Depuis aussi loin que je me souvienne, on nous abreuve d’études diverses qui démontrent absolument tout ce que peuvent prouver des sommités en la matière… absolument tout ainsi que son contraire!

Je pense surtout à toutes ces études qui prouvent que tel ou tel aliment est néfaste ou ne l’est pas, que tel autre est la cause de certaines maladies puis ne l’est plus, et dont les résultats sortent régulièrement dans l’un ou l’autre des nombreux médias qui nous entourent. Or, il suffit qu’une étude vienne affirmer que le café, par exemple, est excellent pour la santé pour qu’une autre étude dévoile six mois plus tard des résultats totalement contradictoires. La chose est à ce point fréquente que j’ai cessé depuis longtemps de prendre au sérieux la moindre de ces études car je les ai à peu près toutes entendues. Certaines études ne se gênent même pas pour tomber dans le grotesque en affirmant des trucs aussi insensés que « manger 4 litres de crème glacée par jour améliore la qualité du sperme » ou le tout aussi absurde « consommer de la malbouffe tous les jours fait maigrir ». On finit par se douter que ceux qui ont commandité certaines de ces études en ont aussi commandé les résultats.

On en entend donc de toutes les couleurs, et ce, à toutes les semaines, que ce soit aux nouvelles télévisées ou dans un article quelconque sur le web. À peu près toutes les choses qui sortent concernant ces « découvertes » sont à prendre avec un grain de sel… surtout celles qui nous racontent que consommer beaucoup de sel ne peut être que positif.

Yahoo!, dans un autre de ses multiples « articles » tirés d’autres sites et résumés en une poignées de lignes, cite un site qui affirme que les épices sont bonnes pour la santé. Ah ça, je veux bien! Mais encore faudrait-il nous annoncer quelque chose que l’on ne savait pas déjà. Certaines vertus des épices sont connues depuis bien avant que l’Amérique soit découverte par un certain Christophe C. La diététiste que je consultais ne m’interdisait aucune épice et recommandait même leur consommation régulière, mais elle n’a pas eu à pousser fort pour me convaincre, étant vendu d’avance aux épices. Par contre, je le suis moins aux niaiseries en tout genre que l’on retrouve un peu partout, comme dans cet article de Yahoo!

En 12 lignes et des poussières, l’article donne quelques exemples dont plusieurs me font franchement rigoler. Ainsi, prenons par exemple la vanille « dont l’odeur coupe la faim ». Ah bon? Ils tiennent ça de qui? C’est que, personnellement, deux odeurs m’ouvrent la faim plus que toutes les autres: l’ail et la vanille. Si une odeur d’ail pénètre mes narines, surtout à un moment où je n’avais pas particulièrement faim, alors je deviens aussitôt affamé. Si j’avais déjà faim au moment de sentir l’odeur de l’ail, je n’en ai que plus faim! Et la vanille? Elle me fait le même effet, à la différence que ce sera pour du sucré. L’action de la vanille sur moi est si puissante que je peux simplement sentir l’odeur provenant d’une chandelle à la vanille et aussitôt une urgente envie de sucré s’empare de moi. Je connais cet effet de la vanille sur ma personne depuis de longues années déjà, tout comme l’ail. De lire que l’odeur de la vanille sert de coupe-faim me fait sérieusement bidonner.

Plus loin, l’article suggère que le gingembre soulage l’arthrite. Vraiment? Je suis un consommateur régulier de gingembre, et pourtant, je souffre d’arthrite depuis… mes 21 ans! En souffrirais-je plus si j’en consommais moins? Je l’ignore. La prochaine fois que je ressentirai la douleur déplaisante de l’arthrite, j’irai croquer dans un gros morceau de gingembre frais.

Enfin, le superficiel torchon de Yahoo! rappelle que les repas épicés ralentissent le vieillissement. Alors là je me gondole! Je n’ai pas toujours mangé épicé, mais je le fais de façon très régulière (et parfois très très épicée…) depuis une bonne douzaine d’années. Néanmoins, quand j’avais 19 ans, un collègue de travail qui s’amusait à deviner l’âge de ses voisins de table avait éclaté de rire en affirmant haut et fort qu’il ne se trompait pas en disant que j’avais entre 20 et 40 ans. Hélas pour lui (ou pour moi?), j’en avais 19. Il a fallu que je lui sorte toutes mes cartes pour lui prouver la chose et il n’en a même pas perdu son air ahuri tant il lui semblait invraisemblable que j’aie à ce moment l’âge que je prétendais avoir. Cela m’a évidemment suivi. Exactement dix ans plus tard, ceux d’entre vous qui savent mieux compter qu’une couche de bébé pleine auront compris que j’avais alors 29 ans, un médecin a refusé de croire l’âge inscrit devant lui dans mon dossier. « Montrez-moi vos cartes. Plusieurs cartes ». Il les a alors examinées comme s’il s’attendait à voir des différences dans le nom ou la date de naissance de certaines cartes. Déçu, il a livré le fond de sa pensée. « J’ai vraiment de la difficulté à le croire, monsieur. Je vous donne au moins 40 ans. Au moins. » Qu’en aurait-il été si je n’avais pas mangé épicé? Il m’aurait donné 60 ans? Et puis il y a cette tante qui vivait chez nous pendant de longues années. Elle, c’est le phénomène contraire: elle n’a jamais fait son âge, mais alors là jamais. Si souvent, j’ai vu des gens absolument s’étouffer d’ahurissement en apprenant son âge véritable. Je me souviens très bien, lorsqu’elle avait 47 ans, que de jeunes hommes la regardaient les yeux ronds et lui assuraient qu’ils ne lui en donnaient pas plus de 29. Exagéraient-ils? Du tout: il en était toujours ainsi avec elle. Le plus comique, c’est qu’elle ne mangeait absolument pas épicé! Du sel, du poivre (et encore…), point! Et comme c’était souvent elle qui faisait à manger à la maison, les épices étaient littéralement bannies, sinon peut-être la cannelle dans le dessert, et encore, je me demande… En tout cas, je suis totalement certain de ne pas avoir consommé de gingembre, de curcuma, de cari et même d’ail avant d’avoir quitté la maison, sinon au restaurant, et même là, puisque nous allions toujours au même (le St-Hubert d’il y a 25 ans, fade avec son menu fait soit de poulet, soit de côtes levées), mes rencontres avec les épices en tout genre devaient être plutôt limitées.

La finale de l’article sert vraiment à me taper sur les cuisses. « L’ail, par exemple, aide à ralentir le déclin de la mémoire ». Vous m’en direz tant! J’adore l’ail à un point tel qu’un de ces jours, je franchirai le pas et j’en mettrai sur mes toasts! J’en consomme presque tous les jours. Quand une recette demande une gousse d’ail, j’en mets au moins trois et quand elle en requiert trois, j’en mets plutôt six ou sept. Et pourtant, je sens depuis longtemps que ma mémoire décline. J’ai peine à me rappeler ce que j’ai fait la veille, le film que j’ai visionné, etc. En vieillissant, cela empire, évidemment. Plus jeune, je n’écrivais aucun numéro de téléphone ou alors une fois seulement parce qu’ils restaient tous imprimés dans ma mémoire. Aujourd’hui, non seulement me dois-je d’écrire tous les numéros, mais même ceux que j’utilise le plus fréquemment ne restent pas inscrits dans ma mémoire. Je dois chaque fois retrouver l’un des nombreux papiers où je les ai notés. Or, on prétend que l’ail aide à ralentir le déclin de la mémoire. Il n’y avait pas que ma tante qui vivait chez nous dans mon jeune temps, il y avait aussi sa mère, ma grand-mère, qui détestait l’ail plus que tout au monde. Elle a vécu jusqu’à 86, non seulement en ayant l’air elle aussi beaucoup plus jeune que son âge (et elle ne mangeait absolument pas épicé) mais en faisant preuve d’une mémoire exceptionnelle. S’il lui arrivait de mélanger les noms de ceux à qui elle s’adressait (chose que je fais moi-même de plus en plus), jamais elle ne montrait les signes d’une mémoire défaillante. La chose eut été normale pour une personne de son âge, mais ce n’était tout simplement pas le cas. Et pourtant, elle détestait l’ail au plus haut point, ce qui a fait en sorte que pendant des années, l’ail a pour moi été un truc vague, j’aurais été incapable de dire à quoi cela ressemblait puisque ça ne rentrait tout simplement pas à la maison. L’ail était banni! Il suffisait que ma grand-mère sente l’haleine d’un homme ayant consommé de l’ail à 20 pieds de distance pour gâcher sa soirée. Il va donc sans dire qu’elle n’en mangeait pas elle-même. Mais elle n’a pas eu pour autant une mémoire déclinante, comme l’article le suggère.

Comme quoi, les études… Si au moins un média avait le courage d’en commander une, à la fin de laquelle on apprendrait qu’une étude a prouvé que les études ne valent rien! Comme les sondages! Mais ça, c’est un autre sujet…