., tout cela demande du temps. Ajoutons à cela le temps que Renaud Lavoie – ou les autres – qui partaient d’un peu partout en périphérie de Montréal, et on devine aisément l’heure à laquelle certains d’entre eux ont eu à se réveiller. Ainsi, rien de plus normal à 17h que Renaud Lavoie soit sur le mode automatique et ne donne que l’impression d’avoir le goût d’aller se coucher. Malgré tout, on continuait de l’inonder de questions, de lui demander de « nous tenir au courant », comme si notre bonheur en dépendait. Absurde. Totalement absurde.

La prochaine fois, pourquoi ne pas faire un 24 heures en ondes pour être absolument sûr de ne rien manquer, tout à coup qu’une transaction s’opère au beau milieu de la nuit, la veille de la date limite des transactions? Ils pourraient inviter Jean-Marc Parent qui a de l’expérience en radotage longue durée, je suis certain qu’il arriverait à faire flasher leurs lumières aux auditeurs à chaque nouvelle transaction. Je suggère déjà un nom : L’Absurd-o-thon!