La veille des élections
Il t’appelait son fiston.
Le lend’main, comme de raison
Y avait oublié ton nom.

– Félix Leclerc, Attends-moi Ti-gars

Après avoir emballé une bonne partie de la population et fait espérer un certain vent de changement avec son idée d’élections à date fixe… non, attendez, je reformule… Après avoir endormi tout le monde et fait croire qu’elle et son parti avaient peut-être autre chose que leurs propres intérêts en tête… voilà, c’est déjà mieux.

Bien que je change de poste dès l’instant qu’il est question de politique, que je ne lise aucun article s’y rapportant et que mes oreilles se bouchent dès qu’elles entendent un ou une politicienne quelconque, j’ai tout de même entendu parler de ces rumeurs d’élections à venir au niveau provincial. Élections auxquelles, bien sûr, je ne participerai pas en tant qu’électeur. J’ai jeté l’éponge aux dernières élections provinciales. Je n’avais jamais vraiment cru que mon vote changerait quoi que ce soit mais ce prétendu exercice démocratique qu’est le droit de vote m’apparaît désormais complètement illusoire et inutile. J’emmerde désormais tous les politiciens de mon cul, tous les partis de mon cul et toutes les élections de mon cul.

Cynisme? Qu’importe. Le principe même de la politique semble être celui de dire aux gens ce qu’ils veulent entendre au moment où cela compte le plus (en période électorale, donc) avant de soudainement oublier tout ce qui a été dit ou promis pour n’en faire qu’à sa tête, qu’à sa guise et qu’en fonction de ses propres intérêts. Pourquoi, de toute façon, en serait-il autrement? L’homme, avec un grand H (comme Himbécile), fonctionne déjà ainsi. Les hommes et les femmes qui se lancent en politique à quelque niveau que ce soit n’ont rien d’exceptionnel par rapport au reste du monde. Il est donc juste normal que ces humains agissent comme tel une fois arrivés en politique. Que l’on s’en surprenne m’étonne encore. Comme si, de par leur fonction, quelque chose de magique faisait automatiquement en sorte qu’ils deviennent des êtres supérieurs, dépourvus de malice et ayant uniquement pour but le bien-être de tous. Allons donc! Et quoi d’autre encore?

Cela fait un bon moment que j’ai pris la décision de ne plus jamais aller voter, que ce soit au fédéral, au provincial ou même au municipal, niveau pour lequel je n’avais jamais voté si l’on fait exception de la fois où le père d’un de mes amis a insisté pour que j’aille voter à sa place. Certains trouveraient le moyen de me dire que je délaisse donc mon pouvoir le plus démocratique. Au contraire! Je ne l’ai jamais mieux exercé qu’en refusant d’aller voter. Chacun de mes votes passés n’a absolument rien changé. Aucun de mes non-votes à venir ne changeront quoi que ce soit non plus. Je leur en fais cadeau. Qu’ils l’utilisent comme bon leur semble, en faisant voter des morts, des animaux de compagnie ou peu m’importe. Je suis même volontaire pour me faire appeler frauduleusement: que l’on m’annonce que mon bureau de vote a déménagé en Arménie, à Tombouctou ou à Edmonton! Je suis le candidat idéal pour vos appels robotisés, chers partis de mon cul. Prenez, ceci est mon bureau de vote livré pour vous!

Je n’ai peut-être que deux décennies d’expérience en matière de vote et de politique de mon cul, toujours est-il que rien n’a changé dans la forme et le fond sinon quelques insignifiants détails. Et si rien n’a changé depuis 20 ans, je suis prêt à affirmer que rien n’a changé depuis 80 ans. Oh, il y a bien sûr beaucoup plus de femmes en politique de mon cul, ça, c’est certain. Mais la plupart d’entre elles gouvernent comme les hommes et sont capables des mêmes bassesses en tout genre pour arriver à leurs fins ou à celles de leur parti de mon cul. La politique reste un jeu dont les règles n’ont à peu près pas changé depuis l’ère Duplessis et même avant. Il suffit de dire tout un paquet d’âneries, d’insister sur ce que les gens veulent entendre surtout en fonction du sujet de l’heure et de promettre tout et n’importe quoi et voilà, le tour est joué. Les gens votent, pour eux ou pour les autres, et même s’ils sont de moins en moins nombreux à voter à chaque fois, le principal est que rien n’a changé. Un parti de mon cul remplace un autre parti de mon cul, mais le fond de l’air est le même, et aux élections suivantes ou celles d’ensuite, on rechange le parti de mon cul et on recommence ou plutôt non, on continue exactement comme avant.

Un exercice démocratique? À d’autres, de grâce! Vous y croyez donc vraiment? Ah bon, je me doutais bien que vous faisiez semblant. Grand bien vous fasse si vous voterez encore. Moi, je n’ai plus cette force de faire semblant. Je décroche. Et si un jour je venais à apposer mon vote sur un bulletin quelconque, je sais d’ores et déjà que ce sera certainement pour un concours quelconque, en tant que membre du jury ou un truc de ce genre. Mais ce ne sera plus jamais pour un parti de mon cul ou l’un de ses pseudo-concurrents tout aussi de mon cul. C’est terminé! Je les emmerde tous, de façon égale, sans distinction aucune. C’est aussi ça, la démocratie.