Et voilà! Le curé, pardon, l’évêque, pardon, le cardinal, pardon, l’archidiacre, pardon, le vicaire, voyons je veux dire le maire, voilà c’est ça, le maire dis-je donc, le maire Jean Tremblay de Ville Saguenay est venu dans sa soutane en apprenant que la Cour d’appel du Québec annulait le jugement du Tribunal des droits de la personne qui interdisait la prière lors des séances publiques du conseil municipal.

Quelle bonne, bonne, bonne nouvelle pour ce bienheureux croyant. Le paradis à la fin de ses jours! Mais en attendant, un peu de politique, enfin de machin catholique, ça rime et puis pourquoi différencier ces choses-là…

La conclusion de la Cour d’appel (l’appel de Dieu?) est que la récitation d’une prière au début des séances publiques du conseil municipal de Saguenay ne compromet pas la neutralité de la ville. Allons donc! Merci bien, ô grands sages parmi les plus sages. Qu’il est bon de faire un pas par en-avant pour ensuite en faire trois par en-arrière!

Le maire Tremblay pourra donc à nouveau demander au bon Dieu d’éclairer le conseil municipal et de guider les élus afin qu’ils prennent les meilleures décisions par la suite. C’est sans doute ce qu’il manque à Montréal depuis trop longtemps: des bandits croyants, qui arnaquent la population mais qui le font avec la bénédiction divine. Hélas pour nous, pauvres Montréalais, notre maire Tremblay ne priait pas suffisamment, et nous en paierons le prix encore longtemps.

Parlant de prix, l’apôtre du Bleuet et de la Grosse Bière réunis ne s’est pas gêné pour faire appel – non pas au bon Dieu, mais à ses fidèles suivants – pour l’aider à livrer cette longue bataille en Cour. Il a recueilli pas moins de 180 000$ pour assurer la défense de son divin dossier et chaque sou de cette manne presque tombée du ciel a été dépensé. À ce prix-là, j’espère que les bons citoyens de Saguenay iront prier avec lui, formant chorale, gospel et tiens, pourquoi pas, une bonne vieille procession de la Fête-Dieu avec Jean Tremblay dans le rôle du Saint-Esprit…

Mais certainement pas de l’esprit sain!

Quel dommage que je ne puisse pas assister au prochain conseil municipal de Saguenay pour voir par moi-même ce moment historique – pour reprendre les paroles du Maire-cantile – et pour joindre mes prières aux siennes.

Comment, moi? Prier?

Bien sûr!

Jean Tremblay m’a ouvert les yeux. Le cœur. L’esprit. L’anus. Tout, je vous dis. Surtout l’anus.

Fini l’athéisme. Il est venu le temps des Cathédrales! Et je veux que la mienne soit l’Hôtel de Ville de Saguenay.

Gloire, gloire à Crépitus!

Qui?

Crépitus! Dans la Rome antique, Crépitus aurait été le dieu des pets, gaz et autres flatulences! Voltaire, Beaudelaire et Flaubert le citent dans chacun une œuvre ainsi que dans plusieurs autres œuvres littéraires françaises.

Voilà donc mon nouveau Dieu! Crépitus! Et Jean Tremblay en est certainement un digne représentant car chaque fois que je l’entends, j’ai des remous dans les intestins. Cela me suffit amplement à m’autoriser à aller dans son lieu de culte qu’il appelle Hôtel de Ville et à prier en même temps que lui, quelques prières légèrement différentes.

Notre Pet, qui êtes coincé
Que ton gaz soit expulsé
Que ton odeur vienne
Que ta flatulence soit faite
Sur la terre comme au ciel
Donne-nous aujourd’hui notre pet de ce jour
Ordonne-nous nos flatulences
Comme nous flatulons aussi à ceux qui ont flatulé
Et soumets-nous à la tentation
Ne nous délivre pas du Prout.

Au nom du Pet, et du Prout, et du Saint-Pois-Chiche

Ah merde.
Ou encore le fameux Je vous salue, Marie, pleine de gaz

L’idéal serait que ma nouvelle religion me vaille quelques suivants. Je lance l’idée comme ça… disons plutôt que je la pète. Les voies de Crépitus sont multiples, sa bible ne se lit pas mais elle s’entend et surtout, elle se sent…

Compliqué, vous dites? Que nenni. Allez, je vous l’explique en vrac. Comme une pétarade!

Dorénavant, on pourra péter comme une Madeleine, et être comme saint Thomas signifiera ne croire que ce que l’on sent. On réinventera les sept pétés capitaux et le baiser de Judas se donnera avec les fesses. Chacun devra posséder un chapepet. Nous serons autorisés à dire Femmes molles à la fesse. Nous trouverons un Ancien et un Nouveau Petament. On comprendra finalement comment Jésus est monté au ciel (les miracles du gaz). Le pape pourra faire des bulles mais seulement dans le bain. Les apôtres du pet iront propager la bonne odeur. L’enseignement des principes de cette nouvelle religion sera la petéchèse. N’y aura ni conclave ni concile: seulement une conpète. Chacun des dix commandements ne sera formé que d’un mot: PROUT. On pourra multiplier les pets et changer l’eau en gaz. Les constipés seront les nouveaux hérésiques. L’office sera remplacé par l’orifice. Le septième dimanche après Pâques sera la Petecôte. Seules les fesses pourront opérer un schisme. Et je vous laisse imaginer ce que voudra dire être en odeur de sainteté!