Eh oui, le titre dit tout… ou presque! J’ai bel et bien été victime d’une attaque au poivre, ça, on ne peut pas le nier… une attaque au poivre!

Hein? Quoi? Comment?

Oui oui, vous avez bien lu : de poivre! On est venu m’asperger de poivre jusque dans le confort de mon appartement! Jusque dans l’intimité de ma cuisine. Et même, oui même : en plein pendant le souper! Faut-y pas avoir honte?

Bon, j’exagère un tantinet, parce que l’attaque de poivre, si elle demeure authentique, en était en fait une de… poivre blanc! Achtung!

La personne qui doit plaider coupable de ce curieux délit est la même qui a préparé le repas : ma tendre et douce moitié! Elle avait pourtant été avertie, par cette chaleur (il faisait 27 degrés Celsius, rappelons-le), de peut-être considérer ajouter du yogourt nature à la sauce « Madras » qu’allait contenir le plat végétarien qui promettait d’ailleurs d’être succulent, comme le sont si souvent les plats cuisinés ici. Pour ceux qui l’ignorent, le terme « Madras » provient de la cuisine indienne : bœuf madras, poulet madras, etc., et dans notre cas précis, un mijoté indien de lentilles et de tofu aux carottes. La recette offrait l’option de choisir une sauce indienne de notre choix. L’éventail était donc large, mais le choix réel plutôt limité puisque nous n’avions sous la main que l’excellente sauce Madras. Excellente, mais particulièrement piquante… Et quelques expériences passées nous ont appris qu’il faut faire un peu plus attention au mélange « piquant » (au niveau de la bouffe) et « chaleur intense » (au niveau de la température extérieure).

Parmi son lot d’ingrédients intéressants, le mijoté indien nécessitait une certaine quantité de poivre blanc. Une bonne nouvelle en soi puisque nous adorons les poivres divers. Par exemple, j’ai improvisé un mélange de poivres plus tôt cette semaine pour agrémenter notre poutine maison (légumes et chorizo!) en ajoutant un peu de poivre rouge, poivre vert, poivre du Sichuan et poivre de Tasmanie. Le résultat a été au-delà de mes attentes, les poivres venant se mêler parfaitement aux morceaux de brocoli et aux autres légumes ainsi qu’à la sauce (mais personnellement, j’en mets très peu, ayant toujours trouvé que c’était là le point faible de la recette de la poutine). Ma blonde a paru apprécier autant que moi l’expérience. Au point où elle a peut-être voulu y aller un peu trop fort avec le poivre blanc…

Je suis le « mouleur » officiel de la maison, c’est-à-dire que chaque fois qu’il faut moudre des épices, c’est moi qui m’en charge. C’est pour moi le summum en cuisine puisque cela m’apporte un incroyable lot d’odeurs dépendant des ingrédients à moudre, qui sont pour la plupart extrêmement agréables à sentir et qui mettent en appétit mieux que tout le reste. Humer l’odeur de mes quatre poivres sélectionnés à l’aveugle pour la poutine de l’autre soir, par exemple, était une expérience sensorielle d’un très haut niveau puisqu’il s’est dégagé de l’ensemble une odeur que mes narines n’avaient jamais pu sentir auparavant, et c’était d’autant plus agréable qu’il s’agissait d’un mélange que j’avais personnellement crée sous le coup de l’impulsion du moment.

Cela n’a donc pas été différent ce soir lorsqu’est venu le temps de moudre le poivre blanc nécessaire au mijoté indien. Mais comme je ne me chargeais que de cette portion de la préparation du repas, je n’ai pas eu à questionner la quantité que j’ai aperçue au fond du mortier, croyant de toute façon que ma blonde respectait les quantités au milligramme près. Oh, en temps normal j’aurais peut-être pensé à exprimer un doute du genre « N’est-ce pas là une forte quantité pour un plat qui sera déjà piquant à l’avance? », mais voilà, j’étais déjà occupé à multi-tâcher de choses et d’autres : en conversation téléphonique avec un ami, sur Messenger avec un autre, quelques fenêtres ouvertes à l’ordinateur plus de la musique dans les écouteurs, ça commençait à faire beaucoup, même pour quelqu’un comme moi qui est plutôt habile pour faire plusieurs choses en même temps. Ce qui fait que je ne me suis concentré qu’à moudre le poivre blanc, trop préoccupé par ceci et cela pour me demander s’il n’aurait pas mieux valu revoir la quantité à la baisse…

Les odeurs globales qui émanaient de la cuisine étaient de toute façon trop appétissantes pour remettre quoi que ce soit en question. Comment croire qu’un truc sentant aussi bon puisse ne pas goûter ce qu’il sent? Enfin…

Ma blonde a été la première à goûter, et elle a immédiatement affiché un air de surprise. « C’est piquant? », ai-je demandé, avant d’ajouter « Ça doit être la sauce, on savait qu’elle était piquante à souhait… ». Au moment où je m’apprêtais à prendre une première bouchée, elle a répliqué : « Non… je crois que c’est le poivre… »

Tonnerre!!!

Une seule bouchée, une seule, m’a suffit pour passer près de m’étouffer.

Fort?

Fort.

Pas fort comme certains plats indiens très pimentés que j’ai déjà expérimentés. Rien du genre à faire fondre des dents, comme on peut parfois avoir l’impression en goûtant un truc aussi fort que de la dynamite.

Non, pas fort dans ce sens-là. Mais fort quand même. Fort en bouche! Fort en gorge! Fort en gueule!

Déjà que le plat était piquant à cause de la sauce Madras, voilà qu’il était… comment dire? Relevé? Euphémisme. Explosif? Euphémisme. Trop intense? Euphémisme et encore euphémisme!

J’ai essayé de parler immédiatement après pris ma première bouchée : ma voix n’a failli pas sortir! Ce truc s’attaquait directement aux cordes vocales! D’ailleurs, après quelques bouchées de plus, je me suis mis à parler comme Granpa Simpson version anglaise. Ma voix s’éteignait au fur et à mesure que j’avalais le fameux repas!

Ce n’était pas pourtant comme si j’avais eu un incendie en bouche, une sensation qu’il m’est arrivé fréquemment de ressentir, spécialement dans les restos indiens quand il me prend l’envie de brutaliser mes papilles gustatives avec un plat si épicé que le serveur m’avertit que personne n’arrive généralement à terminer le plat… Non, cette fois, c’était différent : rien ne brulait dans ma bouche, et pourtant il y avait quand même quelque chose de pas normal qui se passait. Ma langue n’était pas engourdie comme cela peut arriver certaines fois. Je ne pleurais pas non plus. Mais je rêvais d’avaler une tonne de yogourt au plus vite. Et j’avais beau avoir devant moi un verre de jus et un café glacé, je n’arrivais pas à éteindre ce drôle d’incendie sans feu qui me raclait le fond de la gorge.

Rapidement, ma blonde a mis à notre disposition le pot de yogourt nature et nous nous en sommes servis allègrement. Il en a fallu 3-4 bonnes cuillerées pour que le plat finisse par perdre un peu de ce goût TROP POIVRÉ. D’ailleurs, à la question « Combien tu en as mis?!? », la réponse « Je suis allée au pif… » n’a fait que confirmer le fait que ça ne prend parfois pas grand-chose pour faire déraper une recette. Dans notre cas, la sauce Madras goûtait ce qu’elle devait goûter, mais quelque chose a semblé décupler le pouvoir du poivre, peut-être la sauce elle-même ou alors peut-être même le tofu, allez savoir…

Une excellente recette, je vous le jure. Mais avec juste un peu trop de poivre. La recette disait-elle « une pincée »? J’espère que non, parce que j’en ai moulu… une poignée! Quelque chose comme 4 fois trop ou une proportion du genre. Et qui aura laissé ses marques dans nos bouches. Si nous n’avions eu ni yogourt nature (ou crème sure) pour tempérer cette explosion poivrée, il est fort probable que nous n’aurions pas terminé nos portions…

Mais j’insiste : c’était réellement délicieux… réellement! Ça m’aurait fait parler comme le grand-père Simpson pendant quelques minutes, ce qui m’a permis une fidèle imitation (« Maaaaaaaaaaaaatlock ») qui était d’un tout autre registre que celle que je fais à l’occasion de ce cher vieux Krusty à qui je ressemble parfois au réveil…