Voilà déjà plusieurs années que je me la posais, cette question. Depuis, en fait, que l’on demeure sur le boulevard le plus passant de Montréal. Avec tous ces camions et ces autobus, cette circulation intense même au beau milieu de la nuit. Surtout au beau milieu de la nuit! Car au lieu d’être ralentis par le trafic d’une heure de pointe qui dure ici une quinzaine d’heures quotidiennement, les camions du milieu de la nuit prennent le boulevard pour une autoroute et il n’est pas rare que l’immeuble entier soit secoué par le passage d’un seul – oui, vous avez bien lu: un seul – 18 roues filant à vive allure. Certains s’y habituent peut-être, pas moi. De sentir le plancher et les murs autour de moi vibrer, je n’arrive tout simplement pas à ne plus m’en rendre compte.

D’où ma question qui me chatouille l’esprit depuis toutes ces années: le sentirais-je?

J’ai eu ma réponse à minuit dix-neuf ce soir. Ce qui m’a d’abord paru comme un méga convoi de camions n’a pris qu’un bref instant avant de prendre sa pleine mesure et de répondre du même coup à cette sempiternelle question. Oui! La réponse était un gros oui sans équivoque. Oui, j’ai clairement senti la différence au point de comprendre qu’il y avait à 00h19 un tremblement de terre assez puissant pour faire vibrer mon immeuble pendant ce qui m’a paru près de dix secondes. J’ai interrompu mon film, enlevé mes écouteurs, couru voir à la fenêtre. Le sol tremblait encore pour deux ou trois brèves secondes. Je n’ai vu personne à l’extérieur, ce qui m’aurait permis de voir par la réaction des gens s’ils venaient de ressentir la même chose que moi. Mais ça s’activait suffisamment à l’intérieur de l’immeuble pour que je comprenne que je n’avais pas été le seul à sentir le tremblement de terre.

Ça a pris un certain temps avant d’en trouver la trace quelque part. Sur Internet, Cyberpresse a sans doute été extrêmement visité car je n’arrivais plus à y avoir accès. Canöe, sans grande surprise, n’en parlait absolument pas. À la télévision, ni RDI ni LCN n’en glissaient un mot, présentant visiblement des bulletins en rappel en rappel en rappel… C’est finalement sur Yahoo! Québec que j’ai eu confirmation qu’une secousse de 4,5 dont l’épicentre serait à Longueuil avait véritablement eue lieu à 00h19, au moment précis où je la ressentais.

Naturellement, cela n’a rien de dramatique ni de paniquant. On est loin des formidables séismes qui frappent parfois certains pays d’Amérique du Sud, la Chine ou Haïti sans oublier le Japon, champion toutes catégories du Festival du earthquake. Seulement, comme les structures s’effondrent parfois ici sans l’aide extérieure d’un séisme quelconque, normal en ce cas d’avoir quelques craintes. Notre immeuble est construit sur de la terre glaise, ce n’est pas un secret. Des viaducs s’effondrent en tout ou en partie alors que la terre ne tremble pas dans la région. Et plus près de mon appartement, le Stade Olympique a déjà perdu une immense poutre de plusieurs tonnes, un beau matin de septembre 1991, sans que rien n’ait branlé dans le coin. Tout ça, et plus encore, m’était déjà revenu en tête tandis que tout tremblait encore autour de moi.

Tout a tenu, fort heureusement. Du moins, pour l’instant. J’apprendrai peut-être à mon réveil demain matin s’il y a eu ou non des dégâts. Dans mon appartement, rien n’est tombé, ni le rack à casseroles, ni les bibliothèques surchargées et tous les cadres sont demeurés accrochés aux murs. C’est bon signe. Les nouvelles seront peut-être moins bonnes pour certaines structures comme nos ponts déjà si fragiles et notre échangeur Turcot en état de pré-décomposition avancée ou encore notre métro vieillissant. Il est vrai que 4,5 sur l’échelle de Richter, ça n’est pas grand chose, mais tout semble tellement mal construit, au Québec…