Je n’y ai pas encore mis les pieds, mais j’imagine assez bien à quel point la ville de New York peut être immense. Sans doute en la voyant réaliserais-je que c’est encore beaucoup plus grand que ce à quoi je m’attendais. Mais la Grosse Pomme a beau avoir un cachet unique, ce qui s’y passe n’est rien d’exceptionnel. Tout ça se passe ailleurs. Seulement, à New York, ça prend parfois des proportions qui donnent le vertige…

Ainsi, une manifestation organisée plus tôt aujourd’hui avait pour but de protester contre les abus de la police. Tiens donc, étrange comme cela sonne familier, tout à coup. New York, Montréal, Paris, Berlin, où est la différence, par moments? Mais là où la gueule me décroche, c’est quand je lis au sujet de la mesure dénoncée, le fameux « stop-and-frisk » (« Stop et fouille) instauré à NY par le maire Michael Bloomberg. Cette loi autorise les policiers à arrêter et à détenir temporairement un individu au sujet duquel ils ont des doutes raisonnables de croire qu’il est impliqué dans un crime mais qu’ils n’ont aucune raison concrète d’arrêter. Ils procèdent donc à un bref arrêt de l’individu afin de le fouiller et de s’assurer qu’il ne cache ni arme ni matériel de contrebande. Ils peuvent également le questionner au besoin. Là où ça devient encore plus délirant, c’est quand on apprend qu’en 2011, les policiers new-yorkais ont ainsi arrêté 685 724 personnes! Ai-je bien lu? J’ai cru un instant à une erreur typographique et j’ai rapidement vérifié sur d’autres sites. Point d’erreur: 685 000 personnes ont été brièvement arrêtées et fouillées l’an passé sur le territoire de la ville de New York! Je veux bien que la ville de New York soit absolument énorme, gigantesque et même démesurément tout cela, il reste que 685 000 personnes interpellées, fouillées et questionnées, ça dépasse l’entendement! Tenez, pour vous faire une idée, ça donne rien de moins que 1878 personnes par jour!!! Même pour une cité de la taille de New York, c’est énorme! 78 personnes sont arrêtées à chaque heure! À ce rythme, en 12 ans, chaque habitant de la ville de New York aura été arrêté. Et combien l’auront été avec raison?

Car c’est là que le délire devient littéralement hallucinant. Sur l’énorme quantité de personnes interpellées en vertu de cette loi l’an dernier, 84% sont des noirs ou des Hispaniques. 84%! C’est plus de 4 sur 5. Ça représente 576 008 personnes au total. Arrêtés simplement parce qu’ils sont noirs ou latinos? Difficile de ne pas croire autrement, puisque selon le Centre pour les droits constitutionnels, qui a examiné les chiffres de la police, des activités illégales n’ont été constatées que dans 2% des cas, et des armes découvertes que dans 1% des cas. Même la police convient que plus de 80% des arrestations faites en vertu de ce programme se sont avérées complètement inutiles. Comment ne pas conclure que là-bas, comme il arrive ici aussi, la police ne fait pas preuve de profilage racial?

Je voudrais bien avoir l’impression que la police montréalaise n’a pas ce réflexe minable, mais plus souvent qu’autrement quand je les vois à l’œuvre, ils ne font que me confirmer qu’ils ont un préjugé extrêmement défavorable à l’endroit des minorités. Récemment, par exemple, un soir qu’il n’était pas très tard – avant ou autour de minuit – des bruits de voix à l’extérieur de l’appartement ont attiré mon attention. Je suis allé voir à la fenêtre: quatre véhicules de police, gyrophares allumés, étaient stationnés en toute hâte devant mon immeuble et l’immeuble voisin. Huit officiers de police étaient dispersés sur le trottoir. Une policière semblait avoir pris l’initiative de l’opération et s’adressait à un homme que je ne pouvais pas apercevoir étant donné qu’il m’était caché par l’angle du bâtiment voisin. J’entendais néanmoins sa voix mais le bruit du trafic m’empêchait de bien capter la conversation. Durant de longues minutes, cette policière s’est adressée à l’homme qu’elle enjoignait, d’un ton autoritaire et la main bien en vue sur la crosse de son arme. D’autres policiers, trois ou quatre, paraissaient un brin nerveux et caressaient soit leur matraque soit leur arme de service sans toutefois la dégainer. Les autres semblaient eux-mêmes exaspérés par ce qui se déroulait et se sont éloignés du groupe, discutant entre eux avant que deux de ceux-ci ne prennent la décision de quitter les lieux. L’homme continuait de discuter avec la policière, et lorsqu’à un moment il a tenté un geste, les policiers restants lui ont hurlé de ne pas bouger, plus nerveux que jamais, prêts à dégainer comme s’ils étaient face à Billy the Kid ou à John Dillinger. Or, le geste que l’homme avait tenté ne m’a pas échappé, puisqu’à force de se dandiner d’un pied sur l’autre il avait fini par apparaître à ma vue. Tout ce qu’il avait fait, c’était de se pencher vers sa veste qu’il souhaitait enfiler, l’air devenant plus frisquet en cette soirée de fin du mois d’août. Mais voilà, c’était un noir. Les policiers craignaient-ils qu’il fut armé? Je n’en serais pas surpris le moins du monde. Pour avoir déjà été interpellé à quinze pas de chez moi par deux zélés qui m’ont questionné pendant au moins une heure sur place, j’ai eu affaire à leurs méthodes. Quand l’un des policiers m’a demandé mes cartes d’identité, j’ai plongé la main dans ma poche pour en sortir mon portefeuille, et mon geste les a rendus si nerveux qu’ils m’ont ordonné en hurlant de remettre mes mains sur ma tête! L’un deux avait la main sur son arme et s’apprêtait à dégainer et l’autre allait se saisir de sa matraque. S’il avait fallu que je ne remette pas mes mains sur ma tête en un quart de seconde, je n’ose imaginer ce qui serait survenu. Ou bien, si j’avais été noir… Le scénario s’est répété un peu plus tard – c’était une nuit d’octobre – et le petit manteau en jeans que j’avais sur le dos ne me gardait pas au chaud. Ils m’avaient autorisé à enlever mes mains de sur ma tête, et afin de me réchauffer, j’ai voulu mettre mes mains dans les poches de mon manteau. Ces deux phénomènes, censés protéger la veuve et l’orphelin, ont à nouveau réagi en criant et en plaçant leurs mains sur leurs armes. Et ça, ce n’est qu’une partie de l’anecdote. Je passe outre les questions imbéciles, répétées cent fois, et le summum lorsqu’ils ont menacé de m’arrêter. Je leur ai ri en pleine face, après tout je me savais parfaitement innocent, mais qui sait comment cette nuit se serait terminée si deux de mes voisins et collègues de travail n’avaient pas fini par venir s’en mêler, ahuris autant que moi de voir ces flics s’acharner de la sorte avec tant d’inepties.

Mais revenons à notre homme noir debout devant l’immeuble voisin. Lui, il était entouré de six policiers (huit au départ). L’argument avec la policière s’est poursuivi quelques minutes, après quoi les prétendus défenseurs de l’ordre l’ont autorisé à enfiler sa veste. Un instant plus tard, la policière lui servait un avertissement que je n’entendis pas complètement, puis ils le laissèrent partir. L’homme ramassa son sac, s’alluma une cigarette et quitta les lieux à pied en direction nord. Il n’avait pas fait six pas encore que les six policiers étaient retournés à leurs voitures et étaient partis à grande vitesse. Que zaco?!? J’ai ainsi pu distinguer l’homme qui avait causé toute cette commotion. Sa veste en était une de travail, comme en portent les travailleurs de la construction sur les routes, afin d’être bien vus de tous, cette veste avec un gros « X » orange. À sa taille, une ceinture contenait une partie de ses outils. Dans son sac, le reste sans doute, avec son lunch et ses effets personnels. À sa démarche, on le devinait éreinté. Peut-être marchait-il depuis déjà longtemps, devant marcher encore longtemps sur le boulevard simplement parce qu’il n’avait pas d’argent pour prendre le bus ou le taxi. Pourquoi se trouvait-il dans l’entrée de l’immeuble voisin quand la police était arrivée en trombe? Peut-être simplement pour prendre une pause et s’asseoir quelques instants sur les escaliers ou sur le bloc de béton du stationnement. Tous les jours, je vois des gens prendre une telle pause. Ils marchent, seuls ou à deux, les bras chargés ou vides, des jeunes ou des vieux, et puis ils arrivent à cet endroit et décident de s’arrêter quelques minutes afin de se reposer. Après tout, on marche énormément sur ce boulevard, malgré les nombreux passages d’autobus, malgré les taxis, tout ça. Tous n’ont pas les moyens qu’ils voudraient bien avoir.

Alors, que s’est-il passé? J’imagine très bien un voisin habitant l’immeuble d’à-côté, qui regarde par sa fenêtre et qui voit cet homme – mon Dieu, un noir! – et qui l’observe quelques minutes, finissant par s’imaginer qu’il est là pour une autre de ces invasions à domicile. Il appelle la police, annonce qu’un suspect noir est devant son immeuble et qu’il lui paraît aussi louche qu’un… qu’un… bien, qu’un suspect noir puisse avoir l’air. En moins d’une minute, quatre véhicules de police sont sur place, huit policiers en sortent et vous savez la suite. Parions que le citoyen qui a alerté la police s’est félicité de son geste, même après avoir vu que la police n’avait rien à réellement lui reprocher et l’a tout simplement laisser partir. À moins, évidemment, qu’il ait été outré de voir que les policiers n’arrêtaient pas ce criminel certain et le relâche dans la nature. Hélas, j’ai omis d’écouter Claude Poirier le lendemain pour voir si mon voisin n’allait pas téléphoner de toute urgence au Batman du Dollarama

Mais il y a plus. À peu près à la même époque, et pendant plusieurs soirs consécutifs, deux jeunes sont venus faire leur numéro. J’ai pu les observer à plusieurs reprises. Ils arrivaient vers 23h00 et demeuraient dans les environs jusqu’à autour de 2h du matin. La première fois que je les ai vus, cela faisait déjà un bon moment que j’entendais du bruit. Les deux jeunes faisaient le même manège à chaque fois: ils s’installaient quelque part sur le terrain de mon immeuble, parfois le dos sur la clôture du côté, parfois sur les escaliers de l’entrée, ou même comme j’ai vu une autre fois couchés sur la pelouse devant le balcon de la voisine. Puis, ils s’activaient et parlaient fort, s’énervaient. De temps à autre, ils traversaient la rue puis allaient frapper à coups de pieds et de poings sur l’abribus. L’un des soirs, ils ont arraché une pancarte électorale et s’en sont servis de toutes sortes de façons, mais principalement pour frapper sur l’abribus. Un autre soir, ils avaient chacun un genre de ballon qu’ils s’amusaient à lancer de toutes leurs forces sur l’abribus. Ils se sont même amusés un soir à traverser le boulevard quand ce n’était pas le temps, prenant leur temps au maximum malgré les voitures qui arrivaient et se sont fait klaxonner à plusieurs reprises. Un individu en camion qui s’est arrêté à la lumière rouge leur a même adressé la parole, soit peur leur faire la morale, soit pour les menacer d’appeler la police. Quoiqu’il en soit, le ton a monté et ces deux idiots ont frappé le camion à coups de pieds lorsque ce dernier est parti. Tout ce grabuge, soir après soir, ces cris entre 23h et 2h du matin, ce jeu dangereux de traverser l’axe nord-sud le plus passant à Montréal, bref, je m’attendais à chaque instant à voir arriver la police. Or, il n’en a rien été. Ni le premier, ni le deuxième et ni le troisième soir. Chaque fois, vers 2 heures du matin, un autobus finissait par arriver duquel débarquait un troisième jeune qui était visiblement leur ami, et le trio quittait les lieux en direction d’un appartement des environs. Le scénario s’est répété trois ou quatre soirs de suite. Jamais un seul véhicule de police n’est venu. Vous ai-je précisé que ces deux jeunes étaient blancs?

Si on peut blâmer la police pour son profilage racial, il est inquiétant de constater qu’on pourrait faire la même chose pour certains citoyens. J’ai peine à croire que quelqu’un a appelé la police pour un homme noir venu se reposer quelques instants sur le terrain d’un immeuble alors qu’il ne faisait aucun son, et que ce même quelqu’un (ou d’autres) n’a pas appelé la police alors que deux jeunes faisaient toutes sortes d’idioties et énormément de bruit entre 23 heures et 2 heures du matin, et ce, pendant plusieurs soirs consécutifs. Mais voilà, à voir ce qui se passe à New York à grande échelle et ici à plus petite échelle, il ne faut pas s’en surprendre. Les noirs, les latinos, les arabes font peur, même s’ils ne font rien. Les blancs, eux, peuvent crier, frapper un abribus, se coucher sur une pelouse privée et ainsi de suite, ça, ça n’énerve personne.

Et voilà qu’à Québec, le maire Labeaume se dit victime de menaces. Il affirme avoir été ébranlé après avoir été invectivé par quatre individus à bord d’une voiture pendant qu’il marchait seul dans la rue. Ceux-ci lui auraient dit qu’ils voulaient lui « arracher la tête ». Labeaume ajoute qu’ils étaient visiblement sous l’effet de l’alcool. Du même souffle, il admet qu’il s’agit d’un événement isolé mais il a néanmoins convoqué les élus municipaux pour discuter de la sécurité à l’hôtel de ville. Pardon? Monsieur croise des ivrognes sur la voie publique qui ne font que lui lancer, probablement à cause de l’alcool, qu’ils ont le goût de lui arracher la tête, et il juge bon de rehausser la sécurité à l’hôtel de ville? Mais qu’il s’achète un chien, ce maire de mes deux (mes deux fesses et le trou au milieu), et autre chose qu’un bichon maltais! Quelle ignominieuse farce!

Bien sûr, il vient d’y avoir un attentat au Métropolis. J’en suis profondément éploré, d’autant plus que j’ai capté le tout en direct à la télévision. Mais il s’agit quand même d’autre chose, non? Un homme a planifié son acte, il s’est armé en conséquence, les choses n’ont pas tourné comme il avait prévu, mais cela, on ne le doit qu’au courage de Denis Blanchette qui a payé de sa vie l’acte planifié de l’autre bonhomme, qu’il soit fou ou non. En quoi cela peut-il être comparé par Labeaume Ier au fait de croiser quatre ivrognes qui l’ont certainement croisé par hasard? S’ils avaient réellement planifier de lui arracher la tête, ils se seraient arrangé pour ne pas le croiser par hasard. Et ils n’auraient pas été ivres. Or, Labeaume est un maire et connait conséquemment le programme instauré par son homologue de New York. Il n’ira sans doute pas jusqu’à imposer la même absurdité à sa ville de Québec, mais quand même… Et puis, il se dit encore secoué par la bousculade survenue en juin dernier à l’hôtel de ville de Québec. Un professeur du Cégep de Ste-Foy avait été arrêté après qu’un conseiller municipal s’était retrouvé au sol, prétendant avoir été bousculé par le citoyen. Or, les images avaient été captées par les caméras de télévision, et elles sont hallucinantes, puisqu’on voit très bien le conseiller se précipiter au sol afin de faire croire qu’il y a été violemment projeté.

Bousculade absurde à l\'hôtel de Ville

Et cet incident sert encore de prétexte aujourd’hui au maire Labeaume pour rehausser la sécurité autour des élus, même municipaux. Personnellement, c’est la santé mentale de certains élus qui m’inquiète. À trop se prendre, eux au sérieux et nous pour des cons, ils finissent par perdre notion de la réalité. Ils voient des complots où il n’y en a pas et nous jurent leurs grands cieux qu’il n’y en a pas là où il y en a fort probablement. Tous sont élus par le peuple, mais certains finissent par se croire les élus de Dieu. Tenez, il y en a justement un au Saguenay, et il est maire lui aussi…

Si un ou des individus ont décidé de faire la peau à des élus, même municipaux, il n’y aura pas grand chose pour les en arrêter. Il y avait un détecteur de métal à l’entrée de la mairie de la ville de San Francisco, et cela n’a pas empêché un homme d’y entrer, armé, et de tuer le maire George Moscone et le conseiller municipal Harvey Milk. Ça se passait en 1978, dans un endroit gardé et protégé. Mais le tueur est tout simplement entré par une fenêtre, évitant de devoir passer par le détecteur de l’entrée. Comme c’était un ancien superviseur municipal, sa présence sur les lieux n’a surpris personne. Deux élus en sont morts. Quand bien même on quintuplerait la sécurité autour de l’hôtel de ville de Québec, rien ne garantit une pleine sécurité. Un esprit qui décide d’un tel plan et qui le met en œuvre parvient malheureusement parfois à ses fins. Il n’y a pas toujours des policiers déjà sur les lieux par hasard (Dawson) ni une arme qui s’enraye pour éviter qu’une tuerie qui fait déjà une victime de trop (Anastasia De Sousa à Dawson et Denis Blanchette au Métropolis) n’en fasse un nombre qu’on préfère ne pas évoquer…