Courtoisie : nom féminin (de courtois), attitude de politesse raffinée. C’est là la définition des quelques dictionnaires Larousse qui ornent notre bibliothèque. Le site web de ce même Larousse ajoute « politesse raffinée, mêlée d’élégance et de générosité ».

C’est donc que l’on doit m’aimer très beaucoup z’énormément pour vouloir être si poliment raffiné avec ma personne ou celle de ma conjointe. Et surtout pour vouloir l’être si souvent! Je parle bien sûr de tous ces appels dits « de courtoisie » de la part de compagnies ou d’entreprises telles Bell, La Presse et la Banque Nationale pour ne nommer que celles-là. C’est qu’à elles trois, pour ce qui est d’appeler chez nous précisément et presque tous les jours en particulier, c’est presque un complot! L’heure importe peu. Si la plupart du temps nous recevons ces appels entre 16 et 18 heures, il arrive aussi, comme ce matin, que ces abrutis de la télécommunication trouvent excellente l’idée d’appeler relativement tôt, coupant ainsi en deux une nuit de sommeil pourtant bien méritée…

Ça fait des années que ça dure, et on dirait que ça ne fait qu’empirer. Il faut croire que nous n’avons pas suivi l’excellente idée qu’ont eu de nombreuses personnes, à savoir de faire enlever son numéro de téléphone sur les fameuses listes que ces compagnies s’échangent et se vendent entre elles. Par moments, quand je reçois l’appel presque quotidien, j’en viens à me dire que nous ne sommes plus qu’une dizaine de gens qui n’avons pas encore pensé à faire enlever notre numéro sur cette liste, et que les compagnies n’appellent continuellement que ces mêmes zigotos. Autrement, comment expliquer cette tonne d’appels de courtoisie se succédant au rythme d’un par jour, parfois même le week-end, et souvent par les mêmes entreprises?

Ceux qui me connaissent savent que je n’ai absolument pas de patience pour cette perte de temps que constitue un appel de courtoisie. Pire : aussitôt que je réponds et que je me rends compte que j’en suis à répéter des « Allô? » dans le vide, simplement parce que l’abruti(e) au bout du fil utilise une machine automatique pour composer et appeler les gens, j’ai la moutarde forte qui monte au nez. Et pas n’importe laquelle : celle au piment d’Espelette. Ça vous frise les poils de nez en moins de temps qu’il n’en faut à DSK pour repérer un jupon à 300 mètres…

Cela fait donc assez longtemps que je n’ai plus la patience d’écouter jusqu’au bout le boniment de ces messieurs-dames. Tout dépendant de mon humeur du moment, j’écourte généralement la conversation assez brutalement, mais il m’est arrivé au fil des ans de m’amuser avec certains individus, de leur raconter d’incroyables sornettes ou de les engueuler tout bêtement. J’en retranscrirai donc ici certains moments réels ainsi que d’autres qui relèvent plus de la fantaisie, une fantaisie qui pourrait fort bien se concrétiser un de ces beaux jours. Mais je ne vous dis pas quelles anecdotes sont réelles, ce serait trop facile…

Exemple :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Allô, oui bonjour monsieur, ça va biiiiiien?
– Ça allait bien…
– Ah bon? Pourquoi?
– Parce que vous appelez pour une niaiserie! CLAC!

Car ils sont presque toujours on ne peut plus heureux de m’adresser la parole. « Vous allez biiiiiiien? » On l’imagine avec un sourire gros comme l’Alaska et une plume géante à la main, prête à s’auto-chatouiller pour s’insuffler une dose supplémentaire de bonne humeur, alors qu’elle est déjà à deux doigts de l’overdose…

Exemple :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Allô, oui bonjourrrrrrr monsieur, pourrrrrrrrrais-je parler à la maîtrrrrrrrrrrrrresse de la maison? (Ça y est, je suis tombé sur le modèle qui roule ses R avec une roue en forme de triangle bosselé)
– C’est moi-même. (Ça les gèle tout le temps!)
– Euh… c’est vous?
– Oui. Qu’y-a-t-il? Vous trouvez que je n’en ai pas le prrrrrrrrrrofil?
– Euh… non, non, euh…
– J’ai trrrrrrrrop de poil aux pattes?
– Euh…
– La voix trrrrrrrrrrop grrrrrrrave?
– …
– CLAC!

Parce qu’évidemment, il se trouve que je ne suis jamais la personne à qui ils veulent parler. Ça tombe bien : eux ne le sont pas non plus!

Exemple :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Allô, oui bonjour monsieur, j’appelle de la part de Gnagnagnagnagna (on ne comprend jamais) et je voudrais vous faire part de nos…
– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Oui, allô, bonjour monsieur, je disais donc que j’appelle de la part de…
– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Oui, je… je suis là, allô?
– CLAC!

Quel malotru je fais. Hon… Mais pas plus malotru que les malotrus qui appellent ici pour me vendre une cochonnerie quelconque, m’assurer contre les révolutions culturelles ou de velours, me parler de leur toute dernière offre d’abonnement, comme si je n’attendais que ça, comme si ma vie allait devenir soudainement extrafaraminafantastique grâce à leur intervention divine, leur appel magique, leur courtoisie si élégamment convaincante et ssssstradinaire.

Exemple :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Oui bonjour!
– Oui?
– Ça va bien?
– Non.
– Comment ça? Ah, je comprends, je vous dérange?
– Oui : j’allais me suicider.
– Euh… Il ne faut pas faire ça, monsieur.
– Je…
– Oui?
– Ben, c’est ça, j’allais me suicider.
– Euh… Vous… euh… vous voulez peut-être que je vous aide?
– Oui. Rappelez plus tard. CLAC!

Non mais!!! Notez que c’est rare qu’ils demandent s’ils dérangent. Ils ne le demandent jamais, en fait. On peut être en train de souper, s’en foutent, eux, z’ont une carte de crédit à nous vendre et c’est tout ce qui compte.

Exemple :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Bonjour! Mon nom est Gnawanadi Grmzl (ça ressemble toujours à ça), j’appelle pour vous informer qu’il serait temps de changer l’eau de votre piscine!
– Êtes-vous sérieux, là?
– Absolument, monsieur. Voici pourquoi notre compagnie vous offre blablabla blabla. Nous pouvons même envoyer un technicien à domicile si vous le désirez.
– Absolument! Envoyez-le tout de suite.
– Excellent, monsieur. Votre adresse est bien le **** boulevard ***-**?
– Oui. Il y a juste un petit détail.
– Oui?
– JE N’AI PAS DE PISCINE! CLAC!

C’est pas croyable, non? Quand ce n’est pas pour un système d’alarme, ou bien du nettoyage de tapis. Mais mes préférés sont les vendeurs de portes et fenêtres. Faudrait que je leur demande une bonne fois, s’ils ne pourraient pas installer une fenêtre sur mon plancher, directement au-dessus de la chambre à coucher de la voisine, juste pour entendre leur ébahissement…

Exemple :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Bonjour monsieur. Ça va bien, oui? Bon! J’appelle de la part de la Banque ********. Nous voulons vous rappeler que nous pouvons augmenter votre crédit blablabla un emprunt blablabla de l’argent blablabla.
– Pas intéressé.
– Ah bon? C’est parce que c’est un pensez-y bien, monsieur. Vous pourriez, par exemple, l’investir sur votre voiture.
– En ai pas.
– Sur votre piscine.
– En ai pas.
– Sur votre maison.
– En ai pas. Tout comme de la patience. CLAC!

Parce que parfois, ils sont vraiment motivés. De temps à autre, je tombe sur une joyeuse luronne qui a décidé que ce coup-là, personne ne l’interromprait, alors elle parle, elle parle. Et puis au beau milieu d’une phrase catapultée à toute vitesse (et on sent qu’elle commence à chercher sa respiration), sans avertissement : « CLAC! »

Exemple :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Oui bonjour, je voudrais parler à Mme *********, s’il-vous-plaît.
– Elle n’est pas ici en ce moment.
– Ah bon? Ce soir, elle sera là?
– Non.
– Demain, peut-être?
– Non.
– Mardi?
– Non.
– Pourrais-je savoir à quel moment la rappeler?
– Non.
– Euh… Oui bonjour, je voudrais parler à Mme *********. C’est possible?
– Non.
– Pourquoi?
– Elle est partie faire le tour du monde!
– Euh…?
– CLAC!

Parfois, ils sont vraiment trop idiots. Posent des questions insensées et se surprennent des réponses qu’on leur sert.

Exemple :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Bonjour, je voudrais parler à Mme *********, svp.
– Elle est absente en ce moment. Puis-je prendre le message?
– Vous êtes son conjoint?
– Non, sa conjointe.
– … … Euh… Ah… euh…
– CLAC!

Ou sa variation :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Mme *********?
– Elle n’est pas disponible en ce moment.
– Vous êtes son conjoint?
– Oui. Vous êtes son amant? Je vous avertis, je suis un fou jaloux et violent.
– Euh…
– CLAC!

Mais déjà que ces appels ont le don de me mettre en furie, les pires sont celles qui trouvent judicieux d’argumenter.

Exemple :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Oui bonjour, j’appelle de la part de gnagnagna Inc.
– Pas intéressé!
– Mais monsieur, vous ne m’avez même pas écoutée!
– Pas besoin!
– Monsieur, vous êtes impoli!
– Pardon?!?
– Je l’ai dit, et je le pense. Vous n’êtes pas courtois, monsieur.
– Ah bon?!? Et vous, vous êtes courtoise, j’imagine?
– Parfaitement, monsieur!
– Ah je vois, c’est un appel de courtoisie!
– Parfaitement, monsieur.
– Eh bien vous saurez madame que la vraie courtoisie, la plus pure politesse, ce serait de ne PAS appeler et de déranger les gens. CLAC!

Dans certains cas, je reste près du téléphone, presque convaincu qu’ils ou elles vont rappeler. Par chance, ce n’est pas encore arrivé, mais je tomberais peut-être un jour sur ce zélé qui croit que le client au bout du fil va finir par tomber sous son charme ou plutôt son hypnose.

Reste qu’avec certains d’entre eux, on peut parfois se permettre de déconner un peu.

Exemple :

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Oui bonjour monsieur, j’appelle de la part des services financiers de la Banque Gnagnagnale.
– Bravo.
– Euh… Oui, merci. Et nous voudrions savoir si vous êtes satisfait de votre conseiller financier?
– Satisfait de mon conseiller financier?
– Oui? L’êtes-vous?
– Si je le suis?
– Oui?
– Tu parles, Charles! Mon conseiller financier ne m’a jamais autant satisfait!
– Ah bon?
– Un peu, mon neveu, et pour cause : il tond mon gazon, il cuisine les vendredis, il a refait le toit, il bat les tapis et le chien du voisin, il se rase à ma place, il me prête sa voiture, sa femme et ses enfants, vous voyez que je ne pourrais pas être plus satisfait!
– Ah oui, hehe, en effet.
– Et c’est pas tout. L’autre jour, quand le monsieur qui faisait du porte à porte s’est malencontreusement coincé le couteau de cuisine que je tenais entre ses omoplates, c’est mon conseiller financier lui-même qui a découpé le corps et qui l’a expédié aux quatre coins de la forêt boréale! Dis-moi donc, c’est-y votre Banque Gnagnagnale qui a des bons conseillers de même?
– Euh…
– CLAC!

J’en viens à espérer qu’à force d’entendre de telles sornettes, ils finiront par rayer notre numéro de leur liste. Mais il n’y a vraiment rien à faire. Quatre jours plus tard, on reçoit un appel de la même compagnie. Rarement, mais c’est arrivé, de la même personne!

– Allô?… Allô?…. ALLÔ?!?
– Oui bonjour, j’appelle de la part de…
– Encore?
– Pardon?
– Vous avez appelé ici-même avant-hier.
– Non, je ne crois pas.
– Ah bon? Vous appelez bien de la part de Gnagnagna & Co.?
– Euh… oui.
– Et vous voulez me vendre blablablablabla?
– Euh… oui, mais je doute que ce soit moi qui vous ai appelé.
– Ah? Eh bien moi je n’en doute pas. Je reconnais votre voix. Ne reconnaissez-vous pas la mienne?
– Eh bien, c’est-à-dire que… euh…
– Mais dis, tu reconnaîtras au moins ceci? CLAC!

Il faudra bien, un jour, que j’utilise LA méthode par excellence, vue dans un épisode de Seinfeld, vraiment géniale. Je la traduis librement ici, en espérant un jour avoir le flash de m’en servir face à l’un de ces agents de courtoisie qui n’ont de courtois que le nom.

– Allô?
– Bonjour, monsieur. Je vous appelle de la part de blablablablabla. Nous voudrions savoir si vous êtes intéressés par nos blablablablablablablas.
– Ah, vous tombez mal, j’allais sortir. Donnez-moi votre numéro personnel, et quand je serai revenu, je vous rappellerai.
– Mon numéro personnel?
– Oui, à la maison.
– Euh… Non, je ne pense pas.
– Ah! Voilà. Maintenant, vous savez comment je me sens! CLAC!

CLAC!!!