Dans un peu plus d’une semaine s’achèvera l’exposition Au Pays des Merveilles: Les Aventures surréalistes des femmes artistes au Mexique et aux États-Unis présentée au Musée National des Beaux-Arts du Québec. Cette exposition montre la contribution des femmes au mouvement surréaliste, plus particulièrement aux États-Unis et au Mexique.

Si la majorité des gens peuvent relier un Salvador Dali, un Juan Miro ou un René Magritte au mouvement surréaliste en peinture, très peu seront capables de nommer quelques artistes féminines ayant pourtant appartenu au même mouvement (qui plus est, à la même époque). Sans doute, comme moi, seront-ils en mesure de nommer Frida Kahlo et dans bon nombre de cas, ce sera grâce au film qui lui a été consacré en 2002. Or, la peintre mexicaine est loin d’être la seule artiste féminine à avoir appartenu au mouvement surréaliste. L’exposition du Musée des Beaux-Arts à Québec présente près de 180 œuvres dont une infime minorité est signée Frida Kahlo.

En commençant ma visite de l’exposition, Kahlo était la seule du lot que j’aurais pu nommer. Deux heures plus tard, j’avais touché à l’univers de plusieurs autres dont les noms m’apparaissaient pour la première fois. Pourtant, certaines d’entre elles ont été des artistes majeures du siècle dernier. Je pense notamment, outre Frida Kahlo, à Louise Bourgeois et Dorothy Tanning pour ne nommer que celles-là. Mais Jacqueline Lamba (muse d’André Breton), Lee Miller (photographe et égérie de Man Ray), Remedios Varo, Rosa Rolanda, Ruth Bernhard ou Helen Lundeberg sont autant d’artistes dont les différentes œuvres n’ont pas manqué de laisser leur impression. Était-ce une de ces expositions dont on sort déçu parce qu’au final, on n’aura vu qu’un ou deux tableaux qui valaient vraiment la peine? Bien au contraire. À lui seul, un tableau de Frida Kahlo figurant sa vision personnelle de la ville de New York valait amplement le prix d’entrée. Anniversaire, de Dorothy Tanning, me donnait quant à lui l’impression d’être dans un tableau à mi-chemin entre Dali et Magritte avec ses portes à l’infini et sa créature ailée et poilue qui l’habite. D’ailleurs, à de nombreuses reprises j’ai cru voir l’ombre d’une influence, souvent celle de Dali, dans l’un ou l’autre des tableaux de l’exposition. Ce ne serait que normal, étant donné l’importance majeure du peintre espagnol dans l’art du XXe siècle.

Néanmoins, l’exposition m’a empli de questions auxquelles je n’ai pas trouvé toutes les réponses. L’une de celles-ci m’apparut rapidement à l’esprit: mais pourquoi diantre n’avons-nous jamais entendu parler de ces femmes et de leur contribution artistique? Certes, la peinture n’occupe pas une place de choix dans les médias, pas comme peuvent en occuper la musique et le cinéma, par exemple. Il n’empêche, jamais auparavant je n’avais vu ou entendu parler de ces femmes, que ce soit dans les nombreux livres sur l’art que l’on possède ici, ou encore dans les différentes expositions auxquelles j’ai assisté avant celle-ci et encore moins dans les deux cours sur l’Histoire de l’art que j’ai pu suivre au Cégep. Ces cours avaient beau être un survol de l’histoire de l’art à partir de la grotte de Lascaux jusqu’à nos jours, il n’en reste pas moins qu’il a beaucoup plus été question des peintres les plus importants et populaires comme Picasso, Velazquez, Dali et plusieurs autres. Mais ne pouvait-il pas y avoir un seul petit cours consacré à la place des femmes dans la peinture? J’imagine que dans des cours plus complets, on doit s’y attarder un peu plus en détail. Reste que, pour quelqu’un qui s’intéresse passablement à la peinture et plus particulièrement à la peinture surréaliste que j’adore, je trouvais très perturbant de découvrir qu’il était possible d’ignorer autant d’œuvres et d’artistes importantes. C’était presque comme si elles n’avaient été connues que par les experts les plus pointus en la matière. Presque.

Mais la question qui se pointa la première dans mon crâne fut la suivante: pourquoi suis-je l’un des seuls hommes à cette exposition? J’étais entouré de femmes, et qui plus est, de femmes de tous les âges. Il y avait là de nombreuses femmes âgées, mais également d’autres pour qui la retraite n’a point encore sonné et d’autres encore dont l’âge n’excédait pas le mien de beaucoup, sans oublier celles qui visiblement fréquentaient encore un établissement scolaire, qu’il soit secondaire, collégial ou universitaire. Bref, il y avait là beaucoup, beaucoup de femmes. C’est peut-être déjà le cas dans la plupart des expositions. Je ne serais pas surpris d’apprendre que les femmes fréquentent plus facilement et plus souvent les musées que les hommes. Mais pour être allé souvent dans différentes expositions, à différents musées, le ratio que je constatais lors de l’exposition sur les femmes surréalistes était justement surréaliste. J’ai rapidement noté la chose et me suis attardé à observer les visiteurs plus en détail. Il y avait tellement de femmes que l’on en croisait continuellement de nouvelles, mais il y avait si peu d’hommes que chaque fois que je me surprenais de voir un homme, je me rendais compte que c’en était un dont j’avais déjà remarqué la présence. Pire encore: si les femmes présentes variaient énormément en âge, il en allait tout autrement pour les hommes. Je suis à peu près certain d’avoir été, durant les deux heures passées au musée, le plus jeune des visiteurs masculins. Tous les autres étaient en général des têtes grises ou blanches, outre une ou deux exceptions d’hommes en quarantaine dont je ne fais pas encore partie. Où étaient les trentenaires? Où étaient les plus jeunes? Introuvables. Tandis que l’on croisait fréquemment de jeunes filles seules, et même parfois, comme j’ai déjà vu auparavant dans des musées, de jeunes mères seules qui montrent les œuvres d’art à leur jeune bébé. Célibataires, toutes? Sans doute pas, bien évidemment. Seulement, il faut croire qu’une exposition sur des femmes peintres dont on n’a à peu près pas entendu parler, ça n’intéressait pas messieurs leurs conjoints. Était-ce réellement le cas? J’aurais été curieux de voir l’affluence de l’exposition à d’autres heures et à d’autres journées. Mais le fait demeure que durant deux heures, j’ai à peu près croisé 20 femmes pour un homme. Un paradis pour les célibataires ou les vieux pervers, sans doute, mais personnellement, je suis plus inquiet de cette absence d’hommes dans une exposition semblable. Après tout, le surréalisme, c’est la fantaisie, les fantasmes, l’identité, la sexualité, la créativité, la mémoire et les rêves. Avoir accès à toutes ces choses mais d’un point de vue strictement féminin, c’est accéder à quelque chose qui nous échappe par défaut. Cette seule définition devrait tous nous mettre l’eau à la bouche, non? Il semble bien que j’ai été l’un des rares représentants de la gent masculine à souhaiter découvrir de tels univers. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je trouve ça d’une tristesse sans nom.

Une question en amenant une autre, j’ai fini par me demander si la société était aussi prête qu’elle le prétend à accueillir, par exemple, une femme au pouvoir. Nous le saurons très prochainement. Mais si le soir des élections, Pauline Marois ne forme pas le gouvernement – et pire encore, si elle ne forme pas non plus l’opposition officielle – il sera permis de se poser la question. Personnellement, je sais que si Marois termine troisième au scrutin, j’aurai une pensée pour toutes ces femmes peintres dont les œuvres souvent intéressantes et parfois superbes n’ont pas attiré le public masculin, et je me dirai que cette société sera prête à élire une femme le jour où une exposition sur des artistes féminines n’attirera pas 20 femmes pour un homme…

Oh, les bien-pensants nous ramèneront Kim Campbell! Et Margaret Thatcher! Et je voudrais bien leur donner raison, mais… mais encore? Campbell n’a même pas été élue: elle a hérité du poste laissé vacant par le départ de Brian Mulroney. Thatcher a bien été élue, et même réélue! Mais n’est-elle pas la seule femme à avoir occupé ce poste depuis? Du moins en Grande-Bretagne, évidemment. Combien sont-elles à être au pouvoir dans le monde? Selon un article de TF1News du 25 juillet 2012, elles sont dix-sept à être présidente ou chef de gouvernement. Ça semble beaucoup? Sur 194 états, cela ne me paraît pas énorme. C’est tout juste 8.7%. On retrouve des présidentes au Costa Rica, au Brésil, en Argentine, au Libéria, au Malawi, en Lituanie, au Kosovo et en Inde. Quant aux premières ministres, elles sont en place en Jamaïque, à Trinidad et Tobago, en Islande, au Danemark, en Allemagne, en Suisse, au Bangladesh, en Thaïlande et en Australie. Certaines d’entre elles ont même été réélues. Mais à part l’Inde où il me revient le nom d’Indira Gandhi, combien de pays peuvent prétendre avoir élu au moins deux femmes au pouvoir au cours de leur histoire? Ni le Canada, le plusse grand pays du monde, ni les États-Unis, ce prétendu berceau de la démocratie, ne peuvent se vanter de pareil exploit. Dans le cas des Zuaissas, ils cherchent encore à élire leur première présidente, et ce n’est apparemment pas pour demain…

Certes, le Canada compte quelques femmes en poste dans des gouvernements provinciaux, comme Alison Redford en Alberta, Christy Clark en Colombie-Britannique et Kathy Dunderdale à Terre-Neuve et Labrador et le Québec ajoutera peut-être bientôt la sienne. Mais si la chef du Parti Québécois devait terminer derrière les Libéraux de Jean Charest malgré leur énorme lot d’histoires de corruption et autres scandales en tout genre, malgré aussi une impopularité majeure du chef, le baveux frisé dont tout le monde ou presque semble allergique, il y aura lieu de se poser de grandes questions. Après tout, quand des journalistes féminines reçoivent, encore en 2012, des messages les pressant de retourner à leurs fourneaux au plus vite, c’est signe qu’il y a encore une bonne part d’abrutis dans ce bas monde. Ceux-là, on ne les croise sans doute pas au Musée lorsqu’on y présente une exposition d’artistes femmes, et c’est peut-être mieux ainsi, mais reste qu’ils ont quand même le droit de vote. J’aurais été curieux de voir l’allure du vote s’il n’y avait pas eu François Legault, par exemple, et que certains auraient préféré donner leur vote à Charest sur qui ils auraient dit les pires vacheries plutôt que de voter pour une femme. Or, les choses étant ce qu’elles sont, ces gens-là pourront plutôt donner leur vote à Legault. Ce sera difficile de prouver quoi que ce soit de toute façon. Mais si le PQ termine troisième, je sais que moi, je ne me gênerai pas pour les poser, ces questions-là…