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La maison de mes rêves

Publié dans Divers le avril 19th, 2008

Et ce n’est pas celle que l’on pourrait penser!

Depuis plusieurs mois déjà, je fais régulièrement des rêves dans lequel une seule et unique maison revient continuellement : celle des parents de mon ami Patrick. Ce n’est jamais le même rêve, le contexte général du rêve diffère continuellement, mais seule la maison ne change pas. Elle est identique à celle que j’ai connue, hormis un tout petit détail : un étage qui n’a jamais existé.

Dans chacun de ces rêves et même parfois de ces cauchemars, il n’y a que la maison qui revient à tous les coups. Ceux qui habitent mes rêves ne sont jamais vraiment les mêmes. Il y a parfois les parents de Patrick, ou sa sœur, rarement Patrick lui-même, et souvent des inconnus. Tous ces individus ne circulent que dans la maison telle que je l’ai connue, c’est-à-dire un cottage de deux étages qui est en tout point identique aux souvenirs que j’en garde. C’est ce qui me surprend le plus d’ailleurs : que cette maison se mette soudainement à revenir de façon régulière dans mes songes. Sauf que…

Sauf que l’étage « ajouté » dans mes rêves n’a jamais existé. Lors du tout premier rêve où j’ai vu cette maison, j’ai découvert un passage qui menait à un étage supérieur. Derrière une porte que je n’avais jamais vu auparavant, une salle de banquet. Il y règne une atmosphère étouffante et une impression angoissante m’envahit aussitôt que je pénètre dans la pièce. Fait étrange, j’ai déjà à ce moment l’intime conviction que les habitants de la maison ne viennent jamais ici. Cette pièce n’a pas été visitée depuis fort longtemps, et ça se sent. Dans ce premier rêve, je reste fort longtemps à l’entrée de cette salle, envahi par une angoisse d’une force impressionnante, et je n’ose absolument pas faire un pas de plus en avant. Comme c’était le père de mon ami qui m’avait envoyé chercher quelque chose en haut, je finis par ressortir de là et je redescends lui donner l’objet dont je ne me souviens même pas. Il est clair, lorsqu’il m’aperçoit, qu’il sait que j’ai vu cette pièce cachée et que j’y suis entré, mais qu’il ne veut absolument pas que j’en discute avec qui que ce soit.

Voilà en soi un rêve étrange. Plus étrange encore est le fait qu’au fil des semaines et des mois, je me retrouve fréquemment dans cette maison. Qui plus est : en toute connaissance de cause de cette pièce cachée et de son atmosphère écrasante. Chaque fois que j’ai rêvé à cette maison depuis, j’ai à un moment ou à un autre, revisité la pièce et même plus. Car il ne s’agit pas que d’une pièce. À ma seconde visite, je suis hanté par le désir d’y retourner. Je profite d’un moment où les habitants de la maison me laissent tranquille pour y grimper et entrer à nouveau dans la salle. Je suis encore saisi de cette sensation angoissante, mais cette fois, je pousse plus loin mon audace et je m’avance tranquillement dans la pièce. Au fond, une porte qui m’avait échappé la première fois. À chaque pas, je me sens à deux doigts de craquer et pourtant j’ouvre cette seconde porte. Ce que j’y trouve défie toute logique : une pièce énorme, de la taille environ d’un gymnase d’école, pouvant servir de salle de bal. Vide de toute présence humaine, mais emplie elle aussi d’une atmosphère inquiétante. Tout ce qui s’y trouve en terme d’objets et de décoration semble venir d’une autre époque. La poussière n’y est pas accumulée comme on serait en droit de s’y attendre, même s’il est clair que personne n’est venu ici depuis des lustres. Ça aussi, ça se sent. L’angoisse me torture à chaque instant, mais je me sens toujours poussé par la curiosité et je poursuis mes recherches.

Pour une troisième, quatrième, cinquième fois, je rêve à la maison de Patrick et je passe un moment à fureter encore et toujours dans ces étranges pièces. Personne dans la maison ne semble connaître cette pièce ou vouloir en parler. Je porte une attention particulière à ceux qui s’affairent au second étage, et je remarque qu’ils ne semblent même pas voir la porte qui mène à l’inquiétant endroit. Pourtant, je continue d’explorer les lieux. Pas une seule fois la sensation d’angoisse extrême ne me quitte. De fil en aiguille, de rêve en rêve, je trouve de nouvelles pièces, de nouveaux étages, et toujours la même atmosphère écrasante, la même absence de vie humaine. Mais les lieux sont loin d’être sombre et ce, malgré l’inexistence de fenêtres ou de lampes.

Éventuellement, je trouve une série de chambres à un étage. Presque toutes les portes sont ouvertes, mais je suis incapable de pénétrer dans la moindre d’entres elles. Simplement, en y jetant un œil à partir de l’entrée de la pièce, je suis pris d’un sentiment intense qui ne s’explique jamais. Lors d’un rêve particulier, j’ai même été pris de frissons et de la désagréable impression de vouloir crier, deux émotions qui étaient toujours présentes à mon réveil.

Le temps passe et je finis par oublier la maison bizarre des parents de Patrick. Mais chaque fois, je finis par la revoir en songes. Ces rêves ne sont jamais longs, rarement bavards et toujours habités par cette sourde angoisse et cette impression de visiter des lieux abandonnés depuis extrêmement longtemps.

La dernière version de cette série de rêves étranges a amené une légère variante. J’ai réussi à forcer l’ami Roger à me suivre dans les lieux, sans toutefois lui expliquer quoi que ce soit par rapport à mes expériences. Comme toujours, j’avançais d’un très lent et mal assuré. Malgré cela, Roger peinant à suivre. J’y découvrais de nouvelles pièces et y voyait de nouveaux détails, mais chaque fois en l’absence de Roger qui traînait un peu derrière. Pire : il semblait ne rien remarquer autour de lui ou du moins s’il voyait les mêmes choses que moi, il n’en discutait pas et n’en laissait rien paraître.

Que mes rêves soient habités par une maison qui n’a jamais été la mienne me laisse extrêmement perplexe. J’y suis allé souvent, bien sûr, à une certaine époque, et même si j’y ai vécu toutes sortes d’expériences, jamais je n’ai ressenti le genre de sentiments lourds d’angoisse et de trouble imprécis qui me hantent dans ces rêves sitôt que je vais dans cet étrange endroit. J’ai donc sorti un livre sur les rêves et cherché de l’information sur le Net afin de voir ce qui pourrait ressortir de cet incroyable songe à répétition.

Je ne suis pas un fanatique de l’analyse des rêves et de leurs symboles, mais dans ce cas particulier, je suis vraiment curieux de voir ce que je peux apprendre de mes recherches. Première surprise : la maison symbolise le rêveur lui-même. Quel surprenant état de fait d’être symbolisé par une maison que je n’ai connu que par l’intermédiaire d’un ami! Deuxième surprise : une maison dans un rêve est souvent un bâtiment composite, constitué de la maison de notre enfance et de notre domicile actuel. Cela a toujours été vrai lorsque je rêvais des maisons qui furent les miennes à un moment ou à un autre de ma vie, mais dans le cas de la maison de Patrick, elle est parfaitement identique si on excepte ces hallucinants étages ajoutés. Mais il m’est difficile de la considérer comme un bâtiment composé de divers lieux ayant un rapport avec moi-même, puisque tout ce que j’ai visité des étages supérieurs m’est parfaitement inconnu. Les chambres ne ressemblent à aucune chambre que je pourrais avoir vu auparavant, et chaque nouvelle pièce que je découvre reste une découverte à part entière à chaque occasion.

Plusieurs sources me donnent à peu près ceci : « La maison représente la vie du rêveur, son état d’âme à travers les événements (…) Elle est la vie du rêveur, la trame continuelle de son vécu. » Ah? Freud en aurait certainement long à dire sur mon rêve, dans ce cas.

J’ai aussi trouvé un passage relativement percutant sur le rêve récurrent. En voici quelques morceaux choisis :

« Certains rêves reviennent constamment ou n’apparaissent qu’à certaines périodes de la vie et laissent dans la mémoire un souvenir tenace. On les reçoit toujours sous la même forme avec une variante plus optimiste ou encore plus angoissante; ce sont les rêves récurrents. » Troublant, non? Ça se poursuit en affirmant que ce type de rêve met en évidence les luttes particulières et personnelles de chaque individu. Ah?

Je n’ai pu trouver le symbolisme de l’angoisse que sur un seul site : « On triomphera de ses ennemis et on se rapprochera de l’objectif de sa vie en dépit de nombreux obstacles. » Ah? Voilà qui est rassurant quand même un tout petit peu, je pense.

Mais ce qui m’a paru le plus troublant lors de mes recherches est le premier mot aperçu lorsque j’ai ouvert le livre du rêve et de ses symboles : « Marin ». Ce n’est pas que mon rêve soit officiellement peuplé de marins, mais… c’est la moitié du nom de famille de mon ami Patrick et donc, de tous les habitants de cette fameuse maison. J’ose croire que ce n’était qu’une coïncidence…

Sur ce, je vais aller essayer de rêver de fourrures. Il paraît que cela annonce un érotisme raffiné! Ça ferait changement d’une angoisse écrasante, pour une fois…

Souvenirs d’une infernale soirée d’hiver (ou d’un hiver infernal)

Publié dans Divers le avril 10th, 2008

Enfin, le plus long, le plus pénible et le plus hallucinant hiver qu’il m’ait été donné d’endurer semble tirer à sa fin. Le gazon, bien que jauni à l’extrême, s’offre à nos yeux pour la première fois depuis fort longtemps. Si les récentes années nous amenaient à la fin décembre avant de voir la neige finalement rester au sol, celui de l’hiver 2007-08 est passé dans les annales. Je n’étais pas là pour expérimenter celui de 1971 déjà qualifié par plusieurs comme celui dont on se souviendrait à tout jamais, mais pour moi, celui qui nous quitte à peine occupera désormais une place de choix dans mes souvenirs hivernaux.

Suite de l’article précédent. Québec, 8 mars. La veille a été une soirée des plus agréables dont on se souviendra longtemps. Pour des raisons différentes, ce samedi 8 mars restera gravé dans nos mémoires tout aussi longtemps. Tout d’abord, il s’agissait du huitième anniversaire de notre couple. L’occasion était d’autant plus parfaite qu’à Québec était montée la pièce Cyrano de Bergerac, une de mes préférées. La journée du vendredi s’était si merveilleusement bien déroulée qu’il était difficile de s’imaginer que ce 8 mars prendrait une autre direction. Les premiers indices tendant à prouver le contraire apparurent pourtant dès le réveil. À la télévision, il y avait une alerte météorologique de vents extrêmement violents sur la région de Québec. La cité devait s’attendre à une soirée difficile, mélange de neige, de poudrerie et de vents de 100 kilomètres à l’heure. Comme le tout ne devait commencer que vers 17h00, il nous paraissait donc possible de passer la journée à visiter le quartier avant de filer au Grand Théâtre pour y voir Cyrano.

Après un déjeuner près de l’hôtel, nous avons arpenté les rues du Vieux-Québec mais il y avait peu de choses à faire réellement. Au cœur même du Vieux-Québec, certaines rues étaient impraticables et la neige accumulée atteignait des hauteurs vertigineuses par endroits. Les cabines téléphoniques étaient à moitié enterrées et pour pouvoir les utiliser, les gens devaient grimper sur une butte de neige et téléphoner de l’extérieur des cabines puisque la neige à l’intérieur de celles-ci atteignait le niveau des téléphones! Nous avons bien eu le temps de visiter le Musée du Chocolat et quelques boutiques ici et là, mais plus le temps passait et plus le vent se levait, refroidissant la température de façon inquiétante. Une longue marche jusqu’au Château Frontenac en passant par une Grande-Allée entièrement déneigée (rue et trottoirs, du moins) s’avéra plutôt intense en raison de vent qui soufflait de plus en plus intensément. Il fut décidé qu’une visite du château emplirait bien une partie de l’après-midi, mais la prochaine visite en français était plutôt éloignée dans le temps. Après un moment de détente au Café du Château (comment relaxer en prenant 2 cafés pour la modique somme de… vingt dollars!?), nous avons décidé de retourner à l’hôtel afin de nous préparer pour la soirée au théâtre. De toute façon, les rues étaient déjà presque désertes et lorsque le vent se mettait de la partie, le froid devenait désagréable.

Tout en nous préparant pour le théâtre, nous gardions un œil sur la tempête annoncée, mais des fenêtres de notre chambre (donnant sur un angle de la cour) cela ne paraissait pas très sérieux. Mais en arrivant dans le hall de l’hôtel à 18h30, le spectacle avait de quoi inquiéter même les plus optimistes. Il neigeait extrêmement fort, et le vent poussait la neige qui semblait tomber de façon parallèle à la rue. Les rares piétons que l’on pouvait voir marcher à l’extérieur avaient de grandes difficultés à se déplacer. Même s’il ne neigeait que depuis une heure ou deux, les voitures stationnées étaient déjà recouvertes à l’extrême. La sagesse nous commandait d’appeler un taxi, bien que le théâtre pouvait être rejoint en vingt minutes comme nous l’avions fait la veille. Mais simplement d’obtenir la ligne s’avéra compliqué. Puis, la réceptionniste de l’hôtel nous avoua avoir appelé un taxi pour un homme qui était déjà dans le hall. Il était aussi silencieux qu’un tombeau de pharaon, mais son expression en disait très long sur le laps de temps qui semblait s’être écoulé depuis que son taxi avait été commandé. Malgré tout, l’heure et demie qui nous séparait du début du spectacle parut rassurante et je gardais donc espoir que nos taxis respectifs finissent par arriver. Un groupe de trois femmes arriva peu après et commanda un troisième taxi, tout en débattant à savoir si elles ne devraient pas plutôt braver la tempête à pied.

Les minutes passaient au cadran sans qu’un seul taxi n’approche de l’hôtel. À 19h00, les trois femmes décidèrent d’un commun accord de se risquer à pied. Elles furent aussitôt imitées en cela par ma blonde et moi, maintenant convaincus que le taxi n’arriverait sans doute jamais. La veille, cela nous avait pris 20 petites minutes pour nous rendre au restaurant situé juste en face du Grand Théâtre. J’estimais qu’avec la tempête, il nous en faudrait certainement le double. Déjà, sur notre petite rue Ste-Ursule, la tempête faisait rage intensément, mais dès que nous avons tourné le coin sur la rue St-Louis et ensuite sur Grande-Allée, l’ampleur de la tâche décupla d’un seul coup. Il ne s’agissait plus de marcher dans une tempête, mais de braver un vent qui envoyait les flocons sur nos corps à une telle vitesse qu’il me semblait qu’on nous lançait des billes. J’étais vraiment très bien habillé pour les circonstances, mais il n’en allait pas de même pour tout le monde, spécialement de ma blonde qui n’avait pas un manteau aussi chaud que le mien ni de cache-col pour protéger le bas de son visage contre les puissantes rafales.

Les trois femmes marchaient par moments devant nous mais se laissaient dépasser fréquemment. Les trottoirs qui étaient si bien dégagés à peine quelques heures auparavant étaient maintenant fortement enneigés, à un point tel que les trois femmes décidèrent de s’aventurer dans la rue. Je me refusai à pareille folie, étant donné que la visibilité était si nulle qu’il pouvait survenir de n’importe où un véhicule qui ne verrait rien ni personne. Je me trouvais à ouvrir le chemin, un exercice beaucoup plus difficile qu’il n’en paraît. Au bout d’à peine un ou deux (longs) coins de rue, je sentais que mon corps n’avançait que sur l’adrénaline. Déjà, je pouvais affirmer sans gêne qu’il s’agissait de la plus grosse tempête qu’il m’avait été permis d’affronter, et nous étions à peine partis de l’hôtel. Je me forçais à scruter l’horizon dans l’espoir d’y apercevoir un taxi, mais les rares qui passaient étaient occupés ou alors ils tournaient sur une autre rue avant d’arriver à notre hauteur. Je commençais à craindre d’arriver en retard pour la pièce, mais cela m’inquiétait moins que les autres scénarios catastrophes auxquels j’avais amplement le temps de penser. À un certain moment, je me mis même à croire que nous y arriverions au bout de tant d’efforts que je mourrais d’épuisement durant le spectacle. Mais je continuais d’avancer, mû par l’espoir de dénicher un taxi et par le fait que je n’aurais pas accepté de rater ma pièce fétiche pour tout l’or du monde, et donc encore moins pour une tempête, aussi gigantesque fut-elle.

Puis, la pensée que le Grand Théâtre pourrait fort bien annuler la représentation me vint à l’esprit. Il fallait donc appeler avant que de s’y rendre pour rien. Ma blonde entra dans un restaurant afin de vérifier cet important détail tandis que je demeurais dehors afin de continuer ma recherche insensée d’un taxi. J’en étais depuis un bon moment déjà rendu au point où je songeais à arrêter des gens au hasard, de leur demander de nous amener au Grand Théâtre et même de leur offrir une coquette somme d’argent pour les en remercier. Mais les véhicules en soi étaient rares dans les rues, et il était facile de comprendre que plusieurs avaient été plus sages que nous. Au moment où je commençais à désespérer par rapport aux taxis, je vis enfin au loin la lumière caractéristique de l’un d’entre eux venant dans notre direction. Pour m’assurer qu’il me verrait dans le blizzard, je me suis planté au milieu de la rue, sautant et gesticulant dans tous les sens. Il ralentit un peu, mais pas suffisamment, et à mon plus grand désarroi, il continua son chemin et tourna au coin de la rue. La scène était enrageante, d’autant plus que je l’avais vraiment vu ralentir, ce qui me donnait l’impression qu’il avait un instant songé à m’embarquer. Un bon moment passa puis une nouvelle lumière. Je recommence donc mon manège, pour me rendre compte que c’est le même que tantôt. Cette fois, il arrête complètement à ma hauteur, et avec un sens du timing parfait, ma blonde sort du restaurant et vient s’engouffrer à bord du véhicule sauveur avec moi. Tout semblait se mettre en place à la perfection, puisqu’au téléphone, elle avait eu la confirmation que le spectacle ne serait pas annulé. On demanda donc au chauffeur de nous y emmener et pour la première fois en une demie heure, on prit le temps d’observer la tempête dans son ensemble. C’est à ce moment que celle-ci m’apparut dans son inquiétante vérité. Ma blonde eut probablement la même impression, car elle me glissa à l’oreille qu’il vaudrait peut-être mieux retourner à l’hôtel. Le spectacle à l’extérieur du taxi était plus que désolant : j’avais beau me forcer, je n’arrivais pas à distinguer la rue du trottoir et je me demandais comment le chauffeur, le nez scotché au pare-brise, arrivait pour voir mieux que moi. À un moment, il entendit notre discussion et nous assura qu’il y aurait, à la sortie du théâtre, plusieurs taxis de disponibles sur les lieux. Il n’y avait donc aucune raison de s’inquiéter. Peu après, le Grand Théâtre se dressa devant nos yeux, seulement il fallut être collé sur l’immeuble pour l’apercevoir, alors que la veille, par temps parfaitement clair, il était visible d’assez loin. Ça aurait dû être une preuve supplémentaire de la force démente de la tempête, mais au lieu d’y porter trop d’attention, on prit la décision de payer notre merci en lui disant messie (ou le contraire) et l’on pénétra dans l’enceinte du Grand Théâtre.

Je vous épargne les détails concernant mon appréciation de la pièce, hormis le bref commentaire qu’il était parfois difficile de ne pas se laisser aller sur des divagations catastrophiques du genre « Y a-t-il trop de neige accumulée sur le toit? » et autres « Serons-nous capables de rentrer à l’hôtel? ». De son côté, ma blonde a passé le plus clair de son temps à angoisser sur le temps à l’extérieur mais il est vraiment impossible de la blâmer. Je me souviens avoir moi-même manqué au moins une scène complète tandis que je stressais intérieurement sur le déchaînement d’éléments hivernaux. Notre entente était donc que dès la dernière réplique, nous aurions enfilé nos manteaux et plutôt que d’applaudir à la performance des acteurs, nous filerions vers la sortie au plus vite. Sans surprise aucune, nous sommes arrivés les premiers à la sortie. Aucun taxi à l’horizon. Catastrophe à l’horizon.

Un gardien de sécurité nous assura qu’il avait appelé des taxis et que ceux-ci étaient en route. Mais au fur et à mesure que les spectateurs sortaient de la salle, aucun taxi n’apparaissait. On entreprit nous-même d’en appeler un mais la ligne était continuellement occupée. Les gens ne semblaient pas pressés de sortir et on pouvait observer un peu partout des visages aussi longs et déconfits que les nôtres. Les taxis continuaient de ne pas arriver. Je faisais de mon mieux pour rassurer ma douce que tout irait bien, mais je n’en étais absolument pas convaincu. Au bout d’un moment, un des gardiens de sécurité annonça que plus aucun taxi ne circulait dans les rues de Québec! Enfer et damnation! Les « Qu’est-ce qu’on va faire? » répétés à outrance par ma blonde commençaient à me gruger le système nerveux. Il devait bien rester à ce moment une quarantaine de personnes à l’intérieur du Grand Théâtre, dont plusieurs attendaient visiblement que quelqu’un vienne les chercher. Certains qui s’étaient aventurés à l’extérieur prirent la sage décision de revenir, tandis que d’autres feuilletaient le bottin téléphonique à la recherche du numéro d’un ami, d’un parent ou de toute autre solution qui put sembler propice à les sortir de là.

De notre côté, les solutions n’étaient pas nombreuses. Quelques employés nous suggéraient toutes sortes d’idées dont aucune ne semblait faire l’affaire. N’ayant ni amis ni parents dans la région de Québec, il nous était impossible de faire appel à qui que ce soit pour jouer les sauveurs. Si je comptais à un certain moment sur un bon samaritain pour nous offrir de nous ramener à bon port, il devint clair à compter d’un moment que la politique du chacun pour soi était de vigueur, du moins chez les spectateurs. Tous étaient pressés de rentrer chez eux. Même ceux qui attendaient du renfort familial commençaient à paniquer en disant que leur « lift » était parti de très longues minutes et qu’il restait pourtant tout à côté. Car évidemment, la tempête n’avait pas cessé une seule minute durant le spectacle. Le vent était maintenant si fort qu’il ouvrait à lui seul les portes situées aux deux extrémités du hall d’entrée. Un employé insista pour que nous appelions notre hôtel afin de voir s’ils n’enverraient pas quelque valet à notre secours, mais il n’en fut rien. Nous étions de moins en moins nombreux au sein des murs de l’immeuble et à chaque minute, un ami ou un parent quelconque arrivait et chargeait à son bord un ou deux précieux spectateurs.

On vint ensuite nous proposer de trouver un hôtel plus proche du Grand Théâtre. Quelques personnes étaient déjà au cellulaire tentant de trouver des chambres dans les établissements hôteliers du coin, mais leurs recherches n’apportaient pas grand-chose. Lorsqu’on apprit que le seul hôtel du quartier dans lequel il restait encore des chambres était le Château Laurier, ce qui ne semblait déjà pas une super solution au départ devenait une solution hors de prix. Québec fêtant son 400e anniversaire, les hôtels en profitaient allègrement pour gonfler leurs prix. Nous l’avions constaté déjà au moment où nous en cherchions un pour « booker » notre fabuleux week-end. Or donc, s’il ne restait que le Château Laurier pour accueillir des visiteurs, je n’étais même pas intéressé à savoir combien de centaines de dollars il en coûterait pour une seule nuit. Cette pseudo solution fut donc rejetée.

Plusieurs personnes se tournèrent alors vers les autobus. Il passait derrière le théâtre un autobus qui semblait faire l’affaire de la majorité des réfugiés restant, mais celui que nous aurions pu prendre était situé de l’autre côté complètement, sur Grande Allée. Un employé qui avait essayé de retourner chez lui revint et affirma que Grande Allée était impraticable. Cela devenait de pire en pire. Un gardien de sécurité nous proposa ensuite un plan qui semblait faire un peu de sens. Il s’agissait de rallier l’hôtel Loew’s situé tout près du Grand Théâtre et d’y attendre l’autobus. Au pire, on pourrait y passer la nuit. C’est donc avec un mince espoir que nous nous sommes lancés tête première dans la tempête, avec environ deux coins de rue à pratiquer dans l’impraticable.

Jamais de ma vie je n’ai affronté pareille tempête. Le vent était si fort qu’il me fallait tous mes efforts pour demeurer les pieds au sol. Et pourtant, je n’ai pas le format princesse anorexique! Même ma tuque, pourtant renfoncée au maximum sur ma tête, ne tenait presque pas en place et je devais continuellement la tenir d’une main avant qu’elle ne s’envole! On ne distinguait plus la rue du trottoir, on ne voyait pas à cinquante pieds devant soi et malgré tout on tentait d’avancer dans ce furieux blizzard. Lorsqu’on tourna le coin de la rue devant nous mener à Grande Allée, ce fut encore pire. Le vent sembla doubler de force et j’avais l’impression d’affronter une tornade. Marcher demeurait possible, mais c’était parce qu’on posait les pieds là où le vent voulait bien qu’on les pose. Chaque pas devenait une dangereuse aventure. Je devinais le coin de Grande Allée à peine plus loin de l’endroit où on était et pourtant, je n’arrivais pas à voir d’immeubles, de véhicules, rien. Seule le reflet rouge du feu de circulation nous arrivait à travers le nuage blanc. Il était donc clair que si nous n’arrivions pas à voir les véhicules qui circulaient, ceux-ci ne nous verraient probablement pas non plus. Je n’étais pas partant pour me faire ramasser par une charrue quelconque, et ma blonde eut sans doute le même instinct. Elle m’entraîna à l’intérieur d’un garage d’immeuble demeuré ouvert et pendant quelques courts instants, on put se reposer à l’abri du vent et de la tempête. Le simple fait de contempler la scène extérieure, d’écouter le bruit fracassant du vent contre les parois des immeubles et de songer au chemin qu’il nous restait à faire me mettait dans un état de stress inimaginable. Ce fut ma blonde qui proposa la première de retourner au Grand Théâtre. Je n’en espérais pas tant. En moins de temps qu’il n’en faut à un missile américain pour raser un arbre généalogique, nous étions à nouveau dans le cyclone, cette fois en sens inverse. Par moments, les bourrasques nous poussaient tellement fort que j’avançais comme si j’avais couru alors même que je ne faisais que marcher d’un pas rapide. À notre retour au théâtre, j’avais le souffle tellement coupé par tout le vent que j’avais du avaler malgré mon cache-col qu’il me fallut un bon moment pour récupérer. Les gens qui nous avaient vu revenir nous questionnaient afin de mieux jauger les conditions et prendre une décision quant à leur avenir immédiat. Dans le groupe, une femme enceinte semblait particulièrement désespérée. Puis, les gardiens de sécurité constatèrent que nous étions de retour, et l’un d’entre eux vint nous rassurer en affirmant qu’il n’y avait aucun problème si nous devions passer la nuit au Grand Théâtre. J’avais répété maintes fois à ma blonde que les autorités du Grand Théâtre n’oseraient sans doute pas nous expulser dans de telles conditions, mais je lançais ses paroles sans trop savoir si je faisais dans le vrai ou dans le flot de conneries capitales. Ce fut donc à ce moment que je me sentis relaxer pour la première fois depuis longtemps, et donc sans surprise, l’adrénaline qui me tenait jusque-là laissa sa place aux nerfs qui demandaient maintenant à craquer un peu.

Assis sur le bord des fenêtres du hall d’entrée de l’immeuble, j’accueillis avec énormément de bonheur l’offre d’aller dormir dans une des loges que vint nous faire l’un des gardiens de sécurité. C’est que depuis le début déjà, je craignais que le vent ne parvienne à faire éclater les vitres ou même qu’un objet arraché de son socle ne vienne fracasser les fenêtres de l’entrée et ne blesse le groupe de réfugiés dont nous faisions partie. En quelques minutes, nous étions sous les bons soins de la gardienne de nuit, installés dans une loge au troisième étage, avec même la possibilité de prendre une douche! Il n’y avait évidemment pas de lits, mais deux fauteuils à bascule permettant de s’allonger un peu. Évidemment, le stress vécu au cours de la soirée nous tenait réveillés. Je pris un café pour tenter de me calmer un peu, mais en vain. Seuls dans notre loge, ma blonde et moi parlions, parlions, parlions et bien sûr, le seul sujet était évidemment la tempête. Mille scénarios catastrophes furent abordés, parmi lesquels toute la panoplie des possibilités désastreuses que nous aurions pu affronter si les gens du Grand Théâtre n’avaient pas eu la bonté de nous garder dans leurs murs. Car même de l’intérieur de la loge, on pouvait entendre le vent frapper contre les murs de l’immeuble. Nous étions loin de nous en douter, mais des tonnes d’histoires pires que les nôtres étaient en train d’arriver partout dans la ville et dans le reste de la province. Au bout de plusieurs heures, alors qu’il devait être trois heures du matin, je suis parvenu sans m’en rendre compte à tomber endormi.

Peu avant six heures, l’employée de nuit parvint à nous réveiller – apparemment après plusieurs essais infructueux. Elle qui avait passé une grande partie de la nuit à tenter de rejoindre les diverses compagnies de taxi, elle y était enfin parvenue peu avant de nous réveiller. Cinq taxis seulement circulaient dans la ville entière. La tempête avait fait rage toute la nuit et commençait à peine à baisser d’intensité. Nous avons donc été attendre le taxi en compagnie de l’employé, croyant qu’il prendrait autour d’une heure à arriver, mais ce fut finalement plus de trois heures qu’il prit avant de venir nous chercher. Nous n’étions pas mécontents de rentrer à l’hôtel. Malgré la fatigue extrême, nous étions curieux de voir les images à la télévision, et c’est alors que nous avons constaté combien de chance nous avions eu de pouvoir passer la nuit au Grand Théâtre. En fait, nous nous trouvions déjà extrêmement chanceux, mais de voir l’ampleur de la tempête à la grandeur de la province nous fit encore plus apprécier les bons soins des employés et de la direction du Trident et du Grand Théâtre. D’affronter les vents de 100 km/h ainsi que des pointes à 130 km/h aurait pu s’avérer extrêmement dramatique, ou pire. Une nuit dans une loge fut de loin la plus brillante solution.

Nous sommes restés un jour de plus que prévu à Québec, par la force des choses, passant le plus clair de notre temps à récupérer de l’éprouvante expérience. Pour rien au monde, je ne changerais de place avec des gens qui fêtaient leur huitième anniversaire à bord du Titanic ou de tout événement du genre, mais je doute énormément de vivre un anniversaire dans des circonstances aussi particulières! Un peu à l’image du héros dont nous étions allés voir la pièce, notre soirée du 8 mars ne manquait pas de… panache!

L’eau à la bouche

Publié dans Divers le mars 14th, 2008

Fin de semaine du 7-8 mars 2009. Québec. Un couple d’amoureux déambule sur Grande Allée. On annonçait de la neige en soirée, mais il n’en est rien. La tempête, on le saura plus tard, se gardait en forme pour le lendemain. Notre couple d’amoureux se dirige lentement vers le restaurant Le 47e Parallèle, l’heureux élu d’une brochette d’endroits tous plus alléchants les uns que les autres. L’homme du couple, on le devine, c’est moi. La journée a été absolument délicieuse jusque-là, et la suite de la soirée semble des plus prometteuses. Elle sera à la hauteur. Du moins, la soirée du 7…

L’arrivée au 47e se fait en douceur. La marche de l’hôtel au restaurant a été moins longue que prévue. Nous avons néanmoins l’estomac dans les talons et le menu, avec lequel nous sommes déjà familier grâce à l’Internet, nous a mis en appétit depuis le moment où notre choix s’est arrêté sur ce restaurant-là. La carte des vins, je l’apprendrai plus tard en feuilletant quelques papiers à touriste à l’hôtel, est l’une des plus chères en ville. J’aperçois des bouteilles à plus de 400 dollars, et je n’en suis qu’à la troisième page. Je n’ose aller plus loin de peur d’en trouver une qui dépasse le prix de notre loyer. Ma blonde suggère un vin africain, qui me convient mieux que South Eastern, Grange, Shiraz, 1997 à 735 dollars la bouteille.

Mais il faut d’abord se choisir un apéro. À ce chapitre, je serai un peu plus gâté que ma douce. Son Vodka Martini ne lui procurera pas le presque orgasme du Kir Cassis que j’ai choisi de commander. Ce n’est pas la première fois que j’ose ingurgiter ce breuvage, je suis donc bien placé pour faire des comparaisons. Celui qu’on me sert au 47e me donne aussitôt l’impression d’avoir été arnaqué à toutes les autres occasions où j’ai bu ce que je croyais être un Kir Cassis. C’est un véritable délice, le bonheur fait liquide. Je prends énormément mon temps pour le siroter, parce que j’ai sincèrement de la difficulté à croire à chaque gorgée que je ne me suis pas imaginé cette incroyable saveur. Et à ma grande surprise, tout est bien réel…

Vient ensuite le moment de l’entrée. Pour ma blonde, ce sera une crêpe fine asiatique parfumée au curry, émincé de canard laqué au miel et hoisin. Pour moi, un étagé végétarien d’aubergines, de champignons, de tomates et feta, tuile au cheddar que l’on aurait tout simplement pu appeler morceau de paradis et feta, tuile au cheddar ou quelque chose dans le genre. Je vous en parle, et j’en bave encore. J’aurais tout aussi pu prendre la salade de légumes froids et samosa aux pommes de terre, vinaigrette épicée au piment sambal celek, mais il semble que ma vue se soit carrément arrêtée au mot « aubergine » en parcourant le menu. J’aimerais donc mieux les aubergines que les samosas? Dur à croire… mais c’est vrai que pour une aubergine, je ferais bien des folies! Ainsi donc, l’entrée n’est qu’une suite logique de l’apéritif en termes de qualité et de goût exquis. Oui vraiment : exquis.

Ma mémoire m’interdit de me rappeler avec justesse l’instant où le vin africain est venu remplacer les apéritifs, mais si je devais choisir lequel, entre mon Kir Cassis et mon verre de Fleur du Cap 2004 (un Merlot) était le meilleur, je serais profondément embêté. Autant je n’avais jamais goûté un Kir aussi fantastique, autant il en va de même pour ce vin. Jusque-là, très peu de vins pouvaient se vanter de m’avoir amené au septième ciel. Le Fleur du Cap n’a pas fait que m’y amener : il m’y a déposé aux premières loges à chaque gorgée. Ce n’était pas un vin, c’était un nectar des Dieux : ce n’est pas possible autrement! Et dire qu’il existe un autre vin d’Afrique du Sud dont le nom est Le Bonheur. J’ose à peine imaginer à quelle vitesse celui-là m’aurait transporté au royaume de l’extase!

À ce stade de la soirée, il était difficile de croire que le repas principal aurait le culot d’être aussi parfait que tout ce qui l’avait précédé jusque-là. J’ignore si le suprême de volaille tandoori sur riz basmati aux lentilles, avec sa marinade au yaourt et aux épices indiennes choisi par ma belle a eu le même effet que mon mignon de bœuf farci au chèvre et lardons rissolés et sa sauce aux trois poivres a eu sur ma personne, car dès la première bouchée, j’ai littéralement été propulsé sur un nuage! J’ai appris ce soir-là qu’on pouvait concrètement déguster de l’orgasme. On m’en a personnellement servi à chaque instant dès qu’un aliment comestible trouvait son chemin jusqu’à ma table. La soirée entière s’est déroulée avec ce degré irréel de merveilleux et de perfection. Même le service était des plus incroyables. Le garçon qui nous amenait chacun des plats prenait le temps de décrire chaque morceau se trouvant dans nos assiettes. C’est ainsi que j’ai pu apprendre que la pomme de terre accompagnant mon plat principal était à la Dauphinoise. Ne craignez rien : elle était tout aussi délicieusement hallucinante que tout le reste. Notre serveuse était du même calibre au niveau service, mais n’allez pas le répéter à ma brune préférée : elle s’imaginerait des choses…

Pour ce qui est des desserts, j’ai longuement hésité puisque l’assiette de fromages fins du terroir québécois avait ma préférence à l’origine. C’est seulement la crainte d’y trouver un bleu et d’ainsi gâcher une soirée parfaite qui m’a fait changer d’avis. En face de moi, la belle jeune fille qui partageait ma table ce soir-là (et tous les autres, vous pouvez être jaloux!) optait pour le nougat glacé au Pralinée, glaçage au chocolat blanc et crème velout (si c’est une faute d’orthographe, je l’ai empruntée au site web du 47e). Mon choix s’arrêta sur le tempura de glace au lait de coco et gingembre, accompagné de fruits exotiques au sirop de citronnelle et tuile au sésame. Il fut, évidemment, aussi paradisiaque que le reste.

Le repas n’était pas terminé que déjà, j’avais décrété ne jamais avoir mangé dans un aussi bon restaurant. J’ai par la suite poussé l’astuce jusqu’à déclarer qu’il était improbable que je trouve un restaurant à l’avenir qui puisse provoquer en moi un aussi grand bonheur gustatif. Moins d’une semaine après cette incroyable soirée, je reste convaincu de la véracité de mes deux affirmations. D’écrire ce trop bref résumé a remué en moi les saveurs goûtées ce soir-là et j’entends depuis un bon moment mon estomac me lancer des bêtises pour avoir réveillé en lui les doux souvenirs d’un repas dont il doute pouvoir en absorber un d’aussi intense qualité dans le futur.

Hormis, bien sûr, ceux de ma blonde… que je vais d’ailleurs aller retrouver, non au 47e Parallèle, mais au lit, ce qui ne m’empêchera pas de m’installer tout contre elle, et en… parallèle!

Les Américains et le hockey…

Publié dans Divers le janvier 27th, 2008

Ils ont beau posséder 24 des 30 formations de la Ligue Nationale de Hockey et ils ont beau se trouver hot d’avoir des franchises en Arizona et à Nashville, reste que les Américains ne comprennent pas grand chose à notre sport national. Ils ressentent continuellement le besoin d’américaniser ce sport, que ce soit par des demandes de changements de règlements qui n’ont aucune raison d’être ou par l’ajout insensé d’attraits typiquement U.S. comme ces cheerleaders à pompon qui se trémoussent pendant les arrêts de jeux pour les deux équipes situées en Floride (l’État d’abrutissement par excellence, s’il en est). Une autre preuve m’en a été donné encore récemment lorsque j’ai aperçu deux employées pelleter la neige autour du filet des gardiens, un boulot effectué partout où l’on joue au hockey. Nulle part ailleurs voit-on effectuer ce boulot par deux jeunes femmes presque nues, vêtues comme des danseuses avant d’entrer sur scène. Les pauvres devaient être frigorifiées! Mais nos amis américains ont besoin de se faire entertainer, et quoi de mieux que de leur envoyer des pitounes plein la figure pour les satisfaire pleinement!

Une fois de plus, ils viennent de nous montrer à quel point ils n’ont que faire du hockey traditionnel. Ils ont à nouveau transformé le concours d’habiletés du match des Étoiles en formule magique à la Wal-Mart, un espèce de consommé de tout et de n’importe quoi mais surtout de n’importe quoi. Traditionnellement, ce concours d’habileté servait à montrer le talent brut des joueurs, patineurs et gardiens, et l’on y voyait des joueurs s’affronter pour déterminer le patineur le plus rapide, celui dont le tir était le plus précis, le plus puissant, et ainsi de suite. Comme le match était organisé à Atlanta cette année, ils se sont assurés que les spectateurs locaux n’allaient pas s’ennuyer. Peu importe si les millions de Canadiens qui suivent l’événement s’emmerdent : si Ted Turner trouve ça bon, eux sont contents! Ainsi donc, il fallait bien ne rien comprendre au hockey sur glace pour trouver un peu de saveur à cette soirée. L’amateur que je suis avait plutôt l’impression d’être dans un restaurant McDonald’s qui tentait de servir de la fine cuisine. Infect!

Évidemment, ils n’ont pas perdu de temps à nous montrer leur incompréhension totale du sport. Dès la description de la première épreuve, on croyait lire les règlements du football américain tant ça paraissait compliqué. De fait, quand les joueurs se sont exécutés, il fallait se pincer très fort pour réaliser qu’on ne rêvait pas. C’était la rencontre du hockey et de l’absurde! Bien qu’il ne s’agissait que d’une seule épreuve, elle forçait une combinaison d’épreuves débutant par du patinage de précision en dribblant avec la rondelle avant de remettre à un joueur qui y allait de 4 tirs sur réception de la ligne bleue avant de filer dans le coin pour passer le disque à un troisième joueur qui devait soulever la rondelle par-dessus un obstacle et ainsi la tirer au fond d’un petit filet (miniature serait même le mot), puis il se précipitait et refilait quelques rondelles au gardien qui, d’à-côté de son propre filet, tentait de marquer dans le but adverse. Vous avez bien compris? Quel rapport avec le hockey?!? Un tout petit filet?!? Des gardiens qui tirent au but?!?!?!?!? Misère…

Là ne s’arrêtait pas le ridicule. Il y a bien eu une épreuve du patineur le plus rapide. Habituellement, les joueurs désignés faisaient un tour de patinoire et l’on comptait les chronos les plus rapides pour déterminer les gagnants. Cela était sans doute trop banal à leur goût. Le concours a été revu et amélioré pour le pire, puisque deux patineurs s’affrontaient à chaque vague. Les joueurs choisis devaient patiner du fond de la zone à… la ligne rouge! Nous avons donc eu droit à diverses vagues de patineurs dont on n’a jamais eu le temps de voir la grande rapidité puisque le tout était terminé en 4,5 secondes! C’était grandiose d’imbécillité et aussi abrutissant qu’une demie-heure de télévision à Fox. De plus, la confusion régnait tout au long de l’épreuve. Ainsi, même si l’on avait pu voir clairement le joueur x battre de vitesse le joueur y, le joueur y était déclaré gagnant et passait à la ronde suivante. Les commentateurs de RDS n’y comprenaient rien et avec raison puisqu’il n’y avait rien à comprendre. Rien, sinon le désir profond de tout américaniser pour que ce soit wonderful et so much fun!

Comme il fallait s’y attendre, le clou du spectacle nous fut présenté à la toute fin. L’habituel concours d’échappées, toujours spectaculaire et grandement apprécié, a fait place à une parodie de hockey, insignifiante d’insignifiance purement américaine. On avait décidé qu’un jury était nécessaire afin de juger de la performance des joueurs lors de leurs échappées. Ainsi, deux anciens hockeyeurs, un acteur et un joueur de basketball (qui semblait se demander ce qu’il faisait là) regardaient chaque joueur s’élancer et tenter de déjouer chaque gardien. Au début, les joueurs semblaient penser qu’il s’agissait là d’un banal concours d’échappées, mais ils ont rapidement déchantées. Leurs feintes habituelles leur valurent des notes affreuses de 1, 3 ou 4 sur 10. Un des joueurs marqua même un but mais fut bafoué par le fameux jury qui lui attribua des notes parfaitement ridicules. Cela força les joueurs à s’interroger sur ce qu’ils devaient faire, et on leur fournit rapidement des explications. Il ne s’agissait pas de filer seul vers le gardien et de marquer, mais il fallait le faire de façon unique, spectaculaire et digne du Cirque du Soleil. Dès lors, chaque joueur s’exécuta de manière de plus en plus ridicule, l’effort demandé étant si grand qu’il devenait impossible de marquer. Résultat : plus les joueurs faisaient des pitreries, plus le jury se montrait généreux. Sans avoir marqué un seul but, Alexander Ovechkin affronta Ryan Getzlaf en finale. Ovechkin fut déclaré gagnant pour la simple raison qu’il comprit qu’il fallait tout faire sauf jouer au hockey. Par deux fois, il se présenta devant le gardien, plaça le disque sur la palette de son bâton, l’envoya haut dans les airs et tenta de marquer en frappant la rondelle à la manière d’un joueur de baseball. Du baseball!!! America’s pastime! La foule était en délire et le jury lui vota des notes de 9, 8, 9 et 9 comme s’il venait de voir là la plus époustouflante feinte de la soirée. Du baseball au hockey, pourquoi pas! Venant du pays qui est capable de monter Star Wars, Le Seigneur des Anneaux et même Titanic en comédie musicale, il ne faut plus se surprendre. Mais s’en désespérer, ça oui, on peut.

Et dire qu’ils essaient de plus en plus d’amener une équipe à Las Vegas. Ouf… Je n’ose imaginer à quoi ressemblera le hockey ou du moins le match des Étoiles dans cinq ans. Sans doute les joueurs devront-ils patiner rapidement, arriver le premier au micro, chanter ou danser avant de s’élancer seul vers le gardien et sauter au trampoline tout en essayant de déjouer la gardienne presque nue? Cauchemar…

Une baffe en pleine gueule

Publié dans Divers le décembre 5th, 2007

Et même deux! Parfois, même les bonnes nouvelles frappent fort. C’est le cas de celle que j’ai appris aujourd’hui. Quand on m’a annoncé qu’à peu près n’importe qui pouvait aujourd’hui être répondant dans une demande de passeport, je n’y ai absolument pas cru. Voyons donc! Ce n’est pas par principe ou par conviction que je me refusais d’y croire, mais par expérience. J’ai donc du aller vérifier par moi-même, et je dois admettre qu’on m’a effectivement dit la vérité sur le sujet. J’en suis doublement sonné.

La nouvelle date du 1er octobre 2007. On y annonce que l’honorable Maxime Bernier, ministre des Affaires étrangères, a annoncé la nouvelle politique sur les répondants pour les requérants de passeports canadiens. Cette nouvelle politique me jette carrément sur le cul! Car cette nouvelle politique permet maintenant à la majorité des titulaires de passeport canadiens adultes vivant au Canada ou aux Etats-Unis de servir de répondants. Hein? Quoi? Pouvez-vous répéter la chose dans ma bonne oreille? Pouvez-vous me le crier fort? Me pincer? Me retourner dans le temps?!?

Cette « bonne » nouvelle me fait l’effet d’une douche froide. En tant qu’ancien requérant de passeport canadien, je me sens à peu près comme quelqu’un qui regarde son ancien agresseur sortir de prison allègrement. Bon, mon cas est disons moins dramatique, mais c’est dans l’absurdité de la situation que je me permets cette étrange comparaison.

Car si dorénavant n’importe qui peut servir de répondant à n’importe quoi, il est une époque encore récente où trouver un répondant était aussi compliqué que grimper l’Everest en chaise roulante. J’exagère? Pourtant non. Cette bonne nouvelle ramène de douloureux souvenirs.

Été 2002. Ma sœur qui est en France pour étudier me lance une invitation de rêve : la rejoindre à Paris et profiter avec elle de l’appartement d’une amie pour passer quelques semaines (deux ou trois?) dans l’Hexagone. Pour moi, la question ne se pose même pas! C’est un oui affiché, quitte à y laisser mon emploi et m’endetter un peu. L’aventure n’aura pourtant jamais lieu. Pourquoi? Parce que personne dans mon entourage à l’époque ne pouvait jouer pour moi l’important rôle du répondant.

Le tout s’est à peu près déroulé au cours d’une seule et même journée. Ce fut et de loin la plus longue journée de ma vie. En moins de douze heures qui en parurent cinquante, j’avais parcouru la ville dans tous les sens, couru de tout bord tout côté et téléphoné à des dizaines de gens. J’avais même eu la chance de trouver une personne qui était prête à m’avancer l’argent nécessaire à l’achat des billets d’avion, somme que je n’avais pas tout à fait à ce moment-là. Ce fut là le seul moment joyeux de cette ahurissante journée.

Cela promettait pourtant d’être facile. Tout ce que j’avais à faire, c’était remplir une demande de passeport, payer un extra pour l’avoir de façon urgente, trouver au moins un billet aller pour la France, préparer mes bagages et essayer de trouver un peu de sommeil avant le départ que je prévoyais pour environ trois jours plus tard. Ce n’était pas être trop optimiste, c’était ignorer les absurdités d’un système dans lequel je n’ai à peu près jamais cadré.

Dès la première heure, je me présentais au Bureau des Passeports près du Complexe Desjardins. Une foule immense s’y trouvait déjà, mais rien ne pouvait alors gâcher mon allégresse. Une heure plus tard, j’avais les papiers pour une demande de passeport en main et je revenais à la maison pour les remplir au plus vite. Premier accrochage : la photo. Je savais que certaines pharmacies offraient le service de photographie pour les passeports. Je pris donc le téléphone pour contacter les trois ou quatre pharmacies situées à quelques centaines de mètres de chez moi. À l’une d’entres elles, on n’offrait plus le service depuis quelques semaines. À l’autre, on ne l’avait jamais fait mais on m’assurait que leur succursale au nord de la ville offrait le service. À la troisième, on me recommandait la première. Mais ça n’était pas assez pour m’arrêter. En moins de vingt minutes, j’étais de retour dans l’immeuble du Bureau des Passeports où un photographe caché au sous-sol nous concoctait de jolies photographies de passeport en moins de cinq minutes. Je commençais déjà à voir la Tour Eiffel!

La course continuait à une vitesse folle. Rentré à la maison pour continuer d’y remplir ma demande de passeport, il me fallait ensuite trouver deux personnes ne faisant pas partie de ma famille et que je connaissais depuis assez longtemps (était-ce deux ou cinq ans?). Comme il me fallait leurs coordonnées complètes, je dus donc faire d’autres téléphones. Il n’était pas encore dix heures du matin. J’achevais presque de remplir ma demande, mais il se posait déjà le grave problème monétaire. J’obtins de ma mère une coquette somme fort généreuse, mais à laquelle il faudrait quelques jours avant de la voir dégelée du congélateur bancaire. Afin de pallier à ce détail trop gênant à mon goût car il menaçait de retarder mon départ, je contactais une amie avec l’idée folle d’obtenir d’elle un prêt suffisant pour couvrir les lourdes dépenses liées à un tel voyage. À ma grande satisfaction et également surprise, celle-ci accepta sans rechigner. Il me fallait donc la rencontrer le jour même afin qu’elle puisse me donner l’argent. Je voyais déjà la pyramide du Louvre!

La course folle des téléphones se poursuivait. J’appelais un ami qui a voyagé énormément pour apprendre la meilleure façon de me procurer un billet en partance pour la France. Nanti de l’adresse de son agence de voyage, je pouvais donc poursuivre mon rêve en continuant d’emplir ma demande de passeport. Puis, il était l’heure de partir pour rencontrer ma généreuse amie. Celle-ci n’avait qu’à passer à la banque durant sa pause, mais il y eut un léger contretemps : l’établissement était tellement bondé qu’il était impossible pour elle d’attendre tout ce temps. Après avoir discuté un peu avec elle, il fut décidé qu’elle irait plus tard dans la journée et que je n’aurais qu’à repasser le lendemain. Cela ne m’inquiétait même pas. Châteaux de la Loire, me voilà!

C’est à mon retour de ce rapide dîner que les choses commencèrent à déraper. Courant encore comme un fou furieux à travers la ville, ma destination suivante était donc l’agence de voyage. Je souhaitais à tout prix partir dans les quelques jours suivants. Nous étions le lundi, et il était impératif qu’avant le lundi suivant je sois parti pour la France. L’homme qui me servait était bien prêt à m’aider, mais il était très inquiet du fait que je n’avais pas encore de passeport. C’était pour moi un détail qu’il semblait prendre très au sérieux. La suite allait lui donner raison. Néanmoins, il chercha pour moi un billet mais il refusa de me le vendre tant et aussi longtemps que je n’aurais pas de passeport. Je lui promis donc de revenir deux jours plus tard, l’outil entre les mains, afin d’acheter au plus vite un billet pour n’importe quelle ville française, quitte à ensuite rallier Paris par train. Je me voyais déjà dans le TGV Nice-Paris!

Mais l’agent de voyage avait semé le doute. Je rentrai donc à nouveau afin de terminer de remplir ma demande de passeport. Le nœud que j’allais frapper est encore coincé aujourd’hui. Arrivé à la case où l’on demandait la signature d’un répondant, je me mis à lire attentivement les instructions. Le répondant se devait d’être quelqu’un d’une certaine importance et qui me connaissait depuis deux ans. Mais un répondant ne pouvait pas être un simple ami; il devait également avoir un métier du genre avocat, juge, maître de poste, recteur d’université, directeur de Collège, médecin, dentiste, etc… J’étais encore loin de me douter du cauchemar qui m’attendait. Mais on pouvait sentir les nuages au-dessus de Nice, déjà…

J’avais beau faire le tour de mon entourage et de mes connaissances, personne ne correspondait à la définition de répondant selon le gouvernement canadien. Je pris donc l’initiative d’essayer les différentes options qui s’offraient à moi. Comme on y spécifiait qu’un pharmacien pouvait servir de répondant, je me présentai donc à la pharmacie du coin où j’avais l’habitude de prendre mes médicaments. Le mur contre lequel je m’écrasai une première fois était solide! La dame qui me répondit a continué de hanter mes cauchemars par la suite. Celle-ci se fit un plaisir de me dire, après avoir regardé dans mon dossier, qu’il était impossible que ce pharmacien-là me serve de répondant. Pourquoi? Selon mon dossier, il n’y avait pas deux ans d’écoulés depuis la première fois où il m’avait drogué en suivant la recommandation d’un médecin. J’eus beau argumenter, elle ne voulait rien entendre. Ce fut elle la première qui me servit un discours hallucinant d’imbécillité : « Quoi, vous ne connaissez aucun médecin, juge, avocat? Vous n’avez pas un ami qui soit comptable agrée? Aucun cousin qui soit dentiste? Voyons donc! Tout le monde a un dentiste quelque part dans sa famille! » Mes explications comme quoi dans ma famille, on n’est ni dentiste ni pilote d’avion ne lui suffirent pas et elle me chassa de sa pharmacie comme un malpropre. Paris commençait de me glisser entre les doigts…

De retour à la maison, je poursuivis la tonne d’appels afin de me faire conseiller par tous ceux que je pouvais rejoindre. Un cousin avait brièvement été avocat mais n’exerçait plus depuis longtemps; l’amie de ma blonde était bien comptable, mais n’était pas encore « C.A. »; la liste de mes possibilités s’effilochait devant mes yeux, à mesure que mon désarroi devenait aussi imposant que la Tour Eiffel. J’optai donc d’appeler à la source même, c’est-à-dire au gouvernement, afin de me faire éclairer sur cette absurdité. Loin de régler mes problèmes, ce coup de fil me valut mon second discours du « Quoi? Vous ne me ferez pas croire que vous n’avez pas un ami ingénieur? Un oncle juge? Un grand-père chirurgien? Voyons donc, monsieur, vous charriez! ». Je charriais. Ça venait d’une experte en la matière, elle savait donc de quoi elle parlait : 26 millions de Canadiens, il fallait qu’elle tombe sur le seul du lot qui ne connaissait que des nobodies et autres tarlas sans intérêt.

Point encore découragé tout à fait, je poursuivais mes recherches avec énormément d’acharnement.

Le directeur de ma banque? « Il ne peut plus être répondant depuis le 11 septembre! »

Le directeur du Cégep que je fréquentais depuis 7 ans? « Il doit vous connaître intimement! » Qui connaît son directeur de Cégep intimement, sinon un neveu qui fréquente l’établissement?

« Oui mais le directeur de votre université n’a pas besoin de vous connaître! » Je ne fréquentais pas l’université!

« Votre dentiste! » Elle était à Jonquière. Et ne me connaissait pas depuis 2 ans.

« Votre maître de poste! » De kessé?

« Votre avocat! » En n’ai pas. Donc, si j’avais commis un crime, je serais parti pour la France?

« Votre médecin de famille! » Qu’est-ce qu’on fait quand on déménage 4 fois en 3 ans?

Une à une, toutes les portes se refermèrent. J’ignore qui le dernier planta le clou dans le cercueil de mes espérances, mais la soirée fut d’une tristesse à mourir. Ni moi, ni tous ceux qui souhaitaient m’aider de bon cœur n’arrivions à trouver une faille dans le système. Impossible : on ne peut trouver de faille dans la faille elle-même.

Adieu Paris, Montmartre, Charles de Gaulle, la tour à Gustave, la rive gauche, la Gare du Nord, les Champs-Élysées… Putain…

Cinq longues années se sont écoulées. Ne m’en suis toujours pas remis. Depuis, une amie de ma blonde est maintenant C.A., on lui doit d’ailleurs nos passeports. J’ai également un dentiste qui serait sans doute en mesure de le faire. Je connais même un douanier, étaient-ils autorisés? Sans doute. Mais ce n’est pas leur faute, bien au contraire. Qui penserait à porter le blâme sur eux? Voyons, j’étais le seul à blâmer! Comment ai-je pu ne pas choisir mes amis parmi le cercle des futurs ingénieurs au secondaire? Pourquoi n’ai-je jamais invité mon directeur de Cégep aux danseuses? Pourquoi n’ai-je pas simplement tenté de voler une voiture à 16 ans? J’y aurais connu un avocat!

J’ai raté cette fois-là un voyage qui aurait été idéal. Outre les billets d’avion, il y aurait possiblement eu très peu d’hôtels à payer, et on se serait vraiment beaucoup amusés. Bon, j’ai maintenant un passeport et je pourrais donc quitter le pays sans problème. Mais les conditions ne sont pas les mêmes qu’à l’époque. J’irai peut-être un jour, du moins je l’espère. Il me faudrait dévisser le couvercle du cercueil de mes espérances…

Voilà pourquoi je digère un peu tout croche la nouvelle politique canadienne concernant le répondant. Qui sait, c’est peut-être ce dont vous aviez besoin pour laisser tomber vos amis juges et vos voisins avocats que vous ne pouviez pas sentir?

La mère qui se tenait debout

Publié dans Divers le décembre 3rd, 2007

Depuis au moins une heure et sans doute un peu plus, je suis habité d’un air de classique plutôt surprenant. Il s’agit ni plus ni moins du Stabat Mater de Pergolesi. Vous comprendrez que j’en suis moi-même étonné, étant athée jusqu’au bout des ongles, mais voilà, le morceau s’est mis à jouer dans mes oreilles sans aucune raison apparente et il m’a fallu faire quelques recherches pour trouver le nom de l’œuvre et celui de son compositeur.

Pourtant, hier à peine, les oreilles me bourdonnaient au sortir du party de Noël de bureau de ma blonde. La musique y était assourdissante à un point tel que j’en avais des vertiges, comme si mon sens de l’équilibre en était affecté. Même si je ne danse absolument pas – j’ai sans doute tout donné dans une autre vie – je comprends que mes congénères s’y sentent obligés et je respecte leur désir d’aller gesticuler en groupe au son des plus grands succès de boum boum de ces trente dernières années. Des heures après être parti de cette soirée haute en vacarme, je ressentais toujours un bourdonnement intense. Une heure de plus dans cette fête, et je me tryphontournesolisait pour de bon!

Mais là, je vois difficilement ce qui a pu me mettre un hymne chrétien dans la tête. Je n’ai vu aucun film qui comptait cette musique au programme et bien que je sois certain avoir vu au moins un film qui utilisait cet air à un moment ou à un autre, je serais incapable d’en nommer le titre. L’air doit donc provenir d’ailleurs. Mais que signifie donc Stabat Mater, exactement?

Il s’agit d’une prière dont le nom est une abréviation de Stabat Mater dolorosa, son premier vers en latin, qui se traduit apparemment ainsi : « La Mère des douleurs se tenait debout ». Tiens donc… Apprendrais-je dans les prochaines heures le trépas d’une femme qui s’est tenue debout? Car pourquoi ai-je cet air en tête depuis une heure ou deux? Et pourquoi précisément la version de Pergolèse? Assurément, il ne s’est pas infiltré dans mes oreilles durant ce fameux party de Noël musical à souhait!

Pour ceux qui ont besoin de se faire rafraîchir la mémoire – tout comme moi, précédemment – visitez YouTube. Pour une raison qui m’échappe, je suis incapable de faire fonctionner ici le lien. Stabat Mater et Pergolesi; vous aurez ainsi un aperçu du spectacle qui se déroule sans cesse dans mes oreilles depuis une centaine de minutes.

Sur ce, je me souhaite bonne nuit. Car si les deux dernières heures ne sont qu’un aperçu de ce qui m’attend en songes, je peux d’ores et déjà aller me préparer du maïs soufflé…

La loi du plus cheap!

Publié dans Divers le novembre 25th, 2007

Vive la consommation! Vive le cheap labor! Vive le capitalisme!

Du temps de mes grands-parents, paraît qu’on achetait une voiture et qu’elle résistait des années et des années. Plus récent, à l’époque de mes parents, une laveuse, un four, un frigidaire, ça se gardait 30 ans. À un point tel que plusieurs des appareils ménagers se transmettaient d’une génération à l’autre. Mais cette ère désolante est révolue! Voici maintenant le règne de la bébelle cheap, qu’on achète en se croisant les doigts pour qu’elle nous dure au moins un an et qu’on décroise quelques jours après pour faire un doigt d’honneur à la compagnie qui a fabriqué cette chose qui nous fait soudainement pester!

À n’en plus douter, nous sommes définitivement entrés dans une nouvelle ère. J’avais commencé à m’en douter lorsque notre laveuse neuve, vieille d’une moitié de semaine, avait déclaré forfait. Les doutes s’étaient transformés en presque certitude après que le power supply de notre ordinateur neuf avait à son tour défunté au bout d’un gros mois. Maintenant, les preuves ne manquent plus. L’appareil fautif n’est désormais plus celui qui brise au bout d’un trop court laps de temps, mais bien celui qui nous surprend par sa longévité. « Tiens, notre téléviseur fonctionne encore après 2 ans? Il faudrait peut-être appeler le vendeur : il doit y avoir un problème! »

La liste des machins plus ou moins ménagers qui nous ont fait défaut un peu trop rapidement est trop longue pour que j’en dresse ici l’inventaire complet. Mais un nouveau-né vient de joindre la famille des défectuosités express, et j’ai nommé mon ultra neuf joystick. Acheté chez… oh et puis non, je refuse de nommer ce magasin et de leur faire de la publicité gratuite. Renommons-le donc… euh… « Étron en Gros », ça me semble assez anonyme. Quoi, mes pseudonymes ne sont pas très bons? Bah, c’est à la hauteur des produits de chez « Étron en Gros ». Et puis, mes pseudonymes, bien que cheaps, sont gratuits et surtout, garantis à vie sans frais supplémentaires.

Revenons donc à ma super manette. Elle est neuve à un point tel qu’un policier chevronné aurait de la difficulté à y trouver des empreintes. Achetée mardi dernier, donc le 20. Il s’en est même fallu de peu pour qu’elle ne soit déballée que le 21. Cette cochonnerie, Made in China où la cochonnerie fait loi, était emballée d’une façon assez hallucinante. Imaginez le joystick en question, et vous aurez le réflexe d’imaginer la boîte dans lequel il venait, non? Du tout. Il est même impossible de dire que le fabuleux objet était emballé. En fait, c’est comme si on avait fondu directement l’emballage plastique autour du produit. Pour venir à bout de l’emballage, il fallait être un bûcheron diplômé ou posséder l’expérience de Jack l’Éventreur! Mais je ne suis ni l’un ni l’autre. J’ai plutôt choisi de me battre avec le paquet une vingtaine de minutes, pensant que je finirais par trouver une ouverture magique, une fermeture-éclair en plastique, bref, quelque chose qui me permettrait de faire céder l’emballage sans l’intervention des pinces de décarcération.

Il n’en fut rien. J’avais beau tâter et triturer le paquet de toutes les façons, il ne bronchait pas. J’ai donc pris un couteau à lame mieux connu sous le nom d’exacto et je me suis livré à un difficile exercice de précision chirurgicale. Vous pensez que j’exagère? Le plastique était extrêmement difficile à couper puisqu’il épousait parfaitement la forme du joystick. De plus, je me suis rapidement rendu compte qu’il me fallait redoubler de précautions puisque je pouvais facilement endommager le précieux objet. Comme si l’aventure n’était pas assez éreintante, les parties que j’avais réussi à couper devenaient aussitôt dangereusement coupantes. J’ai même crû que dans un moment d’impatience, je m’ouvrirais la main accidentellement à cause du paquet coupant et je m’imaginais expliquant au médecin m’être ainsi blessé en essayant d’ouvrir un emballage de manette d’ordinateur…

Au bout de plusieurs minutes de frustration intense, je suis passé à l’outil de classe supérieure, du moins, dans sa maniabilité. Avec une paire de ciseaux, je me suis mis à essayer de couper en suivant le contour du joystick, mais sans plus de succès qu’avec l’exacto. Écoeuré, j’ai failli tout abandonner, mais l’idée de jouer un match de hockey sur l’ordinateur étant trop forte, j’ai redoublé d’ardeur. J’aurais eu moins de difficulté à venir à bout d’une ceinture de chasteté!

Chapeau au génie qui a inventé cet emballage. J’ai fini par trouver une méthode idéale, c’est-à-dire couper avec l’exacto dans le haut du paquet pour faire sortir la manette. Un seul hic : les fils du joystick sont cachés précisément à cet endroit. Il était donc impossible d’y aller par le haut, il n’y avait pas de bas et les côtés étaient absolument impénétrables. Il m’a donc fallu faire des dizaines d’entailles un peu partout sur le paquet jusqu’à temps qu’il accepte de céder : un vrai travail de boucherie!

Depuis, j’ai évidemment eu des heures de plaisir avec ma nouvelle manette. D’abord, elle est identique à la précédente mais en plus cheap, ce qui laisse bien augurer pour la prochaine génération. Mais ai-je vraiment dit avoir eu des heures de plaisir avec le joystick? Voilà peut-être une de mes rares exagérations… Quelques heures, probablement quatre ou cinq. Et puis…

Et puis, voilà, il s’est mis à déconner grave tantôt. Au beau milieu d’un match de hockey, tandis que je me battais de mon mieux pour conserver une avance de deux buts, j’ai eu le plaisir de voir le joueur que je contrôlais soudainement partir vers le « sud ». J’avais beau lui demander de remonter vers son filet, rien n’y faisait. Gauche, droite? À peine. Le joueur n’avait qu’une idée en tête, et c’était de mettre toute la gomme vers le bas de l’écran. J’ai donc essayé un autre joueur, mais il a aussitôt imité son coéquipier. Heureusement, les boutons fonctionnaient encore, et j’ai donc pu faire pause pour constater que le curseur du jeu se promenait à toute vitesse, entraîné vers le bas à son tour par une espèce de force invisible probablement Made in China elle aussi. J’ai pensé qu’il était sans doute mal connecté, alors j’ai déconnecté le joystick et l’ai reconnecté à l’ordinateur. Rien à faire, toujours ce désir de gagner le bas de l’écran.

Au final, j’ai du sortir complètement du jeu. Depuis, tous les tests menés sur cette merveilleuse manette se sont avérés concluants : elle ne fonctionne plus! Cinq jours à peine, et voilà qu’elle flanche déjà. Il faudra donc que je retourne chez Étron en Gros, le sourire aux lèvres et l’objet fautif entre les mains.

Mais il y a un détail qui vaut encore plus que tout le reste. Au moment d’acheter ce si joli produit, la caissière m’a convaincu de payer un extra de sept dollars qui me garantit que si l’objet cesse de fonctionner pour quelque raison que ce soit avant un an (ou était-ce plus?), je n’ai qu’à le ramener et ils m’en donnent un autre gratuitement et sans poser de questions. J’ignore ce qui m’a poussé à prendre cette option. Sans doute qu’au fond de moi, je sentais que le joystick était plus cheap que les précédents, pourtant tous de même marque. D’autres, par le passé, ont aussi déclaré forfait après peu de temps, le plus rapide étant un vilain deux semaines qui vient donc ici d’être éclipsé de façon magistrale.

Il me reste donc à retourner dans cet Étron en Gros, dont je déguise le nom afin qu’ils puissent continuer à vendre d’aussi excellentes cochonneries Made in China qui cesseront probablement de fonctionner pendant le transport jusque chez le client se les étant procurées. Et si vous avez un appareil ménager ou même simplement élétronico-merdique à vous procurer prochainement, assurez-vous de bien croiser les doigts avec espoir pour mieux les décroiser et démontrer votre appréciation avec l’aide du majeur quand l’objet aura cessé d’être. Sauf si c’est un majeur Made in China, évidemment!

Drôle de cauchemar

Publié dans Divers le novembre 19th, 2007

Les séances de cinéma nocturnes qui défilent dans mes rêves sont parfois récurrentes et certains des cauchemars que je fais de façon plus ou moins régulière reviennent depuis aussi loin que la petite enfance. Mais il en est un qui ne trouve sa source que dans ces dix dernières années, puisqu’à chaque fois, je me retrouve dans l’univers côtoyé en tant qu’étudiant en art dramatique.

En fait, qualifier ce songe de cauchemar est un peu tiré par les cheveux. On est loin des scènes parfois épouvantables qui hantent certains autres de mes rêves. Celui dont je subis quelquefois les étranges manifestations n’est pas concrètement un souvenir. Les gens que j’y vois sont les vrais collègues étudiants avec lesquels je jouais à l’époque. Le reste diffère de temps à autre, que ce soit au niveau de la pièce de théâtre que nous nous préparons à jouer ou même des circonstances faisant que nous soyons en répétitions. La seule chose qui revient à chaque fois est un sentiment de panique qui me prend lorsque, pour des raisons diverses, j’en arrive à réaliser que bien que la pièce sera jouée trois ou quatre jours plus tard, je n’ai absolument pas appris mon texte. Dès lors, le rêve prend une allure tourmentée et j’y passe le plus clair de mon temps à continuer de rater d’excellentes occasions d’apprendre mon rôle. Le plus difficile est de devoir cacher cette triste vérité à mes camarades, tandis que le moment de la pièce approche inexorablement. Dans certains cas, le rêve s’est même rendu jusqu’à quelques instants avant le début de la première représentation. Chaque fois, à mon réveil, je suis saisi d’une panique qui est si palpable que j’en viens à me demander si j’ai réellement un texte à apprendre tant ce bizarre cauchemar est d’une véracité frappante.

Le fait de rêver à cette situation paniquante dix ans après mes études en théâtre me confond totalement. J’en suis venu à me demander si je n’ai pas réellement vécu de tels instants. L’effort à fournir pour me souvenir en détail des différents textes que j’avais eu à jouer est énorme, et pourtant, je demeure incapable de trouver une occasion où j’aurais malheureusement oublié d’apprendre mes lignes. Je n’arrive donc absolument pas à m’expliquer les raisons d’un tel rêve où l’emphase est mise sur mon échec à apprendre un texte par cœur. Puisqu’il ne m’est pas arrivé, lors de mes études en art dramatique, de manquer de temps pour apprendre un rôle qui m’était assigné, il est extrêmement curieux qu’aujourd’hui je sois hanté par la récurrence d’un rêve dans lequel je revis continuellement une scène paniquante n’ayant jamais eu lieu dans la réalité. Cela devient encore plus stupéfiant quand je constate qu’à l’époque, même si j’ai manqué de confiance à bien des égards, apprendre un texte de théâtre ne m’a jamais inquiété. Je n’ai aucun souvenir d’avoir manqué de temps pour en arriver à complètement connaître l’ensemble de mes répliques, ni même d’avoir eu à être paniqué par l’idée de ne pas y arriver.

Certes, personne n’est à l’abri d’un blanc de mémoire, mais ce n’est absolument pas cela dont il est question dans mes rêves. Avoir un blanc sur scène est extrêmement paniquant, mais n’a rien à voir avec le fait d’avoir appris son texte ou non. D’ailleurs, dans mes souvenirs, je n’ai pas eu à souffrir d’un tel oubli et même si je subissais le trac, une fois sur scène, j’étais assez en contrôle pour me rendre compte quand mes partenaires oubliaient quelques lignes! Cela contribue donc à ce que je sois encore moins en mesure d’expliquer cet étrange rêve qui me saisit de temps à autre.

Sans doute plus étrange encore est le fait que si la pièce à apprendre ou les circonstances d’avoir à la jouer changent à chaque fois, les gens de mon entourage soient exactement les mêmes qu’à l’époque. Je me retrouve donc plongé exactement comme il y a dix ans, parmi les mêmes professeurs et étudiants, ce qui rend encore plus « crédible » le rêve au moment où je le fais. Car il arrive parfois, lors de d’autres rêves, que je me rende compte que tout y est si impossible que j’en viens à la conclusion qu’il doit s’agir d’un rêve! Mais cette possibilité ne m’est jamais offerte lorsque je me retrouve en train de paniquer à l’idée de ne pas savoir mon texte.

Tous les psychologues et autres spécialistes apparentés auraient certainement leurs opinions sur un tel rêve. Mais je ne suis pas certain de vouloir en croire une seule. Les experts freudiens m’attendraient dans le détour avec des explications pseudos sexuelles, les nécromanciens en herbe y verraient probablement l’abus d’une plante magique et les chamans diplômés s’interrogeraient sur l’influence de la pleine lune sur mon loup-garou intérieur. Quoiqu’il en soit, je préfère rêver à cet état de panique que de me voir en songe entre les mains de ces inquiétants personnages. Qui sait, ils parviendraient sans doute à théoriser comme quoi je n’arrive pas à apprendre le texte de mon propre rôle? Ah oui, j’oubliais : et ils crétiniseraient de la sorte en me refilant une facture de plusieurs centaines de dollars… Je leur préfère les doux cauchemars en plein sommeil… au moins, quand on se réveille, c’est terminé!

Changer pour… le pire

Publié dans Divers le novembre 9th, 2007

Autre sortie, autre déception : il semble que tous les restaurants que nous re-fréquentons dernièrement se soient donnés le mot pour éviter de nous revoir! Ou alors, « tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire! » (Phèdre, Jean Racine) Car c’est véritablement l’impression qui finit par se dégager de cette récente accumulation de déceptions culinaires.

Après que le sympathique « Acropolis » ait troqué ses supers serveuses et une nourriture de qualité pour une salle à manger améliorée et une confusion inégalée en matière de service, ce fut au tour de l’habituellement fréquentable « Carlo’s & Pepe’s » de sombrer dans le bas de gamme, ainsi que nous l’avons malencontreusement expérimenté ce soir. Mais commençons avec nos aventures acropoliennes puisqu’elles valent amplement le détour.

Tout restaurant qui se respecte devrait chercher à ne jamais changer une formule gagnante. « Acropolis » était un petit restaurant grec sans prétention, extrêmement abordable et servant les meilleures patates grecques en ville. Extrêmement bien caché au beau milieu d’un quartier résidentiel, il ne manquait pourtant jamais de clientèle et je ne me rappelle pas y être allé sans qu’au moins une tablée de 8 personnes ou plus n’y ait pris place en même temps que nous. Je n’ai pas non plus de souvenance d’avoir vu l’endroit en difficultés, bien que je doive avouer avoir été un bon moment sans le fréquenter.

Nous en avons finalement eu la chance dernièrement. Première surprise : la salle à manger a subi quelques changements et semble désormais plus grande. Deuxième surprise : le menu a été quelque peu modifié et comme souvent, c’est moi qui écope. Le meilleur plat du restaurant, la sublime brochette de filet mignon, est maintenant accompagnée de scampi. Tout ce qui sort de la mer m’écoeure autant que tout ce qui sort d’un maire (surtout le maire Tremblay de Saguenay!). J’ai donc du opter pour le steak de filet mignon, servi avec une sauce au vin avec champignons et poivrons verts. Dès que nos commandes furent prises, l’étonnement a fait place à la stupéfaction, et la serveuse n’a pas perdu de temps avant de nous démontrer l’étendue de sa confusion. D’abord, elle est revenue afin de vérifier si j’avais bien pris la brochette de filet mignon et scampi, ce qui n’était absolument pas le cas! Ensuite, nos plats étant servis avec un choix de salade césar ou du chef en entrée, j’ai évidemment pris l’herbe du chef à cause de mes allergies alimentaires. Mais voilà, j’ai plutôt eu droit à la salade césar. Plutôt que de retourner le plat – je n’ose imaginer ce que le chef ferait au plat qu’il me retournerait – j’ai choisi de « picosser » dans ma salade, en me croisant les doigts de ne pas trop souffrir par la suite. Tout comme le plat principal, la serveuse s’est rapidement rendue compte de son erreur et a insisté pour changer ma salade, ce que j’ai refusé parce qu’un demi bol de salade vaut mieux qu’un et demi et que de toute façon, je craignais qu’elle se trompe dans le choix de la vinaigrette.

Une fois les plats principaux arrivés, j’ai tout de suite su que le fameux restaurant venait de baisser dans notre estime. Mon filet mignon était énorme et trempait à moitié dans son sang, bien que j’en avais demandé la cuisson semelle de botte au quart calcinée. Dans ces cas-là, je parviens à tout avaler en me concentrant énormément sur l’accompagnement. Évidemment, les patates grecques n’étaient plus aussi fabuleuses qu’autrefois. J’ai donc du me rabattre sur la sauce au vin – un 8/10 sur l’échelle des Beurk! – ainsi que sur la tonne et demie de champignons et de poivrons verts servant à masquer le riz mal cuit. J’aime bien les poivrons verts, mais si j’avais rapiécé tous les morceaux contenus dans mon assiette, j’aurais sans doute assemblé 6 ou 8 poivrons complets! Quant aux champignons, je ne déteste pas, mais il ne faut pas que j’en mange trop souvent. À mon grand malheur, il devait bien y en avoir 3 ou 4 kilogrammes pour moi seul. J’étais donc fort embarrassé, devant continuellement alterner entre un steak à moitié saignant, une ragoûtante sauce au vin dans laquelle je trempais d’énormes morceaux de champignons ainsi qu’une demi-douzaines de poivrons verts coupés en longues languettes. La joie, quoi!

Mademoiselle Confusion en rajouta au dessert. Même si elle nota nos choix et alla directement nous servir nos portions, elle trouva le moyen d’oublier ce que je lui avais commandé 15 secondes auparavant et m’apporta une portion de gâteau bourré d’œufs. Inutile de dire qu’elle était rouge de honte. Soirée difficile… et qui n’était pas terminée! Au moment de nous présenter la facture, quelque chose clochait : la taxe était exorbitante, soit plus de 41% du total de la facture! Heureusement que ma blonde était vigilante…

Ce qui nous amène donc au fiasco de ce soir et la décevante escapade au centre-ville. Bien que Carlos & Pepe’s ne constitue pas de la fine cuisine mexicaine, à chaque fois que nous y avons mangé, nous en sommes ressortis heureux et repus. Le menu y est – pour moi, du moins – exceptionnellement varié et je n’avais jamais été déçu auparavant. Mais toute bonne chose a une fin, comme nous le disent si justement les phrases toutes faites. Après un bon début en compagnie de leurs nachos avec une succulente salsa aux fraises, nous avons rapidement déchanté. On venait de passer notre commande – quoi, 2 minutes auparavant? – lorsque nos plats nous ont été servis. J’en étais estomaqué! Avais-je dormi sur mon siège, ou même enlevé par les extra-terrestres et ramené à ma place 20 minutes plus tard sans qu’il n’y paraisse? Ahurissant! J’avais pris à peine deux gorgées du Daiquiri à la lime commandé comme apetizer! Mais bon, la faim étant ce qu’elle est, nous nous sommes sustentés, comme disent si bien les intellectuels à la noix. Oufff!

Ma blonde n’a pas perdu de temps avant d’avoir de curieux symptômes sur la langue. Son amie Karine a peu après semblé souffrir de brûlements (je me trompe peut-être là-dessus). Sur le coup, je me suis crû en sécurité. Erreur, grande erreur. Lorsqu’à la fin du repas, j’ai constaté que mon Daiquiri était presque encore plein, je me suis forcé à le vider. J’ai alors compris que les soupçons de ma blonde à l’endroit de son apéritif (un Margarita également à la lime) étaient fort probablement justifiés. À chaque fois que je prenais une gorgée de la douteuse mixture, la gorge se mettait à me chauffer. Un ou deux verres de plus et j’aurais sans doute parlé comme Éric Lapointe! En matière d’apéritif, j’ai déjà vu mieux, mais si c’était de l’acide à batterie d’auto, chapeau, c’est de la bonne! Pourtant, un repas pris au même restaurant quelque part au mois d’août s’était avéré succulent et les boissons étaient absolument délicieuses.

Maintenant, je suis pris de doutes supplémentaires qui ne font qu’aggraver le cas de Carlos. Je connais ma digestion assez bien pour savoir qu’il doit s’écouler un certain laps de temps avant que je ne sois appelé à faire ma ronde au petit coin. Ce laps de temps n’a pas été atteint ce soir, il a plutôt été devancé, et de façon un peu trop violente à mon goût. De plus, je sens que la mésaventure n’est pas terminée : Carlos « cogne à la porte », si je puis m’exprimer ainsi.

Se pourrait-il que ces abrutis aient eu nos plats à portée de micro-ondes et qu’ils les aient gardés « frais » à l’aide d’un produit quelconque? Je me sens tout à fait comme après que j’aie mangé dans certains buffets chinois… Et c’est tellement « tout comme » que je peux carrément deviner ce qui aurait été inscrit dans mon biscuit de fortune : « Vous régnerez en roi et maître sur le trône du cabinet d’aisances! »

Douloureusement nécessaire

Publié dans Divers le octobre 28th, 2007

Ce n’était pourtant pas la première fois que je voyais un film traitant du même sujet. Après Un Dimanche à Kigali et Hotel Rwanda, j’ai enfin vu Shake Hands with the Devil, le film relatant le massacre rwandais du point de vue du Général Dallaire. Je croyais donc avoir vu l’horreur. Encore là, ce n’était pourtant pas ma première incursion dans l’un ou l’autre génocide : Schindler’s List, entres autres, ainsi que les images insupportables du documentaire Nuit et brouillard m’avaient marqué au fer rouge. J’ai serré la main du diable n’aura donc pas été pour moi une nouveauté dans le genre. Mais autant sinon plus que tous les autres (outre peut-être Nuit et brouillard fait d’images d’archives qui ne sont en rien des décors ou du maquillage), je suis ressorti troublé, brisé, écoeuré. Je vous l’ai dit, brisé? C’est que c’est vraiment ainsi que je me suis senti.

La réalisation de Roger Spottiswoode est plutôt convenue et n’est en rien spectaculaire. Le sujet est assez fort en lui-même pour permettre cette sobriété dans la mise en scène. D’ailleurs, je suis ressorti du film avec une étrange satisfaction : c’est qu’il permet de constater à quel point Steven Spielberg manipule le spectateur. Plusieurs personnes pleuraient et sortaient de la salle durant la projection de Schindler’s List, mais c’était souvent du à certaines astuces de réalisation de Spielberg. La petite fille au manteau rouge en est un exemple marquant. Sa présence frappe – le film est en noir et blanc, sauf elle – et lorsqu’on l’aperçoit au milieu du charnier, même les plus endurcis d’entre nous se mettent à pleurer ou du moins doivent se retenir très fort de le faire. On peut aimer ou non ce genre de manipulation, reste que Spielberg adore en faire l’utilisation et il est passé maître dans l’art de jouer avec les émotions de ses spectateurs. Personnellement, je succombe parfois facilement à des trucages semblables, mais en sortant de la salle hier, j’ai compris à quel point il pouvait être malhonnête pour un réalisateur d’utiliser une telle méthode lorsqu’il traite d’un sujet aussi grave. C’est que le cinéaste force le spectateur à interpréter son film d’une façon précise, il lui dicte ainsi quoi ressentir et à quel moment. Le film de Spottiswoode n’emprunte pas cette voie douteuse. Il laisse plutôt le spectateur juger par lui-même des faits se déroulant devant lui. Car, que ce soit le génocide rwandais ou celui des Juifs, on est devant une tragédie d’une ampleur sans nom et même le spectateur le moins intelligent sera extrêmement perturbé par ce qu’il verra dans le film. Lui dicter en plus quoi penser ou ressentir devient alors un exercice d’une perversité un peu dérangeante.

Pleurer après avoir vu un film m’est arrivé souvent. Le faire pendant le film est plus rare, mais cela m’arrive presque à chaque fois que je me tape Les Ordres. Verser une larme (plusieurs, en fait) en pleine salle de cinéma est chose encore plus rare dans mon cas. Mais que la chose m’arrive à répétition, ça ne s’était carrément jamais vu. Ce n’est pas grave, bien au contraire. J’ignore si des gens peuvent rester de marbre devant de telles images, et si ce pouvait être le cas, comme je les plains. Je ne doute pas un instant que ceux qui étaient dans la salle en même temps que moi ont eu les larmes aux yeux durant la représentation. À la fin du film, personne ne semblait vouloir être le premier à sortir. Y’a de quoi…

Je n’ai pas encore parlé de la performance de Roy Dupuis. Roy qui, d’ailleurs? Dallaire. Je n’ai jamais vraiment été un grand amateur de Roy Dupuis. Certes, il est intense et fait passer beaucoup de choses par le regard, mais il chuchote souvent et il m’arrive de ne pas comprendre grand-chose à ses murmures. Je l’avais trouvé criant de vérité dans le très surestimé Maurice Richard, mais ce n’est absolument rien à côté de sa performance dans le rôle du général assistant presque impuissant à l’un des plus terribles massacres de l’histoire de l’humanité. D’abord, la ressemblance de Dupuis avec Roméo Dallaire est extrêmement frappante. Son jeu est également différent de tout ce que j’avais vu de lui jusque-là. On a véritablement l’impression qu’une caméra suivait le général Dallaire à l’époque et qu’on en voit aujourd’hui les images. Si Roy Dupuis ne remporte pas quelques prix d’interprétation ici et là, c’est que les membres des jurys sont aussi bouchés que les toilettes du château de Pauline Marois.

J’espère honnêtement que tout le monde verra ce film. Je comprends qu’un sujet difficile puisse parfois en rebiffer certains, mais le cinéma ne sert pas qu’à faire mouiller des petites culottes à l’aide d’inepties toutes plus insignifiantes les unes que les autres. Le septième art, dans ce qu’il a de meilleur, peut servir à rappeler ce que l’humanité a, elle, de pire. Après tout, voir un film aussi dur et difficile que peut l’être Shake Hands with the Devil n’est qu’un maigre deux heures dans notre existence confortable d’occidental repu. Le Général Dallaire, lui, ne pouvait certainement pas échapper ne fut-ce qu’un instant au drame qui l’entourait, et il pouvait encore moins penser à autre chose. Les difficiles deux heures qui vous attendent, ce n’est même pas le quart de la journée typique que lui, ou n’importe qui d’autre se trouvant là-bas au moment des faits d’ailleurs, avait à endurer. Imaginez seulement comment ça pouvait être pour les Rwandais eux-mêmes…

Oui, c’est un film absolument nécessaire. Douloureux, mais obligatoire. Ne pas le voir serait un désastre. Comme une forme de résignation ou pire : d’indifférence. Une indifférence presque complice. Pas complice de ceux qui ont commis le génocide, bien sûr, mais complice de ceux qui ont volontairement fermés les yeux cette année-là. Refuser de voir ce film, c’est donner raison à ces décideurs, c’est bénir leur inaction et glorifier leur hypocrisie. Vous avez trop peur d’y aller seul(e)s? Venez, je vous y accompagne. Moi, quand un film est excellent à ce point, qu’importe qu’il soit par moments insupportable. Qui sait, à force de le voir et le revoir, ainsi que d’autres semblables, peut-être en viendrons-nous à stopper un tel carnage, la prochaine fois? Car il ne fait aucun doute qu’il y aura une prochaine fois : l’Histoire a ceci de particulier qu’elle adore se répéter. À nous de voir qu’elle n’y parvienne pas. Et d’ailleurs, ça ne serait pas un peu commencé, déjà? Que se passe-t-il au Darfour, exactement? Ne le saurons-nous que « trop peu trop tard », encore une fois?